QUOI ACHETER AU SUPERMARCHÉ ?

ÉVOLUTION DE LA DISTRIBUTION

Il faut bien reconnaître que le monde de la distribution a considérablement évolué depuis un siècle. Ainsi, nombre de magasins ont tout simplement disparu. Par exemple, vous aurez toutes les peines du monde à trouver de nos jours un marchand de couleurs (droguerie), un marchand de radio (TSF), un  marchand d’accessoires automobiles, une laiterie… et tant d’autres encore, tandis que certains se sont considérablement raréfiés, les épiceries par exemple, les pâtisseries (mais les boulangeries-pâtisseries se sont multipliées par contre), les poissonneries…

Progressivement les épiceries traditionnelles qui avaient disparues ont tendance à refaire surface sous forme de boutiques de producteurs, de magasins de produits régionaux, de vente de produits bio. Les marchés de quartier réapparaissent également ainsi que les AMAP qui se sont crées et s’implantent partout progressivement.

UNE IDÉE QU’ELLE AURAIT PU ÊTRE BONNE

Prendre un grand parking à la périphérie des villes (là où il y avait de la place), construire  autour des locaux pour réunir au même endroit tous les commerces, aurait pu être une bonne idée qu’auraient pu avoir les petits commerçants traditionnels et les municipalités.

La grande distribution s’est crée pour le faire et, au début, les consommateurs se sont rués dans ces cavernes d’Ali Baba où on pouvait tout trouver, bien pratiques, surtout quand on travaille toute la journée et qu’on dispose de peu de temps.

LE DÉBUT DU DÉRAPAGE

Certes, la rationalisation de la distribution a permis de réduire les frais (et d’augmenter les bénéfices) mais là est, en même temps, le début de la grande illusion à laquelle se sont laissés prendre les consommateurs. Car la course à la baisse des prix était ainsi lancée. Non pas que rechercher un prix plus bas soit une mauvaise chose en soi mais à cela, comme à tout, il y a une limite. En Russie, on dit : « Je n’ai pas les moyens d’acheter bon marché ».

Insensiblement, on est donc passé des économies d’échelle aux diminutions de qualité en passant par l’étranglement des producteurs, puis aux produits franchement mensongers à base de composants chimiques toxiques. Bon marché ? Oui mais empoisonnés !

Commençons notre tour d’horizon par les fruits et légumes. Oui, ils ont belle allure, surtout quand ils sont rendus brillants par la brumatisation à la mode américaine. Mais quand on regarde de près on s’aperçoit d’abord qu’ils viennent du diable vauvert, du Chili, d’Argentine ou du Kenya (bonjour les coûts de transport et la consommation de pétrole), ce qui implique également qu’ils ont été cueillis avant maturité. Et qu’en plus, ils ont été cultivés hors sol chaque fois que cela était possible (comme les tomates du sud de l’Espagne, sans aucun goût), qu’ils sont bourrés de produits chimiques dont l’ingestion régulière est dangereuse. Conclusion : à éviter à tout prix.

Passons aux protéines :

Le poisson d’abord : les mers sont dévastées et polluées, on commence à le savoir. Quant aux poissons d’élevage, on ne sait pas très bien ce qu’il ont mangé. Certainement des produits bon marché et d’une qualité douteuse. Le bio ? C’est simple, on n’en trouve pas !

La viande maintenant. Elle est issue 99 fois sur 100 de l’élevage intensif, c’est-à-dire de bêtes entassées dans un espace restreint et dans des conditions atroces, traitées d’une façon sadique.

Les œufs soi-disant bios ? Les producteurs ont appris à contourner la règlementation et ils n’ont pas grand chose de plus que les œufs industriels. Sauf le prix bien entendu.

Quant au lait, il faut simplement savoir qu’après l’âge de trois ou quatre ans, nous ne produisons plus d’enzyme lactase pour digérer le sucre lactose qu’il contient. D’où des troubles intestinaux de toutes sortes. Donc, oublions le lait.

Reste le fromage. Je ferai les mêmes réserves que pour tous les produits industriels : avant tout achat, il est indispensable de lire soigneusement les étiquettes, le guide des additifs à la main1. Et d’en manger en petite quantité ou même de le supprimer complètement.

Passons aux conserves et aux produits surgelés. Je ferai les mêmes remarques sur la qualité de base des produits et des additifs que pour les produits frais.

Pour les autres produits industriels, que ce soit des plats préparés, de la moutarde ou même du vinaigre balsamique : la plus grande vigilance est recommandée. Bien sûr, le guide des additifs vous sera indispensable une fois de plus mais les composants eux-même suffisent bien souvent pour vous faire reposer le produit sur l’étagère. Par exemple, si vous lisez : graisse hydrogénée, glutamate, huile de tournesol (ce n’est pas qu’elle soit mauvaise mais elle contient des oméga-6 dont nous avons déjà trop), aspartame (ou équivalents), sirop de glucose-fructose, oubliez tout de suite. Quant au sel et au sucre, surveillez attentivement les doses car les producteurs ont tendance à en mettre de trop et partout parce qu’ils sont flatteurs et qu’ils ne coûtent pas cher.

Quant aux lessives et aux divers produits d’entretien : on a oublié qu’avec quelques produits de base, pas chers, nos grand-mère faisaient des merveilles. De quoi s’agit-il ? Du vinaigre blanc, du savon de Marseille ou d’Alep, du savon noir, du bicarbonate de soude et de quelques autres…

Pour les vins, profitez de vos vacances et de vos voyages pour visiter les producteurs bios : des merveilles vous y attendent à des prix abordables.

Que reste-t-il ? Papeterie, hygiène, articles automobile, textile…: il faut voir au coup par coup.

SURCONSOMMATION

N’oubliez pas que la règle des supermarchés, quels qu’ils soient, est la suivante : un ilot de perte dans un océan de profits. Le but des gens de marketing des supermarchés est donc de vous faire consommer plus que vous ne le souhaitez. La réaction immédiate devrait être bien sûr de déserter les supermarchés (ou en tous cas de ne jamais y aller en ayant faim). Mais ce n’est pas toujours possible pour toutes sortes de raisons et il ne faut pas non plus diaboliser les supermarchés. La liste de courses ou le drive (c’est-çà-dire l’achat sur votre ordinateur) peuvent alors être des solutions qui vous évitent d’errer dans les rayons et d’acheter n’importe quoi.

Donc, la règle numéro 1 pour, à la fois, mieux se nourrir et faire des économies (oui, contrairement à ce qu’on croît, le supermarché, l’air de rien, revient cher) est d’aller au supermarché le moins souvent possible, voire pas du tout.

UNE TRISTE EXPÉRIENCE QUI VOUS ATTEND

J’ai eu personnellement l’occasion de faire aux USA, il y a plus de dix ans maintenant (attention, c’est pour bientôt en France) une bien triste expérience. Nous visitions, avec ma compagne, la côte Californienne, lorsqu’au milieu de l’après-midi, nous eûmes faim. Nous nous arrêtâmes au premier supermarché venu (de toutes façons, nous n’avions pas le choix car il n’y avait que ça) et, pour aller plus vite, nous parcourûmes les lieux en partant chacun de notre côté. Dix minutes plus tard, nous nous retrouvâmes aux caisses, près de la sortie, les mains vides. Oui, vous avez bien lu, nous n’avions franchement, malgré notre faim, rien trouvé qui ne soit pas infâme. Certes il y avait de beaux gâteaux (infects à manger : nous y avions déjà goûté), des fruits et légumes brillants (mais bourrés de produits toxiques), des biscuits (dont il valait mieux ne pas lire l’étiquette du produit), et tout était à l’avenant…

MAIS, QUE VA-T-ON DEVENIR ?

