Deux rouleaux compresseurs

DÉCOUVERTE DE L’HYGIÈNE

L’hygiène fut découverte au XIXème siècle (ce qui, finalement, est très récent et explique notamment, avec l’absence des antibiotiques, l’énorme pourcentage de décès infantiles jusqu’il a peu de temps) par le Dr Philippe-Ignace Semmelweis1. L’histoire vaut d’être racontée.

Lorsqu’il fut nommé à l’hôpital de Vienne, Semmelweis constatât que la mortalité à la maternité de l’hôpital était effrayante et, comme dans bien des endroits du reste, oscillait entre 20 et 30 % des parturientes. Á tel point qu’on disait à Vienne qu’il valait mieux accoucher dans la rue qu’à l’hôpital ! Le Dr Semmelweis qui considérait (comme Hippocrate, le père de la médecine) que son rôle consistait d’abord à prévenir la mort, en chercha la cause. Il observa des faits étonnants et demanda simplement aux étudiants en médecine, qui sortaient de la salle de dissection, de se laver les mains avant d’entrer à la maternité pour s’occuper des parturientes (on était en juin 1847). Stupeur générale : la fièvre puerpérale tomba à 0,23 % (oui, vous avez bien lu : 0,23 %), chiffre proche des meilleures maternités d’aujourd’hui.

La preuve était donc faite et vous croyez sans doute qu’on allait accueillir cette nouvelle avec joie.  Eh bien, pas du tout ! Au contraire même. Le corps médical se sentit visé et ne voulut pas croire qu’il était responsable de quoi que ce soit (comme vous le voyez, la résistance au changement ne date pas d’aujourd’hui !) et le pauvre Semmelweis devint littéralement fou devant le déni de l’évidence qu’il avait pointée.

Il a fallu un certain temps pour que l’hygiène soit unanimement adoptée. Aujourd’hui, elle n’est heureusement plus contestée par personne et se trouve respectée partout, au point qu’il n’est plus possible de soigner le moindre bobo sans disposer d’un champ opératoire stérile, ni d’utiliser des gants et des pincettes. Cela peut sembler exagéré mais quand on connaît l’importance des maladies nosocomiales (entre autres), on estime qu’il n’y a jamais trop d’hygiène. Du reste, c’est à l’hygiène  (et aux antibiotiques : c’est bien pour cela qu’il faut les utiliser à bon escient afin de ne pas créer inutilement de résistances inutiles en les galvaudant pour compenser de mauvaises conditions d’élevage des animaux destinés à la boucherie) qu’on doit la disparition de quelques maladies graves, donc davantage au tout-à-l’égout qu’à Pasteur.

 

De là, l’hygiène a été adoptée par l’agroalimentaire où elle a trouvé pleinement sa place. On applaudit à nouveau !

 

TROP C’EST TROP !

Mais attention, trop, c’est trop ! Les Américains, notamment, ont connu l’excès dans ce domaine à une époque où il était de bon ton de tout stériliser. Cela se faisait au détriment de notre immunité naturelle qui a besoin, pour se constituer, de lutter contre certaines invasions microbiennes bénigmes. Le Pr Antoine Béchamp, contemporain et contradicteur de Pasteur, défendait d’ailleurs l’idée que ce n’est pas le microbe qu’il faut poursuivre mais le terrain qu’il convient de renforcer. Idée force que Pasteur lui-même reconnut exacte sur son lit de mort où il avoua qu’il s’était trompé avec sa chasse acharnée aux microbes. Autrement dit, il est sans doute très important (notamment vis à vis des personnes sensibles) de respecter des règles d’hygiène très strictes mais, par contre, dans la vie de tous les jours, il faut laisser la possibilité à notre immunité de se développer et donc ne pas se préoccuper outre mesure des microbes. En fait, quand quelqu’un est en bonne santé, il vient à bout facilement de nombreuses agression extérieures.

 

Autrement dit, il faut que le personnel médical (et notamment les médecins eux-mêmes) se désinfectent les mains (et leur stéthoscope) après chaque patient semble être une mesure judicieuse mais il n’est pas vraiment nécessaire que les marchands de légumes sur les marchés en fassent autant car alors on risque de provoquer l’effet inverse.

 

LES PROGRÈS DE LA GESTION

Passons maintenant à la bonne gestion.

 

C’est un principe de base que chacun comprendra facilement, que de dire qu’il est très important de ne pas jeter l’argent par les fenêtres. Donc, il est hautement nécessaire de regarder toute dépense publique (et privée !) avec un esprit critique et de se demander comment on aurait pu faire autrement pour atteindre notre but et réaliser des économies partout où il est possible de le faire.

