Pesez-vous tous les jours !

FAUX PROBLÈME

Des spécialises de l’amaigrissement devant les réactions hystériques (ou quasiment telles !) de certaines de leurs clientes à la vue d’un pèse-personne, ont pensé que pour résoudre le problème, il suffisait tout simplement de leur conseiller de ne pas se peser tous les jours, en tous cas le moins souvent possible.

Cela semble être une réaction de simple bon sens et on applaudit spontanément à un tel conseil.

Sauf qu’il constitue une grosse erreur.

En effet, il faut se méfier du bon sens qui, a priori, semble évident mais ne l’est pas toujours. Bien au contraire ! Il existe par exemple des effets d’optique qui défient ce fameux bon sens et auxquels tout le monde se laisse prendre. De la même manière, on trouve des apparences (et j’en connais plus qu’on ne croit !) qui sont diablement trompeuses.

 

C’EST LA FAUTE DU COMPTEUR

Si, par exemple, je vous dis que pour ne pas commettre d’excès de vitesse, il suffit de ne pas regarder le compteur, vous allez me rire au nez. Pourtant, c’est la même chose.

Cet argument qui, au début, semblait sage, apparaît maintenant dans toute sa naïveté.

Le vrai problème n’est donc pas le pèse-personne ou le compteur de vitesse qui ne sont que des instruments mais qui ne peuvent être utiles qu’à la condition qu’on les consulte.

ALORS ON FAIT QUOI ?

C’est ce que pensaient des chercheurs de l’université de Birmingham. Pour en avoir la preuve formelle, ils ont pris un groupe de personnes qui avaient perdu du poids et l’ont divisé en deux. Une moitié s’est vue remettre un pèse-personne avec pour mission de s’en servir une fois par semaine, l’autre moitié ne recevait aucune consigne particulière.

Au bout de douze mois, les personnes des deux groupes avaient toutes repris du poids mais celles qui se pesaient en avaient repris moins que celles qui ne le faisaient pas.

Rien d’étonnant à cela (mais c’est bien de disposer d’une étude scientifique qui le prouve d’une manière incontestable car quand je le dis, on ne a des doutes. Sacré bon sens !).

L’auteure de l’étude veut maintenant savoir ce qui peut se passer avec des gens qui se pèsent tous les jours et compte entreprendre une étude qui va dans ce sens. Pour ma part, j’imagine déjà quel en sera le résultat. Pourquoi ? Nous allons le voir.

L’INSTRUMENT HORS DE CAUSE

Un pèse-personne ne peut effectivement pas faire grossir ou maigrir, pas plus qu’un compteur de vitesse ne peut appuyer sur l’accélérateur car ce ne sont que des machines sans âme. Mais il est plus facile de dire que c’est de la faute du pèse-personne ou du compteur de vitesse que de soi-même. De la même manière qu’on donne un coup de pied dans une voiture qui refuse de démarrer pour exprimer son désappointement. En fait, on cherche à se décharger d’une émotion qu’on a des difficultés à assumer soi-même, comme si nous avions commis une faute particulière que nous ne voulions pas supporter. Cette notion de faute est essentielle car, depuis notre enfance, nous avons été surchargés par ce sentiment d’une manière complètement illégitime : la culpabilité.

LA CULPABILITÉ MISE À TOUTES LES SAUCES

C’est d’ailleurs de quelque chose dont on use et abuse un peu trop dans notre civilisation.

Que ce soit en famille, au cours de l’éducation ou dans la vie sociale, en politique, dans le travail, dans les magasins…, bref partout, on se sert de la culpabilité pour nous faire agir (ou, au contraire nous en empêcher). Et on observe un glissement subtil et insensible de « responsable » à « coupable »1. Il est confortable bien sûr de parvenir à faire croire que tout est de la faute des autres ou de les pousser à acheter encore davantage afin de se mettre l’argent dans la poche.

Sauf que c’est une grave erreur qui pourrait bien un jour se retourner contre leurs auteurs..

Car on ne dira jamais assez combien ce comportement abusif peut engendrer de dégâts et provoquer parfois des réactions désespérées et brutales. D’abord parce qu’il nous laisse entendre que c’est nous qui aurions commis quelque action condamnable. Cela entame directement l’estime que nous avons de nous-même qui, hélas, n’est déjà souvent en général, pas suffisamment forte. Ensuite, cela nous pousse à contenir et à cacher. Faire ce que nous avons fait n’est vraiment pas très joli  croît-on et il n’y a franchement pas de quoi s’en vanter : voilà ce que cela sous-entend.