C’est la question qu’on se pose en voyant l’évolution des supermarchés. Rassurez-vous, le monde ne va pas s’écrouler pour autant ! D’ailleurs, il a existé pendant des milliers d’années sans supermarché.

Le mieux reste encore d’accepter le changement. Tout ce que je vais vous suggérer maintenant n’a rien d’un diktat mais, au contraire, doit se faire progressivement et être adapté à chaque personne. Il convient de le considérer plutôt comme une tendance, un point de départ de vos réflexions, une base de votre adaptation et non comme une vérité intangible à laquelle il faut souscrire au plus vite sous peine de commettre une grave erreur.

Globalement, vous pouvez essayer de réduire la quantité des aliments que vous ingérez car, tout le monde en a fait le constat, nous mangeons trop. De plus, tous les maillons de la chaîne alimentaire cherchent à vous faire consommer plus qu’il est nécessairece qui produit un encrassement et une fatigue de votre organisme. Mangez quand vous avez envie et non quand on vous le dit. Prendre ou pas un petit-déjeuner a le même sens que de manger ou pas avant d’aller se coucher. Si cela vous convient, vous pouvez même cesser de manger de temps en temps3, sauter un repas, jeûner un jour par semaine, plusieurs jours à chaque changement de saison ou davantagequand vous sentez que vous avez besoin de vous arrêter de manger.

Pour ce qui est de vos aliments :

  • d’abord en ce qui concerne les protéines animales : vous pouvez les diminuer, voire carrément les supprimer, sans inconvénient pour votre alimentation car rien ne justifie leur consommation pour le bien-être de votre organisme. De la viande deux fois par jour apparaît même de plus en plus comme une erreur grave, deux fois par semaine suffisent ;
  • le sucre ensuite. Il ne s’agit pas de le diaboliser mais d’appeler les choses par leur nom : c’est une drogue à laquelle nous sommes, hélas, tous accros et dont nous pouvons nous passer sans inconvénient. Le miel est sûrement meilleur que le sucre (notamment le sucre qui est raffiné et surtout celui qui est fait à base de sirop de glucose-fructose dont l’industrie fait un large usage). Reste que c’est le sucre qui fait grossir et non les graisses5 (regardez les Américains). Á savoir également : l’amidon contenu (entre autres) dans toutes les céréales (et les pommes de terre) se transforme en glucose au cours de la digestion et, si vous voulez perdre du poids, il faut les éviter pendant un certain temps ;
  • les fruits et légumes, nous l’avons vu, sont à éviter pour deux motifs : d’une part en raison des produits chimiques qu’on a utilisés pour leur culture, d’autre part en raison de leur provenance souvent fort lointaine. Vous aurez davantage intérêt à consommer des produits locaux, de saison, bios de préférence ;
  • conserves et surgelés : pour les conserves, je ferai les mêmes réserves que pour les fruits et légumes frais. Mais il faut reconnaître qu’il est bien pratique d’avoir quelques  boîtes en réserve dans le fond d’un placard pour improviser un repas. Quant aux produits surgelés, contrairement à ce qu’on croît, la surgélation en soi diminue assez peu la qualité des produits. Mais si vous surgelez des produits de basse qualité, cela n’a rien à voir avec la surgélation des tomates de votre jardin ;
  • les plats préparés et les produits spécialement conçus pour la nutrition moderne, j’en ai déjà parlé et la conclusion est qu’il faut tous les éviter à tout prix : Michael Pollan nous rappelle les règle de base et il a bien raison6 ;
  • en ce qui concerne les biscuits, le chocolat et autres sucreries du même genre, munissez-vous de votre guide des additifs, souvenez-vous que la farine contient de l’amidon qui va se transformer en glucose au cours de la digestion et, du coup, vous faire grossir ;
  • pour ce qui est du fromage, on trouve toujours un chèvre ou un brebis (voire une vache) disponible chez les petits producteurs des environs et, puisqu’il s’agit de satisfaire votre gourmandise, et non d’en faire une grande consommation, vous trouverez aisément une solution ;
  • le rayon bio maintenant qui est très trompeur. Il y a de l’argent à gagner et c’est pour cela que les supermarchés s’y sont mis et non pour l’amour des produits biologiques dont ils n’ont que faire. Donc, méfiance. On lira avec d’autant plus d’attention les étiquettes et on fera très attention à la saisonnalité des produits et à leur provenance. Certes les pommes sont bien bios mais elles viennent du Chili : laissez tomber !

NE PAS DIABOLISER LE SUPERMARCHÉ POUR AUTANT

Et ceci, pour deux raisons.

La première est que le supermarché est devenu la forme de distribution moderne la plus répandue : même les petits villages de campagne connaissent les supérettes de chaînes de distribution. Tout cela est souvent très pratique, surtout quand on travaille toute la journée.

La deuxième raison m’est inspirée par une anecdote. Un jour à Davos, un journaliste interviewait le patron d’une grande enseigne de supermarchés. « Alors, lui dit-il, il paraît que vous avez renoncé à vendre des produits contenant des OGM ? ». « Parfaitement » a répondu le patron. « Et peut-on vous demander pourquoi ? » poursuivit le journaliste. « Oui, bien sûr répondit le patron. Nos clients n’en veulent pas ! ».

Ceci prouve simplement que l’objectif des supermarchés est de gagner de l’argent pas de vendre tel ou tel produit. C’est comme les restaurants fast food : le jour où les clients leur demanderont des salades, ils vendront des salades. Autrement dit, les consommateurs disposent d’un pouvoir qu’ils ne veulent pas voir : leur porte-monnaie.

La première question qu’il serait donc bon de vous poser est : quels sont les produits que vous désirez acheter au supermarché ?

ET LE PRIX ?

Oui, mais tout cela va me coûter cher, dites-vous ?

Détrompez-vous : au contraire, vous allez faire des économies. J’ai personnellement constaté une réduction de 30 % de mon budget nourriture. Changer en effet, ne signifie pas faire la même chose qu’avant en se privant mais faire différemment. D’abord, une règle fondamentale :tout changement doit se faire lentement et progressivement en fonction de ce que vous pouvez faire, vous, et non pas un hypothétique et théorique : « il faut ».

Globalement, vous allez réduire les quantités, par exemple en ne vous reservant pas, en ne mettant plus les plats sur la table, en utilisant des assiettes plus petites… Tout cela entraînera une première économie.

Vous pouvez ensuite réduire la viande (ce n’est pas très bon pour l’organisme, ça coûte cher, c’est bourré de produits toxiques, les animaux sont traités de façon immonde…). De la même manière, vous pourrez réduire les plats préparés ainsi que les produits industriels remplis d’additifs et de produits chimiques.

Quant aux légumes, vous préférez ceux de saison (meilleurs et moins chers) et les produits différents (les graines germées, par exemple, sont d’un coût très faible).

Rien qu’avec ça, cela va vous changer la vie. Puis, chemin faisant, vous trouverez d’autres recettes…

Cela,ça concernait les coûts directs. Il y a aussi les coûts indirecte comme les visites chez le médecin, les arrêts de travail, les médicaments, le surpoids etc.

AU BOUT DU COMPTE, J’ACHÈTE QUOI AU CAROUF ?

