Manger un peu de tout

Une défense couramment utilisée par mes interlocuteurs qui refusent de s’intéresser à l’alimentation est : « Tout cela est bien compliqué : en fait il suffit de manger un petit eu de tout ». C’est malheureusement une des plus mauvaises réponses, si ce n’est la pire, malgré son air de sagesse et d’équilibre : en suivant cette règle, vous êtes certain de vous retrouver ou malade, ou trop gros, ou trop fatigué ou trop énervé. Ou, tout à la fois. Car « Manger un peu de tout » est le plus sûr moyen de vous pourrir la santé.

Je m’explique et vous allez comprendre facilement.

Supposons que le moteur de votre automobile soit conçu pour fonctionner avec de l’essence. Que penseriez-vous de mettre dans le réservoir un peu d’essence, un peu de gazole, un peu d’huile de friture, un peu de benzène, un peu d’alcool, un peu de white spirit… Bref, un peu de tout ?

Comme le moteur de votre voiture, notre organisme est conçu pour fonctionner avec certains aliments, pas avec d’autres, sinon il donne des signes de dysfonctionnement avant de s’arrêter complètement.

Depuis 200.000 ans que nos ancêtres sont apparus (je ne parle pas des hommes qui nous ont précédé eux depuis 3 millions d’années – ni même des hominidés qui ont existé depuis sept millions d’années – et qui, bien que de la race homo, n’ont aucun lien de parenté avec nous), l’organisme humain s’est accoutumé à une certaine sorte de nourriture qu’on pourrait résumer ainsi : 70 % de végétaux et 30 % de protéines animales 1 (avec, bien sûr des variations selon les climats, les Inuits du pôle nord par exemple absorbant plus de 90 % de leur nourriture sous forme de produits animaux tandis que dans certaines îles du Pacifique, ce sont surtout des fruits qu’on mange avec un peu de poisson). Le Néolithique n’est apparu qu’il y a environ un peu plus de 10.000 ans, ce qui représente un temps très court d’adaptation, 5 % environ. Avec le Néolithique, l’homme s’est mis à consommer, entre autres, des céréales et du lait qu’on a beaucoup vantés mais auxquels nos cellules ne sont pas adaptées 2. C’est aussi à partir du Néolithique que la taille de l’homme a diminuée (elle n’a recommencé à augmenter qu’au XVIIème siècle) et que sa durée de vie s’est raccourcie (hors mortalité infantile qui, pour des raisons d’hygiène est restée très élevée jusqu’au XIXème siècle 3). Certes, on a accompli des progrès considérables (surtout en chirurgie) et on sait soigner de nombreuses maladies (du moins, on parvient à faire disparaître leurs symptômes) qui n’existaient même pas.

Manger un peu de tout, c’est d’abord manger des produits pour lesquels nous ne sommes pas faits comme les céréales, toutes (à part le quinoa peut-être pour les végétariens), et surtout le blé qui a été progressivement sélectionné pour contenir trop de gluten et devenir un véritable poison.

C’est aussi manger des produits de l’agriculture traditionnelle, c’est-à-dire bourrés de produits chimiques, ou de l’élevage intensif, obligeant, en utilisant des méthodes sadiques et totalement artificielles, les animaux à dewvenir beaucoup trop gras (hormones de croissance, antibiotiques…).

Ce n’est malheureusement pas tout. Je vous ai déjà parlé des méthodes qu’employaient les gens de marketing pour vous faire consommer davantage. Comme ils sont extrêmement nombreux et très malins et que vous êtes tout seul, c’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer et vous avez perdu d’avance : ne tentez donc pas le diable ! Voici un exemple pour illustrer mon propos.

Supposons que vous vouliez manger des amandes : 25 à 50 g d’amandes entières décortiquées tous les jours sont en effet une excellente habitude. Cela vous apporte des vitamines du groupe B, du magnésium, du potassium, du phosphore, du fer, du zinc, du cuivre, des protéines, des fibres, des acides gras (mono et poly insaturés). Donc, bravo !

Oui mais.

Les spécialistes du marketing se sont aperçus que légèrement grillées, les amandes étaient plus croustillantes. Seulement, la chaleur détruit les acide gras insaturés ainsi que les vitamines. Mais, ce n’était pas le souci des gens de marketing. Puis que, bien salées (ce qui ne coûte pas cher et augmente à bon compte le poids du produit), on avait trouvé là un exhausteur de goût qui vous faisait plus facilement replonger la main dans le récipient. Pour faire tenir le sel, on a ajouté de l’huile d’arachide (l’huile d’amande coûtant beaucoup trop cher). Enfin si on rajoutait un petit parfum (synthétique) faisant croire que les amandes avaient été fumées, elles deviendraient irrésistibles.

