Lire pour mieux manger

Á l’époque de nos grands-mères, ou de nos arrière-grand-mères, tout semblait facile quand il s’agissait de faire la cuisine. En effet, depuis le néolithique, soit environ douze mille ans, les recettes variaient peu. Les céréales, le lait et les légumes secs, que l’homme avait introduits dans son alimentation, faisaient en général l’ordinaire des repas. Avant, on ne connaissait d’ailleurs pas et les études prouvent, qu’en général, on s’en portait plutôt mieux. Á quoi il fallait ajouter les légumes frais du jardin à la belle saison et un peu de viande de temps en temps, celle-ci étant plutôt rare et chère. On avait quand même pris l’habitude d’engraisser le cochon et de le tuer tous les ans puis de le manger sous diverses formes tout au long de l’année. Un peu de gibier aussi qu’on braconnait à l’occasion et des poissons, quand il y en avait, venaient varier les repas.

Plusieurs révolutions sont venues tout bouleverser depuis.

L’hygiène d’abord, qui a augmenté considérablement notre espérance de vie en réduisant fortement la mortalité infantile au cours des premières années de la vie. On la doit à un médecin Hongrois, le Docteur Philippe-Ignace Semmelweis dont le Docteur Louis-Ferdinand  Destouches (alias Louis-Ferdinand Céline) nous a raconté la fantastique et terrible histoire 1. Á sa suite, l’œuvre de Pasteur, de plus en plus fortement contestée d’ailleurs 2, ainsi que les formidables progrès de la médecine, et surtout de la chirurgie, ont été dans le même sens et ont permis l’allongement de la durée de la vie, ce dont nous bénéficions aujourd’hui.

Le deuxième grand chambardement, fut celui de la mécanisation. Il réduisit considérablement nos efforts physiques et du coup, nous avons beaucoup moins besoin de calories qu’avant pour vivre. Il ne faut donc pas s’étonner si, après avoir passé la journée entière devant un écran d’ordinateur, puis de télévision, voyagé en empruntant des moyens qui nous dispensent de tout effort physique, nos besoins en calories sont infiniment moindres que par le passé. Il est donc normal, et même souhaitable, d’ajuster notre consommation à nos besoins réels en la réduisant.

Le troisième élément, qui modifie lui aussi considérablement notre façon de nous nourrir, est la fabrication industrielle des aliments ainsi que leur provenance qui peut être très éloignée (Il n’est pas rare en effet de les voir venir de l’autre bout du monde, ce qui pose des problèmes quant à leur fraîcheur et au moment de leur cueillette. Cela repose aussi, mais cela est davantage d’ordre économique (ce qui prouve bien que tout est lié, la question à propos de leur transport car nous sommes entrés dans une ère où nous avons épuisé un grand nombre de nos richesses naturelles, le pétrole notamment).  Tout cela a conduit à mettre sur le marché de nombreux produits nouveaux dont on ne connaît pas très bien la composition, celle-ci étant trop souvent à base de produits de synthèse 3. En somme, à ce titre là, nous sommes tous des cobayes de l’industrie agroalimentaire, manipulés tant et plus pour consommer davantage tous les jours 4.

Les cartes se sont donc progressivement embrouillées au point que nous soyons aujourd’hui dans la confusion la plus totale. Certes, des personnes célèbres comme le Dr Paul Carton, Herbert Shelton ou le Dr Catherine Kousmine (et bien d’autres encore !), ont bien essayé de tirer la sonnette d’alarme en leur temps mais cela n’a eu que peu d’effets face au rouleau compresseur de l’agroalimentaire qui ne cessait d’avancer, écrasant tout sur son passage.

Des spécialistes du marketing, à qui rien n’échappe, ont sauté sur l’occasion pour publier à peu près n’importe quoi, du vide avec une belle couverture, des recettes de cuisine connues revues et corrigées façon diététique, des régimes fantaisistes pour maigrir, certains étant même signés par des médecins qui se sont intitulés nutritionnistes pour la circonstance mais, étant donné le nombre d’imbécillités débitées avec une assurance effrontée, on se doutait bien que c’était histoire de « faire du fric ». Certains ont même osé aller si loin qu’ils se sont attirés, de la part de plusieurs collègues qui n’ont pas pu résister, une volée de bois vert.

Dans ce magma où on rencontre maintenant de plus en plus de bons ouvrages, car un écrémage s’est effectué progressivement, deux journalistes méritent tout notre intérêt.

Le premier, et le plus ancien, est Thierry Souccar 5. Il est en même temps écrivain et éditeur. Il publie régulièrement des livres qui sont des best-seller aux USA , pays qui a été le premier à réagir contre la junk food car, si c’est bien le pays du surpoids et des maladies en tout genre, c’est aussi celui où on sait prendre le taureau par les cornes avec quelques années d’avance sur nous.

Le second est Jean-Marc Dupuis 6 et sa Newsletter bihebdomadaire (gratuite) est toujours une source inépuisable d’informations utiles.

Quant à moi, je saisis toutes les occasions pour vous signaler toutes les semaines un certain nombre d’ouvrages qui méritent le détour. Bien sûr, aucun ne contient la vérité mais on en trouvera une parcelle dans chacun, ce qui permettra, à la longue, de se forger une opinion personnelle bien étayée. Certes, en concurrence, la télévision diffuse des programmes pleins d’intérêt mais l’expérience prouve que ceux qui savent l’éteindre de temps en temps, lisent davantage. C’est un peu alors comme s’ils avaient l’auteur pour eux tout seul et pouvaient bénéficier de ses confidences. Pour m’être séparé personnellement de mon poste voila une quinzaine d’années, je ne le regrette pas, bien au contraire.

Car, si autrefois, savoir manger était un art qui se transmettait de mère en fille, aujourd’hui cela s’apprend et ce n’est plus uniquement l’affaire des femmes. En fait, l’alimentation touche non seulement le bien être général (et les problèmes de surpoids bien entendu) mais aussi la santé et notamment les nombreuses maladies dites pudiquement de « civilisation ». Or on peut mettre toutes les chances de son côté en mangeant correctement. C’est bien ce que nous dit le Dr Michel de Lorgeril 7, cardiologue et chercheur au CNRS.

Aller mieux dépend donc en grande partie de nous-même car, si on peut nous aider, on ne peut pas faire le travail à notre place.

Pourquoi ne pas profiter des chaudes après-midi de cet été, sur la plage ou sur votre terrasse, pour commencer à vous livrer à « ce vice impuni, la lecture » comme disait si bien Valery Larbaud ?

 

 

 

1 DESTOUCHES (Dr Louis-Ferdinand),  SEMMELWEIS, Paris, Gallimard, 2007.

2 ANCELET (Dr Éric), En finir avec Pasteur, Grand Duché de Luxembourg, Marco Pietteur, 2005.

3 POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

4 WANSING (Pr Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2009.

http://www.lanutrition.fr/

6 http://www.santenatureinnovation.com/

7 LORGERIL (Dr Michel de), Prévenir l’infarctus et l’accident vaculaire cérébral, Vergèze, Thierry Souccar, 2011.

 

Crédit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/photo_12406146_stacks-of-books.html’>3ddock / 123RF Banque d’images</a>