Je n’aime pas parler de ce que je n’ai pas d’abord expérimenté. Donc, j’achète quoi au supermarché ? Je vais tout vous dire :

  • de l’eau minérale très peu minéralisée (j’en ai déjà parlé) ;
  • une petite bière de temps en temps ;
  • des trombones ;
  • du papier pour mon imprimante ;
  • des chemises en carton ;
  • des crayons bille ;
  • de l’huile bio d’olive et de colza ;
  • du soja cuisine ;
  • de la lessive bio ;
  • du papier torchon ;
  • du liquide pour mon lave-glace ;
  • parfois du vin bio régional ;
  • des mouchoirs en papier ;
  • des cornichons, de la moutarde et des câpres ;
  • des sacs poubelle ;
  • du vinaigre blanc ;
  • du bicarbonate de soude ;
  • des ampoules et des piles ;
  • j’en oublie peut-être quelques uns mais le plus gros y est.

Finalement, je suis un bon client !

 

 

GOUGET (Corinne), Additifs alimentaires : danger, Escalquens, Éditions Chariot d’Or, 2015.

2 WANDSINK (Pr. Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thierry Souccar, 2009.

3 CLAVIÈE (Bernard), Et si on s’arrêtait un peu de manger… de temps en temps ?, Gironde sur Dropt, Nature et Partage, 2008.

BOUDREAU (Nicole), Jeûner pour la santé, Québec, Québecor, 2006.

5  TAUBES (Gary), FAT : Pourquoi, on grossit, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2012.

POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar, 2013.

Au voleur !

UNE ÉVOLUTION INSENSIBLE

Aux tous débuts de l’agroalimentaire, le rôle des industriels était clair : il s’agissait de fabriquer de grandes quantités de produits selon des méthodes rationnelles et des aliments bien distribués sur tout le territoire. Ainsi, le consommateur y gagnait en temps et en argent et l’industriel également : tout le monde y trouvait son compte. Cela a changé progressivement et par petites touches, de sorte que nous ne nous sommes pas vraiment aperçus de l’évolution et que, maintenant, alors que nous en prenons conscience, nous trouvons des produits qui n’ont peut-être pas tellement augmenté (encore que…) mais dont la qualité est tellement dégradée qu’elle est devenue ignoble à tous points de vue.

Comment cela a-t-il été possible ?

 

CONFUSION DES OBJECTIFS

En fait, on relève une confusion des objectifs.

Aux yeux de certains, et la fameuse concurrence chère au libéralisme y a fortement contribué, il s’est agi de produire davantage de produits à un moindre coût. Jusque là, tout le monde est d’accord. Puis, sous prétexte de vendre encore moins cher que ses concurrents, le but est devenu d’atteindre le prix le plus bas possible. Sans aucune exigence quant à la qualité mais seulement sur l’apparence. Autrement dit, il devenait possible de vendre n’importe quoi, peu importait la qualité pourvu que l’objet qu’on mettait en rayon pourvu qu’il ressemblât vaguement à ce qui se faisait auparavant. Étant entendu que, afin que le client ne s’aperçoive pas du changement, il ne s’agissait pas de modifier brusquement l’aspect extérieur mais de procéder, sous prétexte de modernisation, par petites étapes successives.

 

L’ANALYSE DE LA VALEUR

C’est alors qu’on inventa cette méthode, au nom barbare et à l’allure pseudo scientifique, qu’on appelle « analyse de la valeur ». De quoi s’agit-il ?

Tout simplement, de préserver l’apparence extérieure d’un objet pour faire croire qu’il n’a pas changé tout en diminuant les coûts de fabrication, soit en utilisant des composants meilleur marché, soit en en simplifiant les processus de fabrication, soit les deux à la fois.

Par exemple : remplacer le sucre de canne par du saccharose puis par du sirop de glucose-fructose, le pire sucre qui soit, beaucoup moins cher. On peut aussi remplacer les bonnes graisses par de mauvaises, comme les huiles végétales hydrogénées (les graisses trans) ou de l’amidon, de la gomme de guar… On peut également augmenter le volume en ajoutant de l’eau ou du sel (parce que cela ne coûte pas cher) et du sirop de glucose-fructose (également bon marché)  qui dissimule le goût du sel. On peut encore rajouter du gluten pour faire gonfler la pâte, de l’aspartame (produit chimique immonde qui permettra d’écrire « sans sucre » sur le paquet) ou encore du glutamate (qui provoque le syndrome du restaurant chinois bien connu des médecins) comme exhausteur de goût. Tout cela enveloppé dans un paquet plus grand, aura un bel aspect et donnera au consommateur l’impression qu’il en a pour son argent. Le prix, bien entendu, n’aura pas changé et, ainsi, l’industriel parviendra à vendre moins cher (c’est à dire davantage) à gagner plus d’argent tandis que le consommateur se fera rouler dans la farine et achètera du vide additionné de produits infects préjudiciables à sa santé. La Sécurité sociale (donc les citoyens) payera les conséquences, à savoir les traitements des maladies provoquées par ces mauvais produits et les producteurs feront semblant de pleurer en prétendant qu’ils sont des victimes innocentes de personnes malveillantes, afin d’avoir le droit de poursuivre leur escroquerie en toute impunité. Et tout le monde n’y verra que du feu !

 

ÉCOLE DES VOLEURS

Il existe de multiples techniques pour berner le consommateur et je n’ai pas la place de toutes les décrire – je ne les connais d’ailleurs pas toutes non plus car on en invente une nouvelle chaque jour ! – mais je vais quand même vous en révéler une deuxième. Pour la bien comprendre (celle-là ainsi que les autres), il est préférable de se mettre à la place des industriels. Et au lieu de considérer que ceux-ci sont d’honnêtes citoyens qui cherchent à réduire leurs coûts, il vaut mieux considérer qu’ils ne sont que de vulgaires voleurs, cherchant par tous les moyens à vous arnaquer afin de gagner le plus d’argent possible, sans que vous vous en aperceviez, ni qu’ils se fassent prendre non plus. Ils emploient pour cela des palanquées de jeunes gens tout droit sortis des école commerciales, qu’on ferait mieux mieux d’appeler « écoles des voleurs » et qui vont travailler à longueur de journée, de semaine et d’année à inventer de nouvelles méthodes pour vous prendre votre argent et votre santé, ce qui est d’ailleurs le dernier de leurs soucis. Comme ils ont été formés à être très rusés et inventifs, on peut leur faire confiance pour avoir des idées astucieuses. Jouer sur le poids et la taille des aliments est leur B.A. BA. Allons-y !

 

RÉDUIRE LA CONTENANCE SANS CHANGER L’ASPECT

Pour mieux créer l’illusion et que vous ayez l’impression que rien n’a changé, on ne modifie que très peu l’apparence du produit à chaque fois et on procède par étapes successives au fil du temps. Par exemple, la bouteille de 75 cl ne contiendra plus que 72 cl, puis 70, 65 etc. Le bocal de confiture que vous aviez l’habitude de savoir avoir une contenance de 500 g, contiendra successivement 460 puis 420 et, aujourd’hui 380 g. Plus petit mais il conserve la même forme afin de mieux engendrer la confusion chez vous. Et, bien entendu, le même prix !

Cas célèbre : celui d’un biscuit au chocolat qui fut en son temps la marotte des enfants.

D’abord, les ingrédients des biscuits ne sont plus les mêmes aujourd’hui : en avant pour le sirop de glucose-fructose !

Ensuite, les biscuits sont plus légers : le paquet qui pesait 330 g ne pèse plus que 300 g.

On continue : le chocolat qui recouvrait les biscuits et qui autrefois touchait les bords ne forme plus qu’un petit cercle au centre des biscuits. D’ailleurs, les biscuits sont devenus : « au goût de chocolat », nuance ! Prochaine étape : « aux pépites de chocolat. », puis « sans chocolat » pour faire croire qu’on prend soins de votre santé et en supposant que le chocolat n’est pas bon pour elle. Cela permet du même coup de transformer cette suppression en argument de vente.