Le problème, c’est que ce produit industriellement travaillé (auquel on a ajouté un emballage séduisant et qu’on a placé au rayon « apéritifs ») n’a plus rien à voir avec le produit d’origine dont il a perdu la plupart des valeurs nutritionnelles. Par contre, le traitement appliqué a permis d’augmenter considérablement les ventes car chacun a chez lui un petit paquet d’amande « au cas où… » quelqu’un viendrait prendre l’apéritif.

Quant à vous, si vous voulez retrouver le produit originel, sans rien, c’est au rayon pâtisserie que se trouve de vraies amandes décortiquées toutes simples. Seulement elles coûtent… deux fois plus cher !

Vous commencez à comprendre ?

Donc, « manger un peu de tout » s’il s’agit de produits industriels est, la plupart du temps une solution à écarter. Seule possibilité : se rabattre sur le bio.

Oui mais encore une fois, attention.

Le label bio ne signifie pas automatiquement qu’il s’agit d’un produit bon à consommer. Je tiens donc à ajouter deux bémols.

Certes, cela veut bien dire qu’aucun pesticide ou autre additif chimique n’a été utilisé pour la culture du produit et que la préparation industrielle a été faite correctement. Mais une pomme de terre, bio ou non, restera toujours une pomme de terre et il n’est pas conseillé d’en consommer quand on veut maigrir. De même, tout ce qui apporte du glucose (sucre sous toutes ses formes, céréales, légumes secs, fruits et légumes contenant de l’amidon…), posera le même problème, même s’il a l’étiquette bio. Quant au lait, n’en parlons pas car, bio ou pas, il ne devrait jamais figurer sur notre table. De même que le blé qui, à force de sélections, est devenu un véritable poison. Quant aux plats cuisinés, il est recommandé de lire soigneusement les  étiquettes : l’huile de Tournesol peut être bio, elle n’en contient pas moins des omega-6 dont nous avons de trop qu’il vaut mieux éviter (pensez plutôt à l’huile de Colza ou d’Olive).

Ce n’est pas tout. Les pommes, bio, du supermarché proviennent souvent d’Argentine ou du Chili…! Quant aux magasins bio, cela ne vaut guère mieux car ils s’approvisionnent parfois en Allemagne. Tout cela pose plusieurs problèmes. D’abord, on se demande pourquoi, à une époque où le pétrole se fait rare, on le dépense sans compter pour transporter, parfaitement inutilement, des fruits qu’on trouve sur place. Ensuite, la date de cueillette de ces fruits risque bien d’être très prématurée : des fruits cueillis verts n’ont pas les mêmes qualités que s’ils étaient cueillis en pleine maturité. Également, pour que le prix de ces fruits soit concurrentiel, compte tenu des très gros fais de transport et de distribution, je vous laisse le soin d’imaginer ce que touche le producteur. Tout cela est parfaitement révoltant car, qu’on se le dise, les pommes sont des fruits qu’on trouve partout en France et l’approvisionnement local est tout à fait possible. Avec toutes les répercussions que cela peut avoir au niveau de la qualité du produit et de l’activité économique régionale.

Donc, bio : oui mais d’abord pas n’importe quoi et surtout régional.

Autre excellente habitude : achetez des produits de saison (de provenance locale bien entendu) : d’une part ils seront plus frais, d’autre part ils seront moins chers : c’est en août-septembre qu’on mange des tomates, pas au mois de janvier. Ces dernières, cultivées sous serre et hors sol, n’ont souvent aucun goût et on parcouru des milliers de kilomètres. De même que les haricots vert qui, en février, viennent du Kenya par avion. Si vous voulez absolument des légumes hors saison (mais il existe quantité de légumes d’hiver qui sont excellents), pensez aux produits surgelés (on trouve du bio maintenant) car, d’une part les produits surgelés ont la même valeur que les produits frais et, d’autre part, surgelés au moment des pics de production sur les lieux de grande production immédiatement après la cueillette, coûtent souvent moins cher qu’au rayon frais.

Manger un peu de tout ? Sûrement pas !

 

 

 

1 CORDAIN (Pr Loren), The Paleo Diet, Hoboken USA, John Wiley & Sons, 2002.

2 « La fréquence des mutations spontanées de l’ADN du noyau cellulaire est de l’ordre de 0,5 % par million d’années. Nos gènes sont donc très proches de nos ancêtres du Paléolithique, il y a 40.000 ans. », Dr. Boyd Eaton, cité par DESMARAIS (Jean-Michel), Maigrir sans faire de régime, Monaco, Romart, 2011.

3 DESTOUCHES (Dr Louis Ferdinand, alias Louis Ferdinand Céline), SEMMELWEIS, Paris, Gallimard, 1977.

 

 

Crédit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/photo_9889095_different-kind-of-food-from-a-varied-diet.html’>nito500 / 123RF Banque d’images</a>