STIMULATION

 LE HIC DU CHANGEMENT

Changer, c’est facile : il n’y a qu’à, faut qu’on… Ça, tout le monde le sait mais quand il s’agit de changer, il n’y a plus personne. La question qui vient à l’esprit est : pourquoi, une chose qui paraît aussi simple vue de l’extérieur, devient-elle tellement difficile dés qu’on se trouve concerné ?

Pour comprendre, il suffit de se mettre un instant à la place de la personne. Je veux dire, réellement à sa place et non pas en regardant son problème de l’extérieur.

HOMÉOSTASIE

Ce qui est difficile pour la personne (voire impossible), c’est d’accepter l’idée que nous ne sommes pas une structure fixe, figée d’une manière inamovible dans une position rigide mais, au contraire, un organisme mouvant constamment à la recherche d’un équilibre, un peu comme le cycliste qui ne tient sur sa bicyclette que parce qu’il avance et trouve son apparente immobilité uniquement dans le mouvement, en compensant constamment son déséquilibre.

Je vais prendre un autre exemple pour être bien entendu. Notre corps a besoin de nombreux équilibres afin que nous jouissions d’une bonne santé. Par exemple (entre autres !), de l’équilibre acido-basique. Cet équilibre oscille entre 7,35 et 7,45. En-dessous de 7 et au-dessus de 7,8, c’est la mort1. Bien que, d’une manière générale, notre organisme soit légèrement un peu trop acide (ce qui engendre de nombreuses maladies) nous restons quand même à peu près en équilibre. Nous sommes, comme on dit, en homéostasie.

C’est en quelque sorte comme une balance qui se trouve en équilibre : peu importe de ce qui se trouve sur ses plateaux, les poids s’équivalent des deux côtés.

Nous sommes aussi comme cela : peu importe ce que nous avons fait, nous sommes en équilibre et (inconsciemment la  plupart du temps), nous compensons finement tout déséquilibre par des actions correctives afin de maintenir cette homéostasie.

ENTRE DEUX

Supposons maintenant que vous envisagiez un changement. Vous avez un but, à savoir une situation à laquelle vous aimeriez parvenir. Vous visualisez déjà cette situation et il vous semble que vous seriez bien ainsi.

Oui, mais voilà.

Entre la situation de départ, celle dans laquelle vous êtes actuellement (et où vous vous trouvez en équilibre) et la situation d’arrivée, celle que vous envisagez (dans laquelle vous serez également en équilibre), il existe une situation de déséquilibre qui peut durer plus ou moins longtemps, le temps que le changement se stabilise et que vous retrouviez votre équilibre de départ (homéostasie).

C’est l’idée de ce moment pendant lequel vous serez en déséquilibre que vous appréhendez confusément et qui vous retient avant d’entreprendre un quelconque changement. C’est aussi là que vous risquez d’échouer.

ÉCONOMIQUEMENT PARLANT

Afin de mieux cerner le problème, il peut être utile de traduire cela en termes d’économie d’énergie.

Au point de départ, nous dépensons le minimum d’énergie car, comme nous avons l’habitude, tout dans notre corps se fait en pilotage automatique et nous demande donc le minimum d’effort. Au point d’arrivée, quand nous nous serons stabilisés dans un nouvel équilibre, ce sera pareil.

Entre les deux par contre, le temps que nous acquérions de nouvelles habitudes et que nous puissions accorder de nouveau notre confiance au pilotage automatique, il conviendra que nous soyons vigilants et que nous luttions contre nos anciennes habitudes qui vont se déclencher automatiquement, ainsi qu’elles avaient l’habitude de le faire. Cette vigilance va nous demander un effort, donc une dépense d’énergie supplémentaire, ce à quoi, bien sûr, nous répugnons tous.