 

Oui mais…

 

Oui mais, dépenser le moins possible n’est pas toujours la meilleure solution, quoi que cela en ait l’apparence. Comme on dit en Russie : « Je n’ai pas suffisamment d’argent pour me permettre d’acheter bon marché ». Car dépenser peu est peut-être un synonyme d’économies à court terme mais peut, à plus long terme, coûter beaucoup plus cher. Exemple : mal manger revient peut-être moins cher en coûts directs (quoi que… !) mais en frais médicaux, arrêts de travail, mal-être, etc., si on fait bien le compte sans rien oublier, coûte une petite fortune ! En fait, et comme je vous l’ai déjà dit, ce n’est pas en cherchant à payer toujours moins cher qu’on résoudra le problème de l’alimentation dans nos sociétés mais en réfléchissant à comment manger autrement et en choisissant une autre voie.

 

VOILÀ LES ROULEAUX COMPRESSEURS EN ACTION

En fait, l’hygiène et la bonne gestion s’allient bien souvent pour servir de prétexte à des économies de bouts de chandelles qui permettent seulement des profits très critiquables. Á moins que cela ne serve de couverture pour dissimuler des réductions de personnel payées par… le client lui-même qui doit se débrouiller tout seul pour effectuer des tâches administratives auxquelles, en général, il ne comprend rien, même en y passant des heures ! Normal, ce n’est pas son métier.

 

En voici un exemple navrant qu’un de mes lecteurs m’a rapporté récemment.

 

UN EXEMPLE ENTRE CENT

Hospitalisé pour une opération chirurgicale, il fut parfaitement traité au niveau médical par les chirurgiens, les techniciens et le personnel qui lui assurait des soins : bravo pour eux !

Par contre sur le plan de l’hébergement, facturé au prix d’un hôtel quatre étoiles, il y aurait beaucoup à dire !

Par exemple, un point noir, mais d’importance, résidait dans l’alimentation dont on prétendait le nourrir et qui était une véritable horreur, me dit-il. Cela commençait avec le breuvage noirâtre servi le matin, qui ne pouvait être considéré comme du café pas plus que comme du thé. Á vrai dire, il s’est demandé ce qu’ils mettaient dans l’eau pour qu’elle devint noire : peut-être (mais il n’en était pas sûr) de l’huile de vidange de moteur (LOL) !

Les repas de midi et du soir étaient, me dit-il, à l’avenant : immondes. Tout était techniquement correct cependant. Il eut même droit à la visite d’une diététicienne (mais il avait du mal à croire que cela fût vrai) chargée de cautionner le système. Évidemment, c’était une débutante complètement dépendante et soumise. Il se demandait, par exemple, comment on pouvait prétendre que, dans nos régions, les tomates fussent mûres au mois de janvier et que la viande, bourrée de produits chimiques et d’antibiotiques, soit un aliment susceptible de permettre à des personnes malades de recouvrer la santé ?

 

Certes, me dit-il, tous les aliments étaient parfaitement aseptisés et on prenait mille précautions sur le plan de l’hygiène. Certes, tout était aussi parfaitement géré mais il se demandait comment une organisation qui, d’un côté, employait un personnel hautement qualifié sur le plan médical dans le but de guérir ses clients pouvait, d’un autre côté, s’acharner à faire mourir à petit feu en leur servant des aliments qu’on sait aujourd’hui particulièrement nocifs pour la santé et qu’il vaudrait même mieux éviter de donner aux animaux.

 

Pour l’alimentation, on était donc devant l’alternative suivante : ou bien ne pas manger (ce qui aurait peut-être mieux valu !) ou bien absorber ces aliment dénaturés qui concourent à détériorer la santé.

 

UNE SEULE SOLUTION ?

Il est donc très bien de respecter des règles d’hygiène strictes pour combattre les états pathogènes ainsi que faire la chasse aux maladies nosocomiales mais il serait également souhaitable d’entendre que cela n’est pas là l’unique solution au problème.

 

L’hygiène n’était d’ailleurs pas, selon mon lecteur, vraiment respectée à l’hôpital : il n’avait jamais vu, me dit-il  quiconque (et notamment pas le personnel soignant en premier) se désinfecter les mains en entrant dans sa chambre (ou en en sortant).  Il avait fini par croire que, comme au temps de Semmelweis, les médecins n’étaient jamais porteurs du moindre germe et que ce n’était pas la peine qu’ils désinfectent leurs stéthoscopes ni leurs tensiomètres !).

 

Soyons sérieux !

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste®