Difficile petit déjeuner

Le petit déjeuner est peut-être, de tous nos repas, celui qui présente le plus de difficultés.

D’abord parce qu’il s’effectue à un moment où nous ne sommes pas très bien réveillés, à peine tirés du sommeil (souvent trop tôt !) et que nous sommes encore (à de rares exceptions près) à moitié endormis, en pilotage automatique en quelque sorte.

Cela facilite donc le travail de l’inconscient qui laisse une large place aux habitudes ainsi qu’aux addictions, les premières ayant tendance à devenir les secondes très rapidement. Avec le Dr Norman Doidge1nous apprenons ainsi que nos neurones se modifient sous l’effet de la répétition. Si donc, vous prenez le matin un café avec deux croissants depuis un certain temps et que vous souhaitiez changer, vous vous attaquez à la transformation de ces neurones, ce qui comporte tous les risques d’être une opération un peu plus difficile que vous ne le pensiez.

Tout se fait donc quasi automatiquement, sans que nous ayons besoin d’y penser. Non seulement nos habitudes nous épargnent un effort mais elles nous rassurent. Encore a moitié dans les bizarreries des derniers rêves de la nuit, la réalité ne nous est pas toujours sereine et engendre souvent à certaines inquiétudes. Surtout quand la journée ne s’annonce pas toute rose.

En fait, c’est encore plus complexe que cela. Imaginons qu’au sortir du biberon, votre mère vous ait habitué à prendre un chocolat avec deux tartines de pain beurré. Et ceci est devenu votre façon  de commencer la journée.

Depuis, vous avez appris que vous ne digérez pas le lait de vache car depuis l’âge de quatre an vous ne produisez plus d’enzyme lactase pour digérer le lactose. Le chocolat, lui, n’a plus qu’un vague goût de cacao car il contient surtout des graisses hydrogénées (les pires) et du parfum synthétique à la place. Et puis, ce petit déjeuner comporte beaucoup de glucose qui, non seulement fait grossir mais agit comme une véritable drogue. Le beurre, quant à, lui n’est plus du beurre mais un assemblage de graisses diverses et variées. Quant au pain, il n’a plus rien à voir avec celui de votre grand-mère car il est issu d’un blé trafiqué qui contient surtout du gluten, lequel est reconnu par tous les spécialistes comme étant un véritable poison.

Bref, devant ce tableau, vous voulez changer.

Seulement voilà, ce n’est pas de la tarte comme on dit !

En effet, vos neurones depuis ce temps-là se sont transformés et vous êtes asservi au sucre et à des tas d’autres choses comme je l’ai dit plus haut. Donc, il existe un premier obstacle biologique qu’il vous faut franchir.

Mais, ce n’est pas tout car, avec le chocolat et les tartines, vous transportez inconsciemment une somme importante de souvenirs, comme Proust avec sa madeleine. C’est un deuxième obstacle, psychologique lui. Il y a votre maman, votre papa, vos frères et  sœurs, les copines et les copains que vous alliez retrouver à l’école, le premier amour de votre vie, les matins de résultat d’examens, votre séparation d’avec la famille, votre premier job, peut-être votre mariage, vos enfants… Que sais-je encore ? En tous cas, c’est énormément chargé et vous n’allez pas vous en tirer comme ça !

Il est clair qu’il vous faut une aide pour faire le tri entre les aliments et ce qu’ils symbolisent et apprendre à vous séparer de ce qui est affectif et vous colle à la peau. C’est là que la nutri-analyse prend tout son sens. En effet, si une psychanalyse est rarement nécessaire, du moins un coaching fait gagner beaucoup de temps. En parler à un/e ami/e est une simple précaution qui s’avère fort utile.

En tous cas, en allant vers les légumes et les protéines maigres et en évitant le sucre, vous tiendrez sans problème jusqu’à midi en ignorant le « petit creux de 11 h » et sa fameuse crisse d’hypoglycémie provoquée par le sucre et les céréales (voyez ce que sont devenus les Américains). Quant au jus d’orange, détestable mode venue d’outre-Atlantique, si on en croît le naturopathe Robert Masson2, elle est éminemment toxique : à la limite, un jus d’orange est acceptable mais pris seul et aux environs de 17 h. Vous pouvez d’ailleurs vous rabattre facilement sur le Kiwi, cultivé en France (il a même une appellation contrôlée dans l’Adour) qui contient encore davantage de vitamine C que l’orange et nécessite des frais de transport beaucoup plus réduits. Il fournit aussi de la vitamine E contenue dans ses graines noires ou encore de la provitamine A et des B1, B2, B3, B5 et B6.  On y trouve également du fer, du cuivre, du zinc et du phosphore. De ce fait, le Kiwi fait partie des fruits ayant l’activité antioxydante la plus élevée. Bref, le mieux est de laisser les oranges là où elles sont !

