Je ne parviens pas à maigrir

Une de mes lectrices me dit : « Ton régime ne marche pas : je ne parviens pas à maigrir ! ».

Ce qui entraîne de ma part une interrogation et quelques mises au point.

Tout d’abord, je ne propose à personne de suivre un régime quel qu’il soit, et ne donne aucune prescription unique car nous sommes tous différents de par notre sexe, notre âge, la particularité de notre métabolisme, notre constitution, notre histoire, nos motivations, notre hérédité, etc. Comment voulez-vous qu’une même mesure puisse s’adapter à tous ? Je laisse donc ce genre de choses aux charlatans qui, comme les arracheurs de dents des foires d’antan, mentaient effrontément et faisaient croire aux chalands qu’ils n’allaient pas souffrir !

Certes, il existe bien des faits incontestables valables pour tous (par exemple, que c’est le sucre qui fait grossir ou encore, que le sel est délétère au niveau vasculaire) mais cela s’arrête là, chacun devant trouver le mode d’alimentation qui lui convient.

De plus, j’ai exercé suffisamment longtemps la profession de psychanalyste pour savoir que les conseils ne servaient strictement à rien. Je ne pratique donc aucune prescription : exit les prescriptions ! Il vous appartient de trouver vous-même exactement le mode d’alimentation qui vous convient car nul ne peut prétendre qu’il vous connaît mieux que vous ne le faites vous-même.

Par ailleurs, les informations que je diffuse ne m’appartiennent en aucune façon. On ne peut donc pas dire qu’il s’agit de mon régime : les informations que je diffuse sont disponibles et d’accès libre dans le monde entier (souvent sur Internet). Mon rôle consiste uniquement à les recueillir, à choisir les plus pertinentes (ce que vous n’avez certainement pas le temps de faire), à y ajouter mon avis de psychanalyste et tenir compte de mon expérience de l’alimentation humaine pour, finalement, les diffuser plus largement. That’s all folks !

Cela dit, il arrive que le mode d’alimentation dont je vous fait part (qui n’est d’ailleurs rien s’autre que mon mode d’alimentation personnel) que j’ai fini par mettre au point à force de recherches, ne produise pas l’effet escompté. J’ai moi-même dû errer pendant plusieurs années avant de pouvoir franchir certains paliers. Mais comme je suis têtu, j’ai poursuivi inlassablement ma quête et je peux dire aujourd’hui que le résultat obtenu a dépassé mes espérances initiales puisque j’ai perdu environ 30 kg et retrouvé le poids de mes vingt ans (que je n’aurais d’ailleurs jamais dû perdre !).

Alors, pourquoi cela ne donne-il pas chez ma lectrice le résultat escompté ? J’ai mené l’enquête : suivez-moi !

Mon constat de base est que maigrir ne peut pas être un objectif en soi (contrairement à ce qu’on raconte) pour la simple raison que c’est parce qu’on est en bonne santé qu’on va maigrir jusqu’à atteindre son poids d’équilibre, opération qui se produit automatiquement sans qu’on ait besoin d’entreprendre une opération particulière pour cela. Ce n’est donc pas parce qu’on est maigre qu’on est en bonne santé : c’est le contraire. Notre civilisation commet donc un parfait contre-sens (entretenu pour des raisons mercantiles) et, comme disait le chanteur Gilbert Bécaud qui prétendait que : « La solitude, ça n’existe pas », je dirais volontiers que : « Le surpoids et l’obésité, ça n’existe pas ». J’ai d’ailleurs discuté de cette opinion avec une amie médecin spécialisée dans l’alimentation qui était elle aussi tout à fait de cet avis. Ce qui ma rendu encore plus catégorique qu’auparavant. Évidemment que le surpoids et l’obésité existent cependant (60 % des américains sont d’ailleurs dans ce cas-là), bien sûr qu’il faut faire quelque chose pour en sortir, mais rien n’est jamais impossible.

La deuxième raison est que, dans la nature, on ne rencontre jamais aucun animal en surpoids. Si vous croisez un sanglier obèse ou un faisan devenu trop lourd jusqu’à ne plus pouvoir décoller, prévenez-moi car, pour ma part, je n’en ai jamais vus. La conclusion évidente est que tous les animaux en liberté ont un système automatique de régulation du poids qui leur permet de rester minces et en bonne santé, et c’est d’ailleurs grâce à cela que nos ancêtres du Paléolithique étaient eux aussi minces et en bonne santé (par contre, s’il est vrai que nous sommes fondamentalement des animaux je vous laisserai seul juge pour savoir si nous sommes libres !).

D’où il ressort que, si vous êtes en surpoids, il existe sûrement une raison. L’objectif est donc d’abord de la découvrir avant d’entreprendre quoi que ce soit afin de ne pas risquer d’aller droit dans le mur. Cela peut d’ailleurs prendre pas mal de temps et nécessiter des moyens d’investigation sophistiqués.

Je vais vous donner un exemple concret et, pour cela, je m’en tiendrai au plus simple et au plus facilement compréhensible par notre raison cartésienne (trop mise à toutes les sauces, et c’est bien pour cela que nous commettons des erreurs).

Donc, vous ne parvenez pas à maigrir (parfois vous me dites que vous ne grossissez pas non plus, ce qui, compte tenu de ce que vous mangez, n’est déjà un pas un si mauvais résultat !). Jusque là, je vous suis assez facilement car vous ne faites que me transmettre ce que vous dit tous les matins votre pèse-personne. Mais c’est pour la suite que je m’interroge, non pas que je mette votre parole en doute, mais parce que je connais le pouvoir de déni de l’inconscient.

