Tricher légalement

 

TOUS DES IMBÉCILES !

On a généralement un peu trop tendance à prendre les industriels pour des imbéciles. Erreur majeure ! Ils emploient en effet des jeunes gens super intelligents qui ont fait des études supérieures  brillantes dans nos meilleures écoles ou universités et qui passent leur temps à chercher des solutions aux problèmes que rencontrent leur patrons ou à ce qui les empêcherait de gagner davantage d’argent. Et comme ils sont payés fort cher et qu’ils n’ont que ça à faire, ils finissent par trouver !

Vous ne me croyez pas ? Alors je vais vous donner un exemple. Je l’ai volontairement choisi en dehors du domaine de l’agroalimentaire (ou pourtant les cas sont très fréquents) afin de ne pas risquer d’emmêler les pistes.

UN EXEMPLE

Le ministre Jack Lang a cru bien faire en 1981, à seule fin de sauver les librairies, de limiter les ristournes possibles sur les livres à 5 %. Cette mesure était censée empêcher les manœuvres de la grande distribution. Celle-ci a immédiatement répliqué en organisant des soldes en tous genres qui échappaient à la loi et en limitait ainsi singulièrement la portée. Mais l’honneur était sauf, si on peut dire !

Puis, vint le développement d’Internet.

AMAZON

Se multiplièrent alors les librairies en ligne (dont Amazon, la FNAC…) qui prirent de plus en pus d’importance. Et pour concurrencer les librairies en ville, elles offrirent le port gratuit, ce qui , avec les 5 % de remise, maintenait toujours le prix en-dessous de celui qu’on payait dans une librairie traditionnelle qui, d’ailleurs, ne pratiquait pas toujours la remise de 5 %. Et on avait le livre dans sa boîte aux lettres, sans s’être déplacé, deux jours plus tard, parfois même le lendemain, ayant eu la possibilité de commander tard le soir, la nuit, les dimanches ou les jours fériés. Donc, une incontestable commodité supplémentaires pour le consommateur qi pouvait, en plus, économiser ses frais de déplacement et de parking, ce qui, pour quelqu’un qui habite à 80 km d’une grande ville, est loin d’être négligeable. Le progrès est bien fait notamment pour faciliter la vie et améliorer le confort !

Qui payait cela car, vous imaginez bien que tout service a un prix. Les libraires ? Non, bien sûr ! Alors les éditeurs ? Exactement ! Avant la loi « Lang », ils payaient les frais de transport jusqu’aux librairies et accordaient une remise de 30 % aux libraires, maintenant ils payaient toujours les frais de transport augmentés d’une remise de 50 % à la librairie en ligne : on avait déshabillé Pierre pour habiller Paul ! Sauvé les libraires pour enfoncer la tête sous l’eau des éditeurs. Alors qu’ont fait (entre autres…) les éditeurs qu’il ne faut pas prendre non plus pour des benêts ? Ils ont tout simplement augmenté leurs prix de 20 % !

Bravo Monsieur le Ministre, vous avez fait fort ! Voilà comment on fait augmenter les prix en se faisant passer pour un bienfaiteur de l’humanité sans rien apporter au bout du compte. Autrement dit, cette mesure était démagogique et évitait, tout simplement, une réforme en profondeur de la profession qui, pourtant, s’imposait et allait venir obligatoirement un jour.

CONSTAMMENT S’ADAPTER AU PROGRÈS

Car de tous temps, l’homme a dû s’adapter au progrès. Ainsi dès l’âge du fer, les tailleurs de pierre ont cédé leur place aux forgerons. Il en a été de même avec la découverte de la roue, de la vapeur et de bien d’autres choses. Par exemple, la disparition de la noblesse a sonné le glas des perruquiers et l’invention du chemin des fer et de l’automobile, celui des diligences. Certes, les voyages en voiture à cheval étaient sans doute charmants (bien que pas très confortables !) mais maintenant on est bien content d’aller à Paris en un temps minimum à 300 km/h grâce au TGV.

Il en est de même du livre et on peut regretter les bouquinistes des quais de la Seine à Paris ainsi que les vieilles librairies de quartier d’antan où les livres sentaient bon le papier et l’encre d’imprimerie. Seulement, dans dix ou vingt ans, 90 % des livres seront électroniques. Ça commence déjà puisqu’en 2013, Amazon a vendu aux USA davantage de livres électroniques que de livres papier. On économise ainsi à la fois le papier, l’encre et le transport, avec une répercussion sur le prix de vente par des baisses très importantes (voire la gratuité dans certains cas !). On pourra donc shunter d’un même coup les imprimeurs, les éditeurs et les libraires, en cumulant ces trois professions à l’aide d’un simple ordinateur et proposer en quelques secondes ce qu’on souhaite dire la planète toute entière.

La loi « Lang » n’aura donc été qu’une tentative maladroite pour essayer de préserver un monde inexorablement en voie de disparition dès à présent. Toute tentative de ce genre est donc hélas vouée à l’échec et n’a d’autre effet que de retarder la mise en œuvre des effets positifs du progrès.