Entre temps, le chocolat n’est plus fabriqué exclusivement avec des fèves de cacao puisque les industriels ont obtenu le droit de mélanger avec elles des graisses infectes. D’ailleurs, il ne reste plus en France que moins d’une dizaine de vrais chocolatiers. Cela n’a d’ailleurs pas une très grande importance aux yeux du grand public puisqu’on parvient encore à diminuer le prix en utilisant des parfums chimiques ! Et, comme très peu de gens connaissent de nos jours le vrai goût du cacao et ne sont attentifs qu’au prix, cela passe inaperçu !

Poursuivons la prospective : de suppression en suppression, les biscuits qui avaient déjà le goût de carton, seront véritablement en carton : cela coûtera moins cher et ne peut-être pas être pire pour notre santé !

J’oubliais de vous parler (mais je l’ai déjà fait par ailleurs) d’une découverte dont les industriels sont très fiers : le fromage sans fromage qui coûte 60 % moins cher que le vrai fromage car il est fait à base de vrais produits chimiques. On le répand donc généreusement sur les pizzas des supermarché et des restaurants à bon marché ainsi que sur toutes les préparations industrielles se prétendant « au fromage ». Succès garanti !

 

ON VA NOUS PRENDRE POUR DES IMBÉCILES

Vous avez compris le principe et, si on laisse faire, cela ne fera que croître et embellir : on vous prendra pour des imbéciles ! Á juste titre puisque nous nous comporterons déjà comme des imbéciles ! Puisque nous laissons faire, pourquoi les industriels se gêneraient-ils et ne continueraient-ils pas  ?

Maintenant que nous avons identifié le problème, quelle sont les solutions ?

La première qui nous vient à l’esprit est de ne plus nous laisser prendre.

Mauvais calcul ! Le professeur Brian Wansink lui-même, qui peut être considéré comme un super spécialiste de la question, rompu à toutes les manipulations et dont le livre fort instructif se lit comme un roman(à tel point que je considère que sa lecture est indispensable à tous les consommateurs), avoue s’être laissé prendre plusieurs fois ! La raison en est simple : vous êtes seul contre tous. Comment voulez-vous éviter tous les pièges qu’on vous tend alors qu’une armée de professionnels de la commercialisation travaille à plein temps et sept jours sur sept à longueur d’année pour vous faire succomber ? Soyez raisonnable et décidez tout de suite de renoncer à cela et d’emprunter une autre voie !

 

UNE DÉCISION SALVATRICE MAIS RADICALE

Puisque vous ne pouvez pas jouer au plus fin car vous avez perdu d’avance, il ne semble plus vous rester qu’une seule solution : ne plus jamais aller le ventre vide (ce qui vous inciterait à acheter n’importe quoi sans lire les étiquette auparavant) dans ces lieux de perdition où vous pourriez être tenté de vous procurer ces aliments toxiques. Donc, ne pas les acheter. Là en effet est notre vrai pouvoir de citoyen et de consommateur car personne encore ne peut nous forcer à acheter ce que nous ne voulons pas !

 

Á NOUS DONC DE NOUS PROCURER UNIQUEMENT DES PRODUITS BIO, LOCAUX ET DE SAISON.

 

Cela signifie donc que, aux exceptions près, nous n’achèterons plus jamais et n’importe où des produits manufacturés. Cette solution, un peu radicale certes, n’est pas celle que nous aurions choisie délibérément, mais c’est la seule qu’on nous laisse. Autrement dit, si nous voulons sauver notre peau, nous n’avons pas le choix.

Et si vous avez du mal à transformer vos vielles habitudes en méthodes plus adaptées, envoyez-moi une mail car votre cas dépend sans doute de la nutri-analyse et non plus du « Y-A-QU’Á-FAUT-QU’ON » qu’on vous serine depuis votre tende enfance.

Courage, demain commence aujourd’hui !

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste©

 

1 - WANSINK (Pr Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thirry Souccar Éditions, 2009.

 

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_andrewshka’>andrewshka / 123RF Banque d’images</a   

 

Des ingrédients plus que douteux

« Un peu de honte est bien vite passée » disait ma grand-mère qui s’était fait une douce philosophie de la vie. Alors, tant pis, il faut que je vous le confesse, je suis un horrible gourmand ! Tenez, hier par exemple, j’avais un rendez-vous du genre ennuyeux, de ceux qui vous gâchent la journée pour des détails administratifs. Après quoi, j’avais trois courses à faire au supermarché du coin. En passant devant le rayon pâtisserie de celui-ci, mon regard fût attiré par un superbe gâteau au chocolat qui me mit l’eau à la bouche. Mettant en œuvre l’excellent principe d’Oscar Wilde (« Je résiste à tout sauf à la tentation »), j’eus vite fait de m’emparer de l’objet de ma convoitise : bref, j’ai craqué ! Une fois rentré chez moi, j’accompagnais la consommation de l’objet de mon délit par une tasse de thé vert afin de me réconcilier tout à fait avec l’existence.

Pourquoi donc, dans un moment d’égarement et en pensant à moitié à autre chose, me suis-je mis à lire machinalement la composition de l’objet ? J’en ai pourtant été tellement stupéfait que je vous la livre telle que (fautes d’orthographes comprises) afin que vous saisissiez bien l’ampleur de mon émoi :

« CRAQUOTANT CHOCOLAT. Ingrédients : Crème de lait 27,3 %. chocolat noir 17,1 % (pate de cacao. sucre. beurre de cacao). sucre. eau. noisettes 5 %. œufs. chocolat au lait 4,8 % (sucre. beurre de cacao. lait en poudre. pate de cacao. emulsifiant : E322 (soja), blancs d’œufs, farine de ble, lait en poudre, amandes 1,8 %. huile vegetale non hydrogenee de pepins de raisins. cacao maigre en poudre. sirop de glucose de mais.  amidon modifie de pomme de terre. beurre de cacao. gelatine de porc. lait ecreme en poudre. beurre concentre. fecule de pomme de terre. gelifiants : E404  E450ii E339ii. malt d’orge. sel. stabilisants : E407 E412 E415. colorant : beta-carotene. »

Moi qui croyais que pour faire un gâteau au chocolat, il suffisait d’avoir du chocolat, du beurre, du lait, du sucre, des œufs et, éventuellement, de la farine, me voilà ahuri par semblable recette !

Je remarque immédiatement que j’ai échappé aux graisses hydrogénées (c’est déjà ça !)… mais pas au reste ! Qu’est-ce que le reste d’ailleurs ? Des produits industriels et chimiques qu’un vrai pâtissier ne devrait même pas connaître et encore moins utiliser ! Mais le préparateur industriel, lui , n’a pas ces sortes de scrupules !

Je vois aussi qu’on cite plusieurs fois les mêmes produits, le beurre de cacao par exemple : y en aurait-il de plusieurs sortes de composition pires les unes que les autres ?

Quant au sirop de glucose de maïs, cela coûte moins cher que le simple sucre de betterave, et à plus forte raison de canne, mais on sait que c’est en grande partie à cause de lui que la majorité des Étasuniens sont en surpoids.

Á ce propos, cela me rappelle une anecdote.