Mais, ce n’est pas tout. Comme nous allons de temps en temps, oublier d’être vigilant et de fournir cet effort (retenu, comme par hasard, par nos anciennes habitudes), cela déclenchera immédiatement en nous, une vague de culpabilité, vous savez, du genre : « Zut, j’ai encore oublié, je suis vraiment nul, c’est raté maintenant, tout est à recommencer etc. ». Tout cela rend l’épreuve encore plus pénible et ne nous incite certes pas à entreprendre un changement.

OUI MAIS, PAS TOUJOURS

Pourtant, on a remarqué que tout ne se passait pas toujours comme ça. Dans certains cas, on parvient à changer très facilement, même s’il s’agit de changements importants qu’on n’aurait pas osé envisager quelque temps auparavant. Le cas typique est quand on est amoureux. Pour la personne qu’on vient de rencontrer et qui nous a tourné la tête, on est prêt à faire beaucoup de choses. Mais pas seulement. Cela peut tout simplement être pour faire plaisir à quelqu’un qu’on aime depuis longtemps (et qui nous soutient d’ailleurs par ces encouragements), ou parce qu’on vient de constater qu’on ne rentre plus dans le pantalon de l’an dernier (et cela nous a fait un choc) ou encore  parce que le médecin vient  de nous dire qu’il ne faut plus manger de sel ou, que sais-je encore…

Le principal est que, du coup, cela provoque en nous une stimulation qui va libérer cette quantité d’énergie supplémentaire dont nous avons besoin pour faire face à la situation de changement et franchir le cap.

Vous avez bien compris : il convient qu’il y ait en nous une raison sérieuse motivante et que nous envisagions un plus pour nous ou notre santé, un mieux-être à gagner.

La corollaire inévitable est qu’il vaut beaucoup mieux ne pas envisager de changement quand on se sent mal ou déprimé, qu’on a trop de travail ou encore des soucis. Dans un de ces cas-là, au contraire, il ne faut pas se culpabiliser et « se replier sur des positions préparées l’avance »,  selon l’expression consacrée par les militaires pour dire qu’ils ont échoué. En fait, mieux vaut s’avouer que nous ne sommes pas dans des conditions favorables pour un changement que d’être obligé d’abandonner en cours de route, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir ultérieurement. En d’autres termes, tout simplement, on manque de l’énergie nécessaire et, surtout, de la stimulation.

UN SURCROÎT D’ÉNERGIE

Le changement réussi n’est donc possible qu’à la condition qu’il y ait une stimulation qui engendre une libération d’énergie. Nous le savons tous car nous en avons tous fait l’expérience : le fait n’est plus à démontrer. Ce qui change, par contre, c’est l’origine de la simulation qui sera différente pour chacun. C’est pourquoi, se faire assister par un guide spécialisé est pratiquement toujours indispensable et ce rôle ne peut évidemment pas être assuré par un livre ou une nutritionniste qui repourvue les mêmes recettes à tout le monde.

En matière de nutrition en tous cas, cela explique très clairement pourquoi un même régime pour tout le monde est une énorme absurdité et, pour le moment, seule la nutri-analyse prend ce facteur en compte sous forme d’un accompagnement spécifique et adapté à chaque personne.

Quelle qu’en soit la raison (maigrir, être en meilleure santé, ne plus manger de viande pour une raison éthique, suivre les prescriptions de son médecin… Bien souvent, elle se cumulent), changer son alimentation c’est d’abord, et avant tout, étudier si c’est le bon moment de le faire et de choisir une stratégie adaptée. L’obstacle peut remonter à plusieurs générations et il est parfois nécessaire d’entreprendre une étude particulière2. Ceci est pour dire que, si les produits à mettre dans sa bouche sont très importants, ils ne sont pas seuls à compter, loin de là.

Tout cela étant dit, une chose est encourageante : c’est que, si on s’y prend correctement, tout le monde peut changer !

 

1 – VASEY (Christopher), L’Equilibre acido-basique, Saint Julien en Genevois, Jouvence, 2002.

2 – DESMARAIS (Jean-Michel), Maigrir sans faire de régime, Monaco, Romart, 2011.

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_andrewgenn’> / 123RF Banque d’images</a>