Au voleur !

UNE ÉVOLUTION INSENSIBLE

Aux tous débuts de l’agroalimentaire, le rôle des industriels était clair : il s’agissait de fabriquer de grandes quantités de produits selon des méthodes rationnelles et des aliments bien distribués sur tout le territoire. Ainsi, le consommateur y gagnait en temps et en argent et l’industriel également : tout le monde y trouvait son compte. Cela a changé progressivement et par petites touches, de sorte que nous ne nous sommes pas vraiment aperçus de l’évolution et que, maintenant, alors que nous en prenons conscience, nous trouvons des produits qui n’ont peut-être pas tellement augmenté (encore que…) mais dont la qualité est tellement dégradée qu’elle est devenue ignoble à tous points de vue.

Comment cela a-t-il été possible ?

 

CONFUSION DES OBJECTIFS

En fait, on relève une confusion des objectifs.

Aux yeux de certains, et la fameuse concurrence chère au libéralisme y a fortement contribué, il s’est agi de produire davantage de produits à un moindre coût. Jusque là, tout le monde est d’accord. Puis, sous prétexte de vendre encore moins cher que ses concurrents, le but est devenu d’atteindre le prix le plus bas possible. Sans aucune exigence quant à la qualité mais seulement sur l’apparence. Autrement dit, il devenait possible de vendre n’importe quoi, peu importait la qualité pourvu que l’objet qu’on mettait en rayon pourvu qu’il ressemblât vaguement à ce qui se faisait auparavant. Étant entendu que, afin que le client ne s’aperçoive pas du changement, il ne s’agissait pas de modifier brusquement l’aspect extérieur mais de procéder, sous prétexte de modernisation, par petites étapes successives.

 

L’ANALYSE DE LA VALEUR

C’est alors qu’on inventa cette méthode, au nom barbare et à l’allure pseudo scientifique, qu’on appelle « analyse de la valeur ». De quoi s’agit-il ?

Tout simplement, de préserver l’apparence extérieure d’un objet pour faire croire qu’il n’a pas changé tout en diminuant les coûts de fabrication, soit en utilisant des composants meilleur marché, soit en en simplifiant les processus de fabrication, soit les deux à la fois.

Par exemple : remplacer le sucre de canne par du saccharose puis par du sirop de glucose-fructose, le pire sucre qui soit, beaucoup moins cher. On peut aussi remplacer les bonnes graisses par de mauvaises, comme les huiles végétales hydrogénées (les graisses trans) ou de l’amidon, de la gomme de guar… On peut également augmenter le volume en ajoutant de l’eau ou du sel (parce que cela ne coûte pas cher) et du sirop de glucose-fructose (également bon marché)  qui dissimule le goût du sel. On peut encore rajouter du gluten pour faire gonfler la pâte, de l’aspartame (produit chimique immonde qui permettra d’écrire « sans sucre » sur le paquet) ou encore du glutamate (qui provoque le syndrome du restaurant chinois bien connu des médecins) comme exhausteur de goût. Tout cela enveloppé dans un paquet plus grand, aura un bel aspect et donnera au consommateur l’impression qu’il en a pour son argent. Le prix, bien entendu, n’aura pas changé et, ainsi, l’industriel parviendra à vendre moins cher (c’est à dire davantage) à gagner plus d’argent tandis que le consommateur se fera rouler dans la farine et achètera du vide additionné de produits infects préjudiciables à sa santé. La Sécurité sociale (donc les citoyens) payera les conséquences, à savoir les traitements des maladies provoquées par ces mauvais produits et les producteurs feront semblant de pleurer en prétendant qu’ils sont des victimes innocentes de personnes malveillantes, afin d’avoir le droit de poursuivre leur escroquerie en toute impunité. Et tout le monde n’y verra que du feu !

 

ÉCOLE DES VOLEURS

Il existe de multiples techniques pour berner le consommateur et je n’ai pas la place de toutes les décrire – je ne les connais d’ailleurs pas toutes non plus car on en invente une nouvelle chaque jour ! – mais je vais quand même vous en révéler une deuxième. Pour la bien comprendre (celle-là ainsi que les autres), il est préférable de se mettre à la place des industriels. Et au lieu de considérer que ceux-ci sont d’honnêtes citoyens qui cherchent à réduire leurs coûts, il vaut mieux considérer qu’ils ne sont que de vulgaires voleurs, cherchant par tous les moyens à vous arnaquer afin de gagner le plus d’argent possible, sans que vous vous en aperceviez, ni qu’ils se fassent prendre non plus. Ils emploient pour cela des palanquées de jeunes gens tout droit sortis des école commerciales, qu’on ferait mieux mieux d’appeler « écoles des voleurs » et qui vont travailler à longueur de journée, de semaine et d’année à inventer de nouvelles méthodes pour vous prendre votre argent et votre santé, ce qui est d’ailleurs le dernier de leurs soucis. Comme ils ont été formés à être très rusés et inventifs, on peut leur faire confiance pour avoir des idées astucieuses. Jouer sur le poids et la taille des aliments est leur B.A. BA. Allons-y !