Je me trouvais aux USA et, jouant au touriste, j’en profitais pour visiter Las Vegas, le terrain de jeux de l’Amérique. Il faut reconnaître que, côté délire, c’est assez impressionnant et que cela vaut le détour, comme on dit dans les guides touristiques. J’étais donc un soir dans un restaurant où j’avais réussi tant bien que mal à me nourrir (les hôtels font tout pour attirer les clients dont ils aspirent ensuite le contenu de leurs porte-monnaie à l’aide de machines à sous omniprésentes. Les restaurants sont donc particulièrement attirants) et venait le moment du dessert. Celui-ci était servi sous forme de buffet croulant sous toutes sortes de gâteaux plus alléchants les uns que les autres. Gourmand comme je suis, ainsi que je l’ai dit plus haut, je me servais largement. Revenu à ma table, je salivais d’avance et plongeais ma cuiller dans mon assiette. Hélas, l’ayant portée à ma bouche, je déchantais. Certes, c’était appétissant mais… complètement immangeable. Au point que, après plusieurs tentatives, j’ai dû me résoudre à tout jeter à la poubelle et à prendre un café pour tenter de masquer le goût infect qui me collait au palais.

Á quoi bon donc écrire des pages et des pages quant à la nocivité des composants de ces gâteaux car, d’une part cela a déjà été fait et, d’autre part le problème n’est pas là. Alors, où est-il donc vous dites-vous ?

C’est très simple : compte tenu de la politique actuelle, les industriels utilisent de plus en plus d’ingrédients les moins chers possibles, sans se soucier le moins du monde  des répercussions que ceux-ci peuvent avoir sur la santé des consommateurs (et surtout sans contrôle). Ils cherchent donc à créer une illusion qui joue le rôle de miroir aux alouettes auquel succombent les clients (comme vous voyez, cela vient de m’arriver car l’homme, bien que largement averti, est un être autant affectif que logique). Il ne sert par conséquent à rien de savoir qu’un produit soit plus ou moins bon qu’un autre pour la santé car ils sont, en fait, tous délétères et il est urgent de n’en consommer aucun : quand donc les élus, en tant que représentants des consommateurs que nous sommes, joueront-il pleinement leur rôle ? En attendant, vouloir transiger ou pactiser avec le Diable, c’est mettre à coup sûr un doigt dans un engrenage détestable duquel nous n’avons aucune chance de sortir vainqueurs. Les spécialistes du marketing des entreprises de l’agro-alimenaire sont tellement nombreux et travaillent à notre perte en permanence que la lutte est totalement inégale. C’est ce d’ailleurs ce que nous explique Michael Pollan dans son livre (1).

J’en suis donc venu à adopter une règle qui tient compte de deux éléments fondamentaux. Mon caractère d’abord car je suis davantage gourmand que prudent (sinon, j’aurais lu la composition du gâteau avant toute chose et ne l’aurais certainement pas acheté. D’où vous pouvez, une fois de plus, déduire la puissance de mon inconscient !), le principe de précaution ensuite qui m’amène à prendre des mesures draconiennes . Voici la dernière :

NE JAMAIS ACHETER OÙ QUE CE SOIT UN PRODUIT QU’ON ENVISAGE PAR LA SUITE DE PORTER Á SA BOUCHE SANS CONNAÎTRE AU PRÉALABLE SA COMPOSITION EXACTE AINSI QUE SA PROVENANCE

Le label « bio » n’est pas toujours lui non plus en effet une garantie. Dans un de ces magasins consacré exclusivement à ces produits, j’y ai trouvé récemment (entre autres) des pommes qui venaient d’Allemagne. Elles avaient été cueillies je ne sais quand (très certainement il y avait plus d’une semaine ) et avaient donc perdu la majorité de leurs éléments vivants et utiles dans le transport et la manutention. Mon fournisseur habituel, lui, s’approvisionne à 30 km d’ici car les pommes poussent partout en France.

 

Il existe en fait beaucoup moins de risques chez un commerçant qu’on connait et chez qui on achète régulièrement des aliments bios ET produits localement.

 

En conclusion, j’aurais très bien pu tout aussi bien me faire plaisir hier avec une pomme ou un kiwi (cultivé en France et contenant davantage de vitamine C que l’orange). Ou même me confectionner une mousse au chocolat avec des vraies fèves de cacao et des œufs bios.

 

On peut être gourmand mais on n’est pas obligé d’avaler des poisons !

 

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste

 

 

 

1 - POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

 

 

 

 

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Tricher sur le poids

Les prix ne cessent jamais d’augmenter. Face au renchérissement du coût de la vie et à l’appauvrissement généralisé dû à la crise, les Français (les autres peuples également) taillent dans le vif des budgets. L’alimentation est le dernier poste qui semble incompressible ou, du moins, qu’on hésite à réduire. Dè lors, pour les acteurs du secteur agroalimentaire, se pose le problème de savoir comment augmenter ses prix et gagner davantage d’argent sans en avoir l’air. Surtout que, étant donné la conjoncture, on ne veut pas donner l’impression d’une augmentation des prix. La meilleurs solution semble alors de jouer sur le poids des produits, légalement quand cela est possible et, quand cela ne l’est pas, en trichant carrément au détriment du consommateur bien entendu. Revue de détail.

 

Première solution, la promotion sur le poids. Alléchant au premier abord, il apparaît très souvent, quand on fait les calculs, que la promotion coûte plus cher que la vente à l’unité.  Pourtant c’est ce qu’on appelle « l’incitation d’achat par le volume » qui représente environ 30% des ventes. Démonstration. Par exemple, vous avez l’habitude d’acheter un produit qui coûte 1,48 € et, en arrivant dans votre supermarché, vous voyez une promotion de trois produits à 4,85 €.  « Chouette », vous dites-vous, « par lot, c’est forcément moins cher » et vous en mettez un dans votre chariot. Sauf que, une fois rentré chez vous, vous prenez votre calculette. Trois produits à 1,48 €, ça fait 4,44 € et vous, vous avez payé 4,85€, soit 0,41  € de plus, soit encore 9,3 %. Si le distributeur vend un million de lots (ce qui dans les divers magasins de sa chaîne est tout à fait possible), il aura gagné 9,3% de 4,85 millions, soit encore près de 40.000 €. Et personne n’y verra que du feu.  Évidemment ces offres sont la cible  des associations de consommateurs et de la répression des fraudes mais cette dernière a parfois le dos tourné ! Une façon de ne pas se laisser prendre : ne pas regarder le prix de la promotion mais le prix du produit au kilo dans les deux cas (il est obligatoire de l’afficher).

 

Deuxième astuce : on conserve la même présentation du produit, la couleur et la forme de son emballage mais on diminue son poids global : il passe par exemple de 235 g à 221g. Difficile de calculer la différence de tête ! D’ailleurs, la plupart du temps on ne s’en aperçoit  même pas : il y a toujours le même nombre de biscuits dans le paquet mais ils pèsent chacun 18 g au lieu de 22 g et le diamètre de chacun a diminué. Le marchand, lui, sait qu’il a gagné 5 ou 10% de plus, voire davantage. Autre combine : changer le packaging et réduire la contenance du flacon de 50 ml en même temps. Le principe de base reste le même : « ni vu ni connu, je t’embrouille ».

 

On continue ! Jusqu’à présent, le riz, le fromage ou les céréales étaient vendus en Europe dans des emballages standard de 125, 250, 500, 1000, 2000 ou 5000 g. Mais depuis 2007, et sous prétexte de libéralisation du commerce, qui ne fait qu’ouvrir la porte aux voleurs, le parlement européen a libéralisé le poids de tous les aliments. Quand un produit est conditionné par 68 g (comme le sel par exemple) comment voulez-vous calculer le prix au kilo et comparer les prix ? Tout est donc fait pour embrouiller le consommateur. Mais, comme cette mesure permet de diminuer les prix apparents (en vendant des quantités de produit moindre), cela provoque un beau succès commercial. Sur le coup, le client regarde le prix et ne se demande pas si le produit est avantageux. Or, à comparer les prix au kilo des mini camembert et des mini saucissons (ente autres), on constate que ces derniers sont beaucoup plus chers (souvent jusqu’à 80 % de plus). Bien entendu (mais vous vous en doutiez), les fabricants on des listes d’explications … En général, ces produits coûteraient seulement 20 % plus cher à fabriquer. Le reste serait du fait de la distribution qui profiterait de l’aubaine.