Donc, vous mangez correctement. Oui mais pourtant…

Oui mais pourtant, vous ne pouvez pas vous passer de vos deux tartines de pain au petit déjeuner (qui bizarrement deviennent facilement quatre), de quelques cuillers de miel ou de confiture (une ou deux, vous êtes sûr ?), d’un peu de vin (pas plus d’une bouteille !) au cours des repas ou d’un whisky (voire deux) le soir avant de dîner. Et vous argumentez : le pain est complet, la confiture est celle de votre grand-mère, le miel vient de chez un apiculteur de votre village et le whisky est un pur malt qu’un ami Écossais vous a rapporté du pays. Je n’en disconviens pas et tout cela est sans doute très bon pour votre moral mais, dans votre estomac, tout cela devient du glucose et provoque immédiatement un pic glycémique dans votre sang (je vous expliquerai un jour en détail ce que c’est). Or, et cela a été prouvé à de multiples reprises, c’est le sucre qui fait grossir et non la graisse1. C’est, hélas, la réalité et figurez-vous qu’il n’y a dans ce constat aucune mauvaise intention de ma part : cela m’est une épreuve autant qu’à vous car j’ai été habitué très tôt dans mon enfance au goût sucré et je suis très tôt devenu « accro » (depuis, j’ai compris pourquoi !). Seule différence : maintenant que j’ai retrouvé le poids de mes vingt ans, je peux m’accorder, de temps à autre, quelque aliment qui, je le sais par avance, me fera grossir. Ce que je ne pouvais pas faire auparavant.

Oui mais pourtant encore, nous mangeons trop (dans nos sociétés parce que dans d’autres pays, on rencontre 870 millions de personnes qui souffrent de la faim). Je n’invente rien : tout le monde le sait, le dit, le répète. Le Pr Brian Wansink2 nous explique d’ailleurs fort bien comment nous nous faisons piéger par ce que j’appelle la perversité du système agroalimentaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille vous restreindre du jour au lendemain. Au contraire, ce serait très mauvais car cela engendrerait aussitôt la sensation de faim qui est pire que tout ! La réduction alimentaire est une opération longue et progressive (je vous dirai un jour, quelle est la stratégie recommandée). Pour le moment, je vous suggère de vous contenter tout simplement de ne pas vous resservir des plats (comme l’a fait Jaques Chirac, ce qui lui a permis de perdre immédiatement le surpoids qu’il avait accumulé par gourmandise au cours des repas officiels) et d’adopter des assiettes plus petites (ainsi que le recommande un gastroentérologue canadien).

Oui mais pourtant enfin (et je m’en tiendrai là pour aujourd’hui), vous ne buvez pas suffisamment. D’ailleurs vous me l’avouez innocemment : « Je suis comme le chameau, dites-vous, je me contente d’un verre d’eau par jour ! ». C’est un peu comme si Hercule avait entrepris de nettoyer les écuries du roi Augias à l’aide d’un dé à coudre. Or, comme je l’ai déjà démontré3, il convient de boire plus de deux litres d’eau par jour (et pas n’importe laquelle). Pour atteindre cet objectif, il existe une stratégie d’une simplicité étonnante : munissez-vous du minuteur que vous utilisez pour la cuisine, réglez le sur 60 minutes et, à chaque fois qu’il sonne, buvez un verre d’eau. C’est tout ! Vous verrez le résultat les jours suivants sur votre pèse-personne !

Cela dit, si vous avez grossi (et cela s’est fait progressivement, à coup de quelques centaines de grammes chaque semaine donc, en conséquence vous ne pouvez maigrir que relativement lentement) c’est parce que, quelque part (et entre autres), vous mangiez des produits qui font grossir, que vous commettiez un excès de nourriture ou que vous ne buviez pas suffisamment. Bien sûr, il convient, d’abord, de trouver la cause profonde de cet état qui correspond à votre cas mais, ensuite, de faire strictement le contraire pendant le temps que durera votre amaigrissement (rassurez-vous, c’est temporaire et vous pourrez recommencer après à manger une pizza ou un gâteau au chocolat de temps en temps – mais de temps en temps seulement).

Je viens de vous donner quelques raisons de votre surpoids mais il y en a des milliers d’autres, parfois bien cachées. Si vous ne parvenez pas à perdre du poids, c’est simplement parce que vous n’avez pas trouvé la vraie cause qui en est à l’origine. Dans ce cas, ne restez pas plus longtemps sur un  sentiment d’échec et consultez d’urgence votre nutri-analyste®.

Attendez tout de même d’être dans une période calme pour modifier votre alimentation. Les moments de stress ne sont pas, en effet, particulièrement indiqués pour cela.

Quant à moi, mon avis, de plus en plus catégorique, est que, sauf cas pathologique notoire (et encore !), tout le monde peut maigrir.

Oui, j’ai bien dit tout le monde et je mets au défi ceux qui n’y parviennent pas !

 

Jean-Michel DESMARAIS®

Nutri-analyste®

 

1 - TAUBES (Gary), FAT : pourquoi on grossit,Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2012.

2 - WANSINK (PR Brian); Conditionnés pour trop manger, Thierry Souccar Éditions, 2009.

3 - DESMARAIS (Jean-Michel), Maigrir sans faire de régime, Monaco, Romart, 2011.

 

 

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_cogipix’>cogipix / 123RF Banque d’images</a>