Écologique mais pas seulement

Quand les supermarchés ont commencé à modifier fondamentalement l’image du petit commerce auquel nous étions habitués, l’apparition des magasins biologiques (on disait alors « magasins de régime ») ont provoqué chez chacun d’entre nous un véritable engouement : on pouvait enfin trouver à nouveau des produits naturels non transformés, comme ceux dont disposaient nos grand-mères. Á la suite, tout le secteur de la distribution s’est réorganisée progressivement et les magasins biologiques se sont développés à raison de 10 % par an, ce qui est beaucoup. Les supermarchés, alléchés par ce marché en pleine expansion, ont inauguré immédiatement dans leurs surfaces de vente, un rayon spécialisé. La demande des consommateurs allant en augmentant, le bio s’est donc développé aussi.

Seulement voilà…

Les choses sont rarement aussi simples qu’elles le paraissent. Car, derrière les bonnes intentions mises en avant, se cachent bien souvent des affaires assez ordinaires qui viennent ternir la belle image qu’on voulait donner. Le consommateur, en effet, est parfois considéré davantage comme un mouton à tondre que comme un client exprimant des besoins et des désirs.

Le premier problème concerne la provenance des produits. Exemple.

Allant faire mes courses dans un magasin bio, mon regard fut attiré par des pommes. Je regardais quelle était leur provenance. Les unes venaient d’Italie, les autres d’Allemagne.

Comme je me rendais également au supermarché, je me dirigeais aussi vers le rayon bio et j’examinais les mêmes pommes. Les unes venaient d’Argentine, les autres du Chili. Quand aux carottes, elles venaient d’Italie, les petits pois, eux, du Kenya et les tomates, du sud de l’Espagne. Pour les petits pois et pour les tomates en plus, ce n’était carrément pas la saison.

Tout cela me pose plusieurs questions :

La première concerne le temps qu’ont mis tous ces produits pour arriver sur l’étalage du commerçant. Plus la provenance est lointaine, plus le trajet est long, plus il a fallu cueillir les fruits et légumes avant leur maturité complète et plus les précieux nutriments (comme les vitamines) ont disparu en cours de route. Cela n’a rien à voir avec un producteur local qui ramasse ses produits en pleine maturité, quelques heures à peine avant que vous puissiez en disposer sur votre table.

Le deuxième problème est celui du coût. Il existe forcément un grossiste au départ qui regroupe les productions, un autre à l’arrivée qui distribue, plus leurs frais commerciaux, le transport, les transporteurs ne travaillant pas gratuitement. Si on soustrait tout cela du prix de vente, il reste… des queues de cerise pour le producteur. Là encore, grosse différence avec un circuit court qui va directement du cultivateur au consommateur et permet le maintien d’une agriculture paysanne dans nos régions.

De plus, pour transporter tous ces produits sur une aussi longue distance, il faut du pétrole. Or, nous sommes en passe de plus en avoir car le pic du pétrole a été franchi. Il s’agit d’une ressource fossile qui ne se renouvellera pas : on a mieux à faire que de le gaspiller dans des déplacements qui n’apportent rien de plus.

Quant aux contrôle biologiques si, en France, ils sont stricts, sait-on exactement ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous ? La tentation est grande d’être moins rigoureux.  Pour ma part, j’ai quelques doutes.

Passons à la nature des produits vendus dans les magasins de la chaîne bio.

On pourrait croire que tout produit estampillé « bio » peut être consommé les yeux fermés. Hélas, il n’en est rien.

Pour le sucre par exemple. D’une part, il n’existait pas au Paléolithique, tout simplement. D’autre part, certaines personne y sont particulièrement sensibles. Enfin, on a découvert que le sirop de glucose-fructose (issu du maïs) pourrait bien être à l’origine (ou, en tous cas, y participerait largement) de l’’épidémie de surpoids aux USA et dans le monde entier. Le fructose est un produit, pire que le glucose, qui nous fait grossir encore plus sûrement tout en ayant un indice glycémique trompeur. Or on trouve, parmi les produit bio, de la confiture qui se vante d’être au fructose ainsi que du sirop d’Agave (très en vogue), qui est du pur fructose.

Autre exemple : le lait est à l’origine de nombreuses allergies et de troubles de la digestion car nous ne produisons que peu, à l’âge adulte (voire pas du tout) de l’enzyme lactase qui permet sa digestion. Ceci vaut pour la majeure partie de la population. Le fromage échappe aux autres produits laitiers car il est fermenté et contient très peu de sucre lactose. Ceci étant, bio ou pas, le lait reste déconseillé à la consommation contrairement aux injonctions officielles irresponsables.

On pourrait en dire autant de nombreux autres produits qui sont peut-être bios (c’est certes mieux, que d’avaler des produits chimiques) mais ne sont pas pour autant recommandés pour avoir une bonne santé.

Il faut bien comprendre en effet que ces produits n’échappent pas à une politique mercantile qui a pour but de vendre et de faire consommer davantage. Comme me le disait un jour un industriel qui venait de racheter une minoterie : « Je vais faire de la farine bio. Ce n’est pas que je sois convaincu de ses vertus mais elle se vend mieux et plus cher ».

L’huile de Tournesol, mise en avant dans le rayon bio de mon supermarché, contient surtout des omégas-6 nous avons déjà trop. Donc, bio ou pas, on dit qu’il vaut mieux ne pas la consommer1.

Autre exemple, le lait d’amandes bio est généralement un produit recommandé. J’ai cependant eu la curiosité de lire l’étiquette de l’emballage. On trouve dans sa composition outre des amandes venues d’Espagne (ah bon, il n’y en a pas en France ?), du sucre de canne roux et de la maltodextrine de maïs. D’une part c’est déconseillé pour la santé (à mon sens), d’autre part je n’en veux pas. Il faut donc que je fasse mon lait d’amandes moi-même.

Dernier exemple (mais il en existe d’autres), le soja très souvent mis en avant par le bio. Le fait que ce soit une légumineuse me fait déjà hésiter. Par ailleurs, les Asiatiques l’utilisent bien depuis longtemps mais, ce qu’on ne nous dit pas, c’est que c’est uniquement sous la forme fermentée et en petite quantité. Ce qui fait réagir à juste titre le naturopathe Robert Masson2.

La conclusion est que la garantie bio ne suffit pas. Un produit local (même s’il n’est pas strictement bio au sens propre du terme) mais qui est produit par un agriculteur local soigneux et n’utilisant pratiquement pas de produits chimiques, est souvent préférable à des légumes venus de l’autre bout du monde, en-dehors de leur saison de production chez nous. Par ailleurs, tout ce qui est vendu dans votre magasin bio n’est pas automatiquement à porter dans notre bouche, surtout lorsqu’il s’agit de produits transformés et non de simples aliments3.

Ouvrons donc les yeux et choisissons d’abord quoi manger. Voyons ensuite où nous le procurer. Au-delà des rayons bio des supermarchés et des magasins bio, n’oublions pas les AMAP, les magasins de producteurs ni les marchés de proximité qui nous garantissent tous les trois un approvisionnement local, souvent bio également.

Une fois de plus, aller de l’avant consiste donc à faire machine arrière !

 

 

LORGERIL (Dr Michel de) et SALEN (Patricia), Le pouvoir des oméga-3, Monaco, Alpen, 2005.

2  MASSON (Robert), Les nouveaux dogmes en nutrition, Paris, Guy tredaniel, 2013.

3 POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

 

 

Crédit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/photo_12334217_eco-ball-isolated-on-white-background-vector-illustration.html’>barbaliss / 123RF Banque d’images</a>