 

Cependant, afin de ne pas avoir recours aux mini produits qui sont dans le collimateur des associations de consommateurs, certain fabricants préfèrent modifier la composition de leurs produits.

 

Première réaction : utiliser des matière premières moins chères. Des sardines à l’huile de tournesol coûtent mois cher à la fabrication que les mêmes assaisonnées à l’huile d’olive. Hélas, la première ne contient que des omégas – 6 dont nous avons déjà de trop. Autre façon d’augmenter la rentabilité du produit : ajouter de l’air (cela favorise l’onctuosité des crèmes glacées) ou de l’eau. Pour cette dernière, on peut procéder soit au mouillage avant congélation, comme pour les coquilles Saint Jacques avant leur congélation et gagner ainsi 30 % de poids, soit au mouillage en cours de fabrication comme pour de nombreux autres produits (comme le jambon ou les plat préparés) dans lesquels on fixe l’eau en ajoutant des polyphosphates ou des agents de charge divers et variés. On peut ainsi gagner également jusqu’à 30 % du poids. On peut également utiliser du sel qu’on injecte dans les jambons ou qu’on mélange aux sauces (auxquelles on rajoute du sucre – sirop de glucose-fructose pas cher non plus – pour qu’elles ne paraissent pas trop salées).

 

Parfois aussi, tout simplement, le poids réel ne correspond pas à celui qui est annoncé sur le paquet : 165 g au lieu de 180 g. soir près de 10 %. Mais qui repèse ses produits achetés en rentrant du supermarché ? Ceci n’a l’air de rien mais on a constaté une différence de 10 g sur un paquet de saucisses et comme le fabricant en vend 70 millions de paquets par an, ceci pourrait bien représenter un gain de 3,5 millions d’euros : ah, les braves gens !

 

On croît éviter de tels problèmes en s’adressant uniquement aux petits commerçants en boutique ou sur les marchés.  Mais, eux aussi, ont mis au point leurs techniques de triche. Entrons chez le boucher et commandons une côtelette d’agneau. Certains d’entre eux commencent par vous découper la pièce, la peser puis à calculer son prix. Après quoi, seulement, ils la préparent, c’est-à-dire qu’ils enlèvent la graisse superflue qu’ils jettent. La côtelette perd ainsi environ un quart de son poids que vous payez quand même bien qu’il soit parti dans la poubelle. Si vous en faites l’observation au boucher, il vous répond que, quand vous achetez des oranges, vous achetez bien l’écorce avec. Ben voyons !

 

Passons sur le marché chez un marchand quelconque. Vous remarquez qu’avant toute pesée, le plateau de la balance accuse déjà 30 g. Si vous en faites l’observation au marchand, il vous répond parfois que c’est à cause du vent et qu’on ne peut rien contre le vent. C’est sans doute un mauvais tour du vent fripon comme disait Brassens.

 

Autre rouerie : les balances doivent être vérifiées tous les deux ans par le Contrôle des Fraudes. C’est une sorte de contrôle technique comme pour les voitures. Mais certains commerçants oublient de le faire et devinez dans quel sens l’aiguille dévie trop ? C’est interdit ? Oui, bien sûr surtout quand on se fait prendre ! Et si on ne se fait prendre qu’au bout de plusieurs mois, on a remboursé l’amende.

 

La conclusion est qu’il faut être très vigilant surtout avec les produits industriels ainsi que les commerçants qu’on ne connait pas et bien connaître tous ces pièges pour les éviter.

 

Une fois de plus, MANGER C’EST D’ABORD APPRENDRE À SE MÉFIER !

 

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-Analyste

 

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Local et bio

Manger bio, c’est très bien.

Mais un jour le Pr Joyeux en a eu assez d’entendre dire tout et n’importe quoi à propos du bio et il a commandé une étude à des laboratoires indépendants pour comparer les produits de l’agriculture traditionnelle (entendez industrielle et chimique), raisonnée (un peu moins grave que si c’était pire) et biologique.

Le résultat fut sans équivoque et les produits de l’agriculture biologique sont arrivés incontestablement en tête. D’autres comparaisons existent d’ailleurs depuis longtemps et toute contestation de cette réalité est maintenant un acte de pure mauvaise foi.

Quant à savoir si l’agriculture biologique suffirait à nourrir la planète, il faut être très mal informé ou hostile à tout changement pour persister à répandre à ce sujet un doute quelconque1. D’autant qu’on sait bien qu’une surface de 500 m2 convenablement cultivée peut produire suffisamment de légumes et de fruits pour nourrir une famille de quatre personnes durant tout une année.

Oui, me direz-vous, mais l’eau ? Ce à quoi je vous répondrai que ce n’est qu’une question d’énergie pour la pomper, la transporter, la dessaler… Évidemment au prix de l’énergie produite grâce au pétrole, au charbon ou aux centrales nucléaires, cela coûterait trop cher. « Mieux vaut laisser tranquillement mourir ces femmes et ces enfants qui n’ont décidément pas de chance dans  les pays pauvres » pensent ceux qui se remplissent les poches grâce aux énergies fossiles. On se demande bien ce qu’on attend pour développer pour de bon les énergies renouvelables dont le coût est incomparablement inférieur et la technologie accessibles même aux populations dépourvues de moyens.

Oui mais, diront ceux qui, particulièrement têtus, s’accrochent désespérément aux idées dépassées, mais nous allons manquer de surface cultivable. Ah bon ! mais nous en trouvons pourtant pour cultiver des plantes destinées aux agro carburants qui servent seulement à faire rouler des voitures de riches ainsi pour cultiver des céréales destinées à un élevage intensif aussi inutile que sadique2 (et je ne suis pas en train de vous dire qu’il ne faut plus manger de viande - quoi que ! - mais qu’il existe d’autres moyens).

Alors, vous êtes devenu accro au bio. Bravo mais les supermarchés aussi. Ils ont en effet découvert qu’on pouvait se faire beaucoup d’argent avec ça.

Il n’y a pas très longtemps dans celui qui est près de chez moi, je regardais quelle était la provenance des pommes qui étaient en rayon. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’elles provenaient d’Argentine et du Chili. Mais au magasin bio, ce n’était pas beaucoup mieux car elles venaient quand même d’Allemagne ! Or les pommes sont des fruits qu’on trouve dans toutes les régions de France et qu’on produit en grande quantité. D’où ma question  : pourquoi en faire venir de si loin ?

D’abord il existe des frais de transport élevés.

Ensuite, on a dépassé le pic de production du pétrole : ne serait-il pas plus sage de conserver ce qui nous reste de cette source d’énergie fossile pour des utilisations plus indispensables ?

Autre question : compte tenu des frais de transport élevés et des coûts de distribution qui ne sont pas minces non plus, combien reste-t-il au producteur ? Des queues de cerise sans doute !

Dernière question (à moins que ce ne soit la première !), combien de temps et de manipulations aura-t-il fallu entre la cueillette du fruit sur l’arbre et le moment où vous le porterez à votre bouche ? Cinq ou six jours au bas mot ! Juste le temps nécessaire pour que ce produit perde la grande majorité de ses précieux nutriments qui ne se résument pas à une analyse baclée. Or, pour notre santé, ces nutriments sont essentiels.