 

RÉDUIRE LA CONTENANCE SANS CHANGER L’ASPECT

Pour mieux créer l’illusion et que vous ayez l’impression que rien n’a changé, on ne modifie que très peu l’apparence du produit à chaque fois et on procède par étapes successives au fil du temps. Par exemple, la bouteille de 75 cl ne contiendra plus que 72 cl, puis 70, 65 etc. Le bocal de confiture que vous aviez l’habitude de savoir avoir une contenance de 500 g, contiendra successivement 460 puis 420 et, aujourd’hui 380 g. Plus petit mais il conserve la même forme afin de mieux engendrer la confusion chez vous. Et, bien entendu, le même prix !

Cas célèbre : celui d’un biscuit au chocolat qui fut en son temps la marotte des enfants.

D’abord, les ingrédients des biscuits ne sont plus les mêmes aujourd’hui : en avant pour le sirop de glucose-fructose !

Ensuite, les biscuits sont plus légers : le paquet qui pesait 330 g ne pèse plus que 300 g.

On continue : le chocolat qui recouvrait les biscuits et qui autrefois touchait les bords ne forme plus qu’un petit cercle au centre des biscuits. D’ailleurs, les biscuits sont devenus : « au goût de chocolat », nuance ! Prochaine étape : « aux pépites de chocolat. », puis « sans chocolat » pour faire croire qu’on prend soins de votre santé et en supposant que le chocolat n’est pas bon pour elle. Cela permet du même coup de transformer cette suppression en argument de vente.

Entre temps, le chocolat n’est plus fabriqué exclusivement avec des fèves de cacao puisque les industriels ont obtenu le droit de mélanger avec elles des graisses infectes. D’ailleurs, il ne reste plus en France que moins d’une dizaine de vrais chocolatiers. Cela n’a d’ailleurs pas une très grande importance aux yeux du grand public puisqu’on parvient encore à diminuer le prix en utilisant des parfums chimiques ! Et, comme très peu de gens connaissent de nos jours le vrai goût du cacao et ne sont attentifs qu’au prix, cela passe inaperçu !

Poursuivons la prospective : de suppression en suppression, les biscuits qui avaient déjà le goût de carton, seront véritablement en carton : cela coûtera moins cher et ne peut-être pas être pire pour notre santé !

J’oubliais de vous parler (mais je l’ai déjà fait par ailleurs) d’une découverte dont les industriels sont très fiers : le fromage sans fromage qui coûte 60 % moins cher que le vrai fromage car il est fait à base de vrais produits chimiques. On le répand donc généreusement sur les pizzas des supermarché et des restaurants à bon marché ainsi que sur toutes les préparations industrielles se prétendant « au fromage ». Succès garanti !

 

ON VA NOUS PRENDRE POUR DES IMBÉCILES

Vous avez compris le principe et, si on laisse faire, cela ne fera que croître et embellir : on vous prendra pour des imbéciles ! Á juste titre puisque nous nous comporterons déjà comme des imbéciles ! Puisque nous laissons faire, pourquoi les industriels se gêneraient-ils et ne continueraient-ils pas  ?

Maintenant que nous avons identifié le problème, quelle sont les solutions ?

La première qui nous vient à l’esprit est de ne plus nous laisser prendre.

Mauvais calcul ! Le professeur Brian Wansink lui-même, qui peut être considéré comme un super spécialiste de la question, rompu à toutes les manipulations et dont le livre fort instructif se lit comme un roman(à tel point que je considère que sa lecture est indispensable à tous les consommateurs), avoue s’être laissé prendre plusieurs fois ! La raison en est simple : vous êtes seul contre tous. Comment voulez-vous éviter tous les pièges qu’on vous tend alors qu’une armée de professionnels de la commercialisation travaille à plein temps et sept jours sur sept à longueur d’année pour vous faire succomber ? Soyez raisonnable et décidez tout de suite de renoncer à cela et d’emprunter une autre voie !

 

UNE DÉCISION SALVATRICE MAIS RADICALE

Puisque vous ne pouvez pas jouer au plus fin car vous avez perdu d’avance, il ne semble plus vous rester qu’une seule solution : ne plus jamais aller le ventre vide (ce qui vous inciterait à acheter n’importe quoi sans lire les étiquette auparavant) dans ces lieux de perdition où vous pourriez être tenté de vous procurer ces aliments toxiques. Donc, ne pas les acheter. Là en effet est notre vrai pouvoir de citoyen et de consommateur car personne encore ne peut nous forcer à acheter ce que nous ne voulons pas !

 

Á NOUS DONC DE NOUS PROCURER UNIQUEMENT DES PRODUITS BIO, LOCAUX ET DE SAISON.

 

Cela signifie donc que, aux exceptions près, nous n’achèterons plus jamais et n’importe où des produits manufacturés. Cette solution, un peu radicale certes, n’est pas celle que nous aurions choisie délibérément, mais c’est la seule qu’on nous laisse. Autrement dit, si nous voulons sauver notre peau, nous n’avons pas le choix.

Et si vous avez du mal à transformer vos vielles habitudes en méthodes plus adaptées, envoyez-moi une mail car votre cas dépend sans doute de la nutri-analyse et non plus du « Y-A-QU’Á-FAUT-QU’ON » qu’on vous serine depuis votre tende enfance.

Courage, demain commence aujourd’hui !

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste©

 

1 - WANSINK (Pr Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thirry Souccar Éditions, 2009.

 

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_andrewshka’>andrewshka / 123RF Banque d’images</a