RUSE

En attendant, au lieu d’entreprendre des réformes de fond pour adapter une situation désuète à l’arrivée des nouvelles technologies, on continue une fois de plus en imitant la loi « Lang » : on fait du replâtrage, des réformes de surface qui n’ont aucune chance d’aboutir. Ce qui s’imposait bien évidemment, c’était d’aider toutes les professions du livre à s’adapter aux transformations apportées par le progrès technologique. Hélas ! Jugeant que le port gratuit des livres ajouté à une remise de 5 % constituaient une concurrence déloyale, les librairies sur Internet se sont vues obligées de facturer le port. C’est pourquoi Amazon, la FNAC… et les autres ont immédiatement inventé le prix du transport à… 1 centime, ce qui rend la loi totalement inefficace : on ne semble pas avoir compris que les industriels étaient des gens intelligents et qu’ils savaient lire les lois pour mieux les tourner ! Le gouvernement s’est donc couvert de ridicule et s’est fait faire un beau pied de nez en toute légalité : bravo Madame la ministre, vous avez fait aussi fort que votre prédécesseur !

L’AGROALIMENTAIRE AUSSI

Il en est de même dans le secteur agroalimentaire et la grande distribution.

Le « bio » représente un marché sur lequel il est possible de gagner de l’argent, comme sur la plupart des marchés. Mais il y’a plusieurs manières, comme par exemple celle de privilégier la qualité (ce que font certains de nos agriculteurs) soit de chercher à vendre à plus bas prix possible (c’est-à-dire en sacrifiant la qualité tout en gagnant de l’argent). C’est bien sur cette dernière approche qu’ont choisie les supermarchés qui ont ouvert des rayons bio dans leurs grandes surfaces et ont fait venir les produits du Chili, d’Argentine, du Kenya, de la Chine ou de l’Union Européenne. Sans se soucier de savoir si les travailleurs bénéficiaient d’une couverture sociale équivalente à celle obligatoire en France (ce qui, bien sûr, n’était pas le cas) ni si les producteurs avaient une marge suffisante pour vivre décemment (ce qui n’était pas le cas non plus). Autrement dit, le consommateur a été pris en otage afin de pouvoir bénéficier de tarifs apparemment avantageux sur le dos de ceux qui, ayant moins de chance que lui, avaient une vie très difficile.

De la même façon, on ne veut pas voir qu’en provenance de l’agriculture, de l’alimentation et des pharmacies, nous ingurgitons des quantités importantes de produits toxiques qui, pèle-mêle, provoquent des maladies et des des décès, tout cela à des coûts invraisemblables.

Ça va durer encore pendant pendant combien de temps ?

LE TEMPS DE RÉAGIR

Qu’il s’agisse de tricherie légale ou pas, nous les citoyens sommes tous des victimes. L’État, c’est-à-dire nous à travers nos élus qui sont censés nous représenter, doit nous protéger et non soutenir les profiteurs assoiffés d’argent ! Nous ne sommes pas des moutons à tondre !

Seule attitude possible, celle de Stépane Essel. Indignez-vous, oui, mais surtout agissez ! Et il y a deux façons d’agir :

1 – à court terme : si vous comptez le temps nécessaire pour que les instances officielles prennent conscience du drame dans lequel nous sommes et de l’échec total des politiques menées depuis près d’un siècle, puis de la prise de décisions politiques et, enfin, de la transformation des structures économiques, il faut bien compter un délai d’un siècle. Si nous voulons profiter tout de suite de ce que nous savons, il nous faut donc agir immédiatement. Cessez donc dès maintenant d’acheter et de consommer tous ces produits qui nous empoisonnent, d’où qu’ils viennent et quelle qu’en soit leur justification et réclamez avec insistance du bio et du local ;

2 – à plus long terme : le progrès (qu’on n’arrête jamais de toutes façons !) peut être excellent mais dans le domaine de l’alimentation (et donc de la santé puisqu’elle en découle selon Hippocrate lui-même), il est clair que nous avons fait fausse route et que si nous ne changeons pas radicalement très vite, le monde courra à sa perte. Nous devons absolument revenir à une agriculture biologique, mettre fin à l’élevage intensif, retrouver des méthode naturelles pour nous soigner… On croit faire un pas en arrière mais, cette fois-ci, on fait un pas en avant. Il ne s’agit pas d’arrêter la progression de nos techniques, bien au contraire, mais de la maîtriser et la dominer. Tout ceci sera long car il faut d’abord éveiller les consciences, de nombreuses personnes ne soupçonnant même pas l’ampleur du problème dans lequel nous sommes plongés. Á la suite de quoi, il conviendra d’entreprendre les transformations nécessaires. Tout cela demande beaucoup de temps et il n’est pas top tôt pour commencer. C’est d’ailleurs ce que je fais dans cette lettre !

Beau challenge en tous cas pour les générations à venir !