De tout cela, je tire une règle absolue : NE JAMAIS ACHETER UN LÉGUME OU UN FRUIT DANS UN SUPERMARCHÉ OU CHEZ UN COMMERÇANT TRADITIONNEL.

Il existe par contre des marchés de proximité ou des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne3) à côté de chez vous qui vous livreront à domicile ou que vous trouverez pas très loin et qui vous permettront de rencontrer les producteurs. Ceux-ci sont en majorité bio, même s’ils n’ont pas toujours le droit d’utiliser cette appellation qui leur coûte très cher et perd de son intérêt à cause de la proximité et de la possibilité de communiquer directement.

La conclusion est que le bio est un premier pas qu’il convient d’encourager mais qui a été malheureusement trop vite récupéré par la grande distribution et qu’il convient donc d’exiger aussi  une provenance locale.

Vous tenez à manger de bons produits, frais, au goût incomparable et qui vous procurent une bonne santé ? Alors, réclamez sans faillir du BIO ET du LOCAL !

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-Analyste

 

 

1http://www.gerbeaud.com/bio/agriculture-bio-nourrir-planete.php

2 REYMOND (William), Toxic, Paris, J’ai Lu, 2007.

3 http://www.reseau-amap.org/

 

 

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Supermarché

Apparus dans les années 60, les supermarchés en France étaient pour nous au début des sortes de cavernes d’Ali Baba qui nous émerveillaient pour deux raisons essentielles :

1 – la deuxième guerre mondiale et les restrictions de nourriture n’étaient pas si loin que ça ;

2 – l’abondance des produits proposés, en libre service par dessus le marché, nous donnait l’impression que nous n’avions qu’à tendre la main pour satisfaire tous nos désirs. D’un seul coup, l’inenvisageable d’autrefois devenait soudain possible : nous devenions riches !

Progressivement, les supermarchés envahissaient le paysage, occupant la périphérie des villes, là où il y avait encore de la place pour leurs immenses parkings où il y avait toujours un emplacement pour se garer. Ainsi, la sortie au supermarché du samedi remplaça bien vite dans les rituels  urbains le cinéma du samedi soir (d’ailleurs pris par la télévision).

Incontestablement, ce nouveau mode de commerce (la grande distribution) présentait des avantages :

  • on trouvait tout au même endroit ;
  • on pouvait se garer facilement ;
  • les prix étaient plus bas que dans le commerce traditionnel ;

Cela permit à la grande distribution de se développer jusqu’à peser 15 % du PIB.

Oui mais…

Rapidement, les inconvénients commencèrent à apparaître et ils n’étaient pas minces. En voici quelques uns en vrac :

  • certes, les prix étaient attractifs mais les produits pêchaient souvent par leur piètre qualité. Et on cherchait en vain la vis dont on avait besoin pour réparer le placard de la cuisine alors qu’autrefois, chez le quincailler du coin de la rue, on la trouvait en moins de deux minutes ;
  • les petits magasins disparaissaient par dizaines de milliers transformant les centres-ville en déserts arides et sinistres ;
  • les fruits et légumes, venus souvent de l’autre bout du monde, étaient gonflés d’eau et avaient poussé hors sol à grand renforts de produits chimiques qui faisaient peur ;
  • les maraîchers de la région, étranglés par des pratiques commerciales de voyous, se retrouvaient au chômage les uns après les autres ;
  • les prix qui, dans un premier temps, semblaient avantageux, grimpaient subrepticement et  s’avéraient peu à peu et tous comptes faits, plus élevés que dans la petite distribution. Était ainsi justifié le mot d’ordre des supermarchés : « des îlots de perte dans un océan de profits » ;
  • les abords des villes ressemblaient peu à peu à d’immondes zones industrielles peuplées de hangars très laids ;
  • la puissance du merchandising en avait fait des lieux où on se laissait tenter de mille manière par des achats inutiles ;
  • etc.

Aujourd’hui, alors que nous montons dans notre voiture pour aller sacrifier au rituel, où en sommes-nous ?

Côté pratique, rien n’a changé sauf qu’il convient d’ajouter au prix de nos achats, le montant des coûts kilométriques aller et retour, ce qui relativise considérablement les économies réalisées (surtout au prix où est le carburant).

Les petites boutiques qui, dans un premier temps avaient disparu, ont refait surface avec des tarifs revus à la baisse car elles ont su mieux s’organiser pendant que la grande distribution, de son côté, augmentait ses prix. De plus, il est apparu bien pratique de trouver ce dont on a besoin à côté de chez soi sans être obligé de parcourir des kilomètres.

De nouvelles boutiques sont apparues, celles des petits producteurs qui se sont réunis pour commercialiser leur production selon un circuit court à des prix parfois moins élevés que la grande distribution. Quant aux magasins « bio », ils se sont multipliés, voyant l’augmentation de leur chiffre d’affaire dépasser parfois 10 % par an. De plus, les marchés de quartier, à côté de chez soi, ont repris de la vigueur : on peut y voir la tête des producteurs et parler avec eux.

Les rayons « bio », eux, ont finalement fait leur apparition dans les supermarchés. Mais ils fonctionnent, héla, sur le même principe que les autres rayons, faisant aussi peu appel aux producteurs locaux qu’auparavant. Récemment, j’ai failli me laisser tenter pas des pommes mais, avant de les mettre dans mon caddie, j’ai jeté un coup d’œil sur leur provenance. Les unes venaient d’Italie, les autres (tenez-vous bien),  d’Argentine. Je n’ai rien contre ces deux pays que j’aime bien mais je me suis posé la question : « Alors que nous n’avons plus de pétrole, que nous nous sommes débordés par la pollution, que nous subissons un chômage critique… est-ce vraiment raisonnable de dépenser autant d’argent en multipliant ainsi les transports inutiles ? On ne cultive plus de pommes en France ? »

Parlons du rayon boucherie. Les animaux élevés d’une manière intensive dans des conditions atroces, sont bourrés de céréales (dans le meilleur des cas, dans le pire on ne sait pas…), de produits chimiques et d’antibiotiques, contiennent trop de graisses (jusqu’à 24 % alors que le gibier n’en comporte que 4 %. Consommer des protéines animales a donc des sens différents selon les approvisionnements).

Quant au poissons (car les poissonneries deviennent rares) j’ai eu le malheur d’acheter des moules un lundi et j’ai dû en mettre la moitié dans la poubelles. Bien sûr, j’aurais mieux fait de réfléchir avant car pour se trouver sur l’étal le vendredi, elles avaient été pêchées au plus tard le jeudi et jusqu’au lundi, cela fait quatre jours. Or si les huîtres, elles, tiennent le choc pendant trois semaines, les moules ne survivent que trois jours au grand maximum. Ça m’apprendra !

Finalement et tous comptes faits, je me suis dit que le supermarché était très bien pour acheter des stylos bille, du papier pour mon imprimante, de l’alcool à brûles, une bouteille de vin bio et des bricoles comme ça. Ce qui est certain, c’est que je ne me procure là plus rien de ce que je mets dans ma bouche. Est-ce que je n’apprécie plus la vie moderne ? Si pourtant mais je ne suis pas obligé de tout accepter : après tout, je suis un client ! Ce n’est pas cela que voulait l’agroalimentaire ?

D’autant que des jeunes gens dynamiques viennent de monter une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) près de chez moi et qu’ils me livrent à domicile toutes les semaines un panier de légumes délicieux, frais cueillis et bios par dessus le marché : que demande le peuple ?

Pour les supermarchés, je m’y rends le moins souvent possible et à deux conditions :

  • avoir une liste précise des produits à acheter et la suivre à la lettre ;
  • avoir mangé avant pour être sûr de ne pas me laisser tenter par une tablette de chocolat qui est un concentré de graisses et de produits chimiques.