La stratégie en ce dernier cas évoqué, à mon avis du moins, ne consiste jamais à supprimer un aliment ou un autre, si fortement investi, mais à le remplacer. Encore faut-il ajouter que le cas de chacun est différent et mérite un traitement spécifiquement adapté. Encore une fois, si vous voulez réussir, je vous renvoie à la nutri-analyse.

Mais, ceci étant, se pose une autre question,  à savoir : faut-il déjeuner le matin ? Je me souviens d’un médecin particulièrement obtus qui m’a soutenu mordicus que tous les jours en nous levant, nous nous trouvions en hypoglycémie, ce qui est entièrement faux et archi-faux. Il est vrai que seulement 6 % des médecins ont étudié la nutrition. Les autres, comme j’ai pu le vérifier de nombreuses fois, n’y connaissent absolument rien. Où est donc passé Hippocrate, le père de la médecine moderne !

La question n’est pas à écarter et il convient d’oublier quelque temps la vieille antienne qu’on nous a seriné tant et plus (sous l’influence des marchands de céréales) : il faut manger le matin. Et surtout avant d’aller travailler. Et si c’était entièrement faux ? D’ailleurs, on constate quels résultats lamentables cela entraîne.

C’est, en tous cas, l’avis de Bernard Clavière et il détaille son point de vue dans un livre qui mérite qu’on y consacre quelques heures3.

La première chose à retenir est, qu’une fois qu’un aliment est ingéré, il convient de le digérer, ce qui prend de l’énergie et aussi du temps. Quant à ce dernier, comptez un minimum de deux heures (et parfois trois) pour que l’énergie fournie pas l’aliment soit disponible. Donc, après manger, il ne faudrait pas travailler mais la meilleure chose à faire serait de se reposer car ce n’est pas le moment où on dispose de toutes ses forces contrairement à ce qu’on croit. C’est pour cela d’ailleurs qu’on a inventé la sieste et qu’un sportif comme Noah accomplissait ses performances après avoir jeûné.

C’est pourtant encore plus grave que ça. Selon Clavière en effet, après avoir terminé la digestion, le corps qui dispose alors d’une quantité importante d’énergie de nouveau disponible, en profite pour réparer ses cellules malades. Et le petit déjeuner vient l’interrompre au beau milieu de ce travail. Selon Clavière, le petit déjeuner est donc le plus mauvais repas de la journée et il vaut mieux différer le plus tard possible la première prise de nourriture.

J’ai trouvé les propos de Clavière intelligents et, bien que franchement opposés à l’opinion générale, plutôt fondés. Moi, qui était convaincu de la nécessité absolue du petit déjeuner matinal copieux au point que j’ai même mangé de la choucroute crue le matin (ce qui horrifiait tout mon entourage mais, rassurez-vous, c’est délicieux), j’ai voulu essayer sa méthode car j’ai pour principe de ne parler que de ce que je connais. J’ai donc cessé d’avaler quelque aliment que ce soit en me levant (je ne mange rien avant 13 h, parfois 14 ou 15 h). Par contre, je bois beaucoup, comme toujours : de l’eau, du café, du thé vert, des tisanes…

Première surprise : je n’ai jamais eu faim. Deuxième surprise : du coup, et contrairement à ce dont je m’attendais, j’avais une énergie considérable pour travailler, au point que je prévoyais pour le matin mes tâches les plus ennuyeuses car elle me rebutaient moins. Constatant des effets aussi positifs, j’ai poursuivi l’expérience. Je ne dis pas que cela convient à tout le monde mais, moi, j’en suis enchanté. Clavière, lui, dit que, malgré une vie active, il ne mange pas de la journée et prend son unique repas quotidien à la nuit tombée.

Ma conclusion sera double :

1 – essayez de remplacer tous les aliments qu’on sait être ou devenus nocifs aujourd’hui par des légumes et des fruits sans amidon ainsi que par des protéines maigres ;

2 – si cela convient à votre métabolisme, cessez d’absorber des aliments le matin. Faites-en au moins l’expérience ne serait-ce que pendant quelques semaines pour essayer car cela serait vraiment trop dommage de passer à côté d’une façon de faire susceptible de vous convenir davantage.

Je vous souhaite de trouver votre voie dans ce maquis qu’est le petit déjeuner.

 

 

 

 

1 DOIDGE (Dr Norman), Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, Paris, Belfond, 2007.

2 MASSON (Robert), Les carnets Santé, Paris, Guy Tredaniel, 2013.

3 CLAVIÈRE (Bernard),  Et si, on arrêtait un peu de manger… de temps en temps, Gironde sur Dropt, Nature & Partage, 2008.

 

Crédit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/photo_17055391_continental-breakfast.html’>danifoto / 123RF Banque d’images</a>