La fin d’une dictature

FONDAMENTAL, QU’ILS DISAIENT !

Nous l’avons tous entendu des milliards de fois : « Le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée : il ne faut surtout pas le rater ! ». Cela a tellement été répété avec aplomb, pseudo démonstrations scientifiques à l’appui, que j’ai fini moi-même par y croire et à l’écrire en toutes lettres. J’ai même un jour rencontré un médecin qui m’a soutenu mordicus que tous les matins nous étions en hypoglycémie et qu’il fallait absolument manger copieusement. Ce n’est que plus tard que j’ai eu la confirmation du fait que les médecins n’y connaissaient rien du tout en matière d’alimentation, à l’exception toutefois des 6 % d’entre eux (oui, 6 % seulement, vous avez bien lu) qui avaient suivi des études complémentaires car, pendant les études de médecine, on ne parlait jamais de nutrition. Encore faut-il ajouter que ces études complémentaires sont on ne peut plus classiques et que, généralement, les médecins ne sont pas des foudres de guerre en matière d’innovation (notamment, on n’y fait très peu mention des facteurs psychologiques et encore moins des explications possibles au niveau transgénérationnel ou psychanalytique).

Mais, un jour, je me suis mis à réfléchir (ce que les gourous n’aiment pas du tout) et à chercher des preuves de cette affirmation péremptoire (ce qu’ils détestent également !).

Or (restez assis !), il n’existe aucune preuve scientifique, à ma connaissance, que le petit-déjeuner soit bénéfique et encore moins qu’il soit indispensable. Rien que des affirmations d’autant plus intempestives qu’elles ne reposent sur rien !

C’est à ce moment que je suis tombé sur le livre de Bernard Clavière1 (mais pour un chercheur, le hasard n’existe pas !) et que j’ai eu confirmation de toutes mes intuitions. Ce dernier, en effet, se passe de petit-déjeuner depuis des dizaines d’années et ne fait qu’un repas par jour, le soir avant d’aller se coucher, et ce malgré une existence très active (joueur de tennis, pilote d’avion, marcheur…).

 

UN ESSAI CONCLUANT

Je décidais donc d’essayer sur moi-même (comme d’habitude) car je suis plutôt du genre Saint Thomas : je ne crois que ce que je vois !

Donc, moi qui le matin avait mangé de tout (œuf bacon bien sûr, céréales, choucroute – ce qui horrifiait mon entourage mais se trouve être délicieux ! – crêpes de sarrasin, thé vert évidemment, etc), j’arrêtai tout d’un seul coup (ce que je ne conseille de faire à personne : mieux vaut opérer une transition progressive) et, à part boire de l’eau, je ne pris plus rien jusqu’à 12 h, 13 h, 14 h ou davantage. Et là, grosse surprise, non seulement je ne souffris jamais de la faim mais je me sentais dans une forme éblouissante à tel point, qu’il m’arrivât de jeûner spontanément jusqu’au soir et même jusqu’au lendemain !

 

LA PREUVE EST FAITE

La validation dont j’avais besoin était donc faite : non seulement Bernard Clavière expliquait très clairement pourquoi le petit-déjeuner, à l’opposé de ce qu’on nous raconte depuis plus d’un demi-siècle, est le plus mauvais repas de la journée mais, en en faisant l’expérience pendant un temps assez long (cela fait maintenant plusieurs années que j’ai adopté cette manière de me nourrir), non seulement je ne souffre d’aucun inconvénient mais j’en retire de nombreux avantages, le premier étant de me sentir parfaitement bien et très dynamique pendant toute le matinée.

Or voilà que, justement, des chercheurs de l’université d’Alabama, sans doute irrités, comme j’ai pu l’être, par ce dogme qui ne repose bien sûr sur rien (comme la plupart des dogmes du reste !) ont décidé d’en avoir le cœur net et de poursuivre une expérience scientifique dans des conditions incontestables.

Ils ont donc réparti 300 volontaires cherchant à perdre du poids, en deux groupes, l’un prenant un petit-déjeuner selon leur goût, l’autre sautant allègrement ce repas dit « indispensable ».