Et si j’éprouve le besoin d’aller me promener pour me dégourdir les jambes, j’ai la forêt tout près qui me tend les bras.

Je vous emmène ?

Écologique mais pas seulement

Quand les supermarchés ont commencé à modifier fondamentalement l’image du petit commerce auquel nous étions habitués, l’apparition des magasins biologiques (on disait alors « magasins de régime ») ont provoqué chez chacun d’entre nous un véritable engouement : on pouvait enfin trouver à nouveau des produits naturels non transformés, comme ceux dont disposaient nos grand-mères. Á la suite, tout le secteur de la distribution s’est réorganisée progressivement et les magasins biologiques se sont développés à raison de 10 % par an, ce qui est beaucoup. Les supermarchés, alléchés par ce marché en pleine expansion, ont inauguré immédiatement dans leurs surfaces de vente, un rayon spécialisé. La demande des consommateurs allant en augmentant, le bio s’est donc développé aussi.

Seulement voilà…

Les choses sont rarement aussi simples qu’elles le paraissent. Car, derrière les bonnes intentions mises en avant, se cachent bien souvent des affaires assez ordinaires qui viennent ternir la belle image qu’on voulait donner. Le consommateur, en effet, est parfois considéré davantage comme un mouton à tondre que comme un client exprimant des besoins et des désirs.

Le premier problème concerne la provenance des produits. Exemple.

Allant faire mes courses dans un magasin bio, mon regard fut attiré par des pommes. Je regardais quelle était leur provenance. Les unes venaient d’Italie, les autres d’Allemagne.

Comme je me rendais également au supermarché, je me dirigeais aussi vers le rayon bio et j’examinais les mêmes pommes. Les unes venaient d’Argentine, les autres du Chili. Quand aux carottes, elles venaient d’Italie, les petits pois, eux, du Kenya et les tomates, du sud de l’Espagne. Pour les petits pois et pour les tomates en plus, ce n’était carrément pas la saison.

Tout cela me pose plusieurs questions :

La première concerne le temps qu’ont mis tous ces produits pour arriver sur l’étalage du commerçant. Plus la provenance est lointaine, plus le trajet est long, plus il a fallu cueillir les fruits et légumes avant leur maturité complète et plus les précieux nutriments (comme les vitamines) ont disparu en cours de route. Cela n’a rien à voir avec un producteur local qui ramasse ses produits en pleine maturité, quelques heures à peine avant que vous puissiez en disposer sur votre table.

Le deuxième problème est celui du coût. Il existe forcément un grossiste au départ qui regroupe les productions, un autre à l’arrivée qui distribue, plus leurs frais commerciaux, le transport, les transporteurs ne travaillant pas gratuitement. Si on soustrait tout cela du prix de vente, il reste… des queues de cerise pour le producteur. Là encore, grosse différence avec un circuit court qui va directement du cultivateur au consommateur et permet le maintien d’une agriculture paysanne dans nos régions.

De plus, pour transporter tous ces produits sur une aussi longue distance, il faut du pétrole. Or, nous sommes en passe de plus en avoir car le pic du pétrole a été franchi. Il s’agit d’une ressource fossile qui ne se renouvellera pas : on a mieux à faire que de le gaspiller dans des déplacements qui n’apportent rien de plus.

Quant aux contrôle biologiques si, en France, ils sont stricts, sait-on exactement ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous ? La tentation est grande d’être moins rigoureux.  Pour ma part, j’ai quelques doutes.

Passons à la nature des produits vendus dans les magasins de la chaîne bio.

On pourrait croire que tout produit estampillé « bio » peut être consommé les yeux fermés. Hélas, il n’en est rien.

Pour le sucre par exemple. D’une part, il n’existait pas au Paléolithique, tout simplement. D’autre part, certaines personne y sont particulièrement sensibles. Enfin, on a découvert que le sirop de glucose-fructose (issu du maïs) pourrait bien être à l’origine (ou, en tous cas, y participerait largement) de l’’épidémie de surpoids aux USA et dans le monde entier. Le fructose est un produit, pire que le glucose, qui nous fait grossir encore plus sûrement tout en ayant un indice glycémique trompeur. Or on trouve, parmi les produit bio, de la confiture qui se vante d’être au fructose ainsi que du sirop d’Agave (très en vogue), qui est du pur fructose.

Autre exemple : le lait est à l’origine de nombreuses allergies et de troubles de la digestion car nous ne produisons que peu, à l’âge adulte (voire pas du tout) de l’enzyme lactase qui permet sa digestion. Ceci vaut pour la majeure partie de la population. Le fromage échappe aux autres produits laitiers car il est fermenté et contient très peu de sucre lactose. Ceci étant, bio ou pas, le lait reste déconseillé à la consommation contrairement aux injonctions officielles irresponsables.

On pourrait en dire autant de nombreux autres produits qui sont peut-être bios (c’est certes mieux, que d’avaler des produits chimiques) mais ne sont pas pour autant recommandés pour avoir une bonne santé.

Il faut bien comprendre en effet que ces produits n’échappent pas à une politique mercantile qui a pour but de vendre et de faire consommer davantage. Comme me le disait un jour un industriel qui venait de racheter une minoterie : « Je vais faire de la farine bio. Ce n’est pas que je sois convaincu de ses vertus mais elle se vend mieux et plus cher ».

L’huile de Tournesol, mise en avant dans le rayon bio de mon supermarché, contient surtout des omégas-6 nous avons déjà trop. Donc, bio ou pas, on dit qu’il vaut mieux ne pas la consommer1.

Autre exemple, le lait d’amandes bio est généralement un produit recommandé. J’ai cependant eu la curiosité de lire l’étiquette de l’emballage. On trouve dans sa composition outre des amandes venues d’Espagne (ah bon, il n’y en a pas en France ?), du sucre de canne roux et de la maltodextrine de maïs. D’une part c’est déconseillé pour la santé (à mon sens), d’autre part je n’en veux pas. Il faut donc que je fasse mon lait d’amandes moi-même.

Dernier exemple (mais il en existe d’autres), le soja très souvent mis en avant par le bio. Le fait que ce soit une légumineuse me fait déjà hésiter. Par ailleurs, les Asiatiques l’utilisent bien depuis longtemps mais, ce qu’on ne nous dit pas, c’est que c’est uniquement sous la forme fermentée et en petite quantité. Ce qui fait réagir à juste titre le naturopathe Robert Masson2.

La conclusion est que la garantie bio ne suffit pas. Un produit local (même s’il n’est pas strictement bio au sens propre du terme) mais qui est produit par un agriculteur local soigneux et n’utilisant pratiquement pas de produits chimiques, est souvent préférable à des légumes venus de l’autre bout du monde, en-dehors de leur saison de production chez nous. Par ailleurs, tout ce qui est vendu dans votre magasin bio n’est pas automatiquement à porter dans notre bouche, surtout lorsqu’il s’agit de produits transformés et non de simples aliments3.

Ouvrons donc les yeux et choisissons d’abord quoi manger. Voyons ensuite où nous le procurer. Au-delà des rayons bio des supermarchés et des magasins bio, n’oublions pas les AMAP, les magasins de producteurs ni les marchés de proximité qui nous garantissent tous les trois un approvisionnement local, souvent bio également.

Une fois de plus, aller de l’avant consiste donc à faire machine arrière !

 

 

LORGERIL (Dr Michel de) et SALEN (Patricia), Le pouvoir des oméga-3, Monaco, Alpen, 2005.

2  MASSON (Robert), Les nouveaux dogmes en nutrition, Paris, Guy tredaniel, 2013.

3 POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

 

 

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