Pour combattre cette culpabilisation abusive, il existe trois solutions dont on peut user conjointement :

1 – théoriser pour bien comprendre. Il est important que la distinction entre « responsable » et « coupable » soit bien claire afin que nous n’ayons aucune hésitation;

2 – Dire tout fort ce qu’on voudrait bien nous faire taire pour bien montrer à tout notre entourage que nos n’avons pas honte ;

3 – nous convaincre d’abord nous-même que nous ne sommes pas coupables. Et d’abord de quoi le serions-nous ?

TOUS DES GOINFRES…

Nous aurions, par exemple, commis le péché de gourmandise (ou de gloutonnerie ce qui n’est pas mieux).

Oui mais que font la société et les spécialistes de l’agroalimentaire si ce n’est le maximum, du matin au soir, pour nous inciter à manger davantage et ceci contre notre gré ? Vous avez encore quelques doutes ? Alors lisez le livre du Pr Wandsink qui nous révèle le dessous des cartes, ce qui pourrait être amusant si le sujet n’était pas aussi triste.

PESEZ-VOUS TOUS LES JOURS

Donc, selon moi (et je crois que la conclusion de la nouvelle étude ne me donnera pas tort), il est très intéressant de se peser tous les jours (et si vous avez des problèmes avec le pèse-personne, voyez votre psychanalyste – ou votre nutri-analyste -, ça ira plus vite). Et ceci pour plusieurs raisons.

La première est que sans point de repère, on ne sait pas où on est ni où on va et, outre le fait que ce n’est pas pratique, c’est toujours angoissant de naviguer dans le brouillard. La deuxième est qu’il n’est pas suffisant de prendre conscience des variations mais qu’il faut en plus les mesurer. Dans quel sens va-t-on et de combien est-ce que je m’écarte de ma fourchette de poids d’équilibre ? OK, aujourd’hui j’ai mangé des frittes et des gâteaux. Et en plus, j’ai bu du vin. Mais j’ai fait la fête avec des amis et on a bien ri ! Je monte sur la balance et je vois que j’ai grossi d’un kilo. Et alors, ce n’est pas grave : aujourd’hui je vais manger des poireaux ! On peu donc immédiatement rectifier le tir sans attendre un mois de plus que la situation s’aggrave.

Mais il y a une autre raison de se peser tous les jours. En effet, je n’ai pas besoin de noter ce que j’ai mangé : je l’ai en tête ! Donc je sais tout de suite quels sont les aliments qui me font grossir ou maigrir. Et croyez-moi, c’est bien plus efficace que tout ce qu’on pourrait me dire car c’est moi qui fais le constat et qui tire les conclusions.

Dernière constatation : un poids fixe n’existe pas mais il y a une fourchette à l’intérieur de laquelle on se trouve bien. Donc, à quelques kilos près, ce n’est pas la peine de déclencher l’alerte rouge. Nous avons pris quelques kilos, eh bien, nous allons les perdre tout tranquillement. D’ailleurs, ce ne sera pas la première fois !

ALLER PLUS LOIN

Pendant que j’y suis et sans pour autant que devenir un obsessionnel, on peux inscrire ce poids sur une feuille de calcul. Cela ne me prend que quelques secondes et l’ordinateur nous calculera tout seul la moyenne mensuelle et nous tracera la courbe mensuelle et nous pourrons même enregistrer tous les mois, sur une courbe spéciale, les moyennes mensuelles ce qui nous permettront d’avoir une vision d’ensemble et de visualiser notre évolution sur plusieurs années. Quel encouragement !

Alors, on se pèse ?

1 - THALMANN (Yves-Alexandre), Au diable la culpabilité ! Cessez de vous culpabiliser et retrouvez votre liberté intérieure, Saint Julien en Genevois, Jouvence, 2005.

2 - WANDSINK (Pr. Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thierry Souccar, 2009.

Credit photo : a href=’http://fr.123rf.com/profile_viperagp’>viperagp / 123RF Banque d’images</a>