Quatre mois plus tard, d’une part personne n’avait perdu de poids mais, d’autre part on ne constatait strictement aucune différence entre les deux groupes. La prise ou non du petit-déjeuner n’avait donc aucune incidence d’aucune sorte.

 

ON AURAIT DÛ Y PENSER PLUS TÔT !

C’est toujours ce qu’on se dit à propos d’un dogme lorsqu’on a découvert le pot aux roses. Je prie donc mes lecteurs de bien vouloir m’en excuser de ne l’avoir pas fait et de m’être laissé embobiner : encore un effet de la perversité !

Donc, ne manger le matin que si on a faim (ce qui finalement est assez rare), est un comportement parfaitement logique et voici pourquoi.

La digestion est une opération qui consomme pas mal d’énergie, tous les spécialistes le savent, et l’énergie qu’elle absorbe alors pendant sa réalisation (au moins deux heures), n’est pas disponible pour une autre action, physique notamment, mais pas seulement. Ainsi, vous ne verrez jamais une équipe sportive faire un bon repas avant un match. De la même manière, Yannick Noah (et de plus en plus d’autres), jeûnait la veille de réaliser une performance. Il faut donc retenir qu’au moment d’un effort, il vaut mieux avoir le ventre vide.

Conclusion : ne vous surchargez pas en mangeant et notamment en vous alourdissant en prenant un petit-déjeuner copieux.

 

MANGEZ – DORMEZ

D’ailleurs, si on a inventé la sieste après le repas de midi, c’est bien qu’on a envie de se reposer après déjeuner ! Il vaut donc mieux, comme le préconise d’ailleurs Bernard Clavière, aller manger le soir avant d’aller dormir. Du même coup, vous tordrez le cou à un autre bruit de couloir entièrement faux qui dit (des soi disant nutritionnistes l’ont même recommandé sur une chaine de télévision !) qu’il faut cesser de manger trois heures avant d’aller au lit. Si c’est votre goût, pourquoi pas mais ce n’est pas une raison pour en faire une règle.

Quant à la fameuse pause « casse-croûte » qu’on fait dans le bâtiment au milieu de la matinée, c’est une pause nécessaire certes car il vaut mieux suspendre ses efforts de temps en temps pour permettre au corps de récupérer, mais manger n’est qu’un prétexte et n’est nullement nécessaire.

Et puisqu’on en est à dénoncer les affirmations péremptoires mais fausses, celle des enseignants prétendant que les élèves qui n’ont pas déjeuné le matin, piquent du nez vers 11 h, il faut n’y voir qu’une des impossibilités de professeurs à se remettre en cause, convaincus d’avoir raison à répéter les soi disant vérités qui les arrangent. En réalité, on demande aux enfants une durée d’attention qui n’est pas de leur âge : trois heures d’affilée, c’est beaucoup trop alors que leur capacité ne  dépasser pas un temps très court. Oui, les élèves somnolent en fin de matinée car ils ont davantage besoin d’être dans la cour à courir et à crier qu’a rester figés assis sur un banc sans rien dire.

 

Á QUI PROFITE LE CRIME

Alors, bien sûr, on se demande pourquoi a-t-on développé ce dogme. Devinez ?

Rappelez-vous que la publicité recommande avec force de prendre des céréales le matin (corn flakes, muesli…). Voilà donc un marché juteux soutenu par l’idée qu’on concourt ainsi à la bonne santé. Cela n’est pas loin de représenter un idéal pour des commerçants qui souhaitent gagner beaucoup d’argent en vendant leurs produits plutôt nuisibles. Les marchands de sucre (autre marché florissant mais rappelez-vous que le glucose est une drogue qui provoque l’obésité et le diabète) sont ravis de venir leur prêter main forte. Avec tous ceux (produits laitiers délétères entre autres) qui s’épanouissent sur ce même marché.

Ne plus prendre de petit-déjeuner, serait donc une catastrophe économique pour tous les marchands de céréales, sucre, produits laitiers et consorts.

Mais que préférez-vous : votre santé ou la leur ?

 

 

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste©

 

1 - CLAVIÈRE (Bernard), Et si, on s’arrêtait un peu de manger… de temps en temps, Gironde sur Dropt, Nature & Partage, 2008.

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_monticello’>monticello / 123RF Banque d’images</a>