Local et bio

Manger bio, c’est très bien.

Mais un jour le Pr Joyeux en a eu assez d’entendre dire tout et n’importe quoi à propos du bio et il a commandé une étude à des laboratoires indépendants pour comparer les produits de l’agriculture traditionnelle (entendez industrielle et chimique), raisonnée (un peu moins grave que si c’était pire) et biologique.

Le résultat fut sans équivoque et les produits de l’agriculture biologique sont arrivés incontestablement en tête. D’autres comparaisons existent d’ailleurs depuis longtemps et toute contestation de cette réalité est maintenant un acte de pure mauvaise foi.

Quant à savoir si l’agriculture biologique suffirait à nourrir la planète, il faut être très mal informé ou hostile à tout changement pour persister à répandre à ce sujet un doute quelconque1. D’autant qu’on sait bien qu’une surface de 500 m2 convenablement cultivée peut produire suffisamment de légumes et de fruits pour nourrir une famille de quatre personnes durant tout une année.

Oui, me direz-vous, mais l’eau ? Ce à quoi je vous répondrai que ce n’est qu’une question d’énergie pour la pomper, la transporter, la dessaler… Évidemment au prix de l’énergie produite grâce au pétrole, au charbon ou aux centrales nucléaires, cela coûterait trop cher. « Mieux vaut laisser tranquillement mourir ces femmes et ces enfants qui n’ont décidément pas de chance dans  les pays pauvres » pensent ceux qui se remplissent les poches grâce aux énergies fossiles. On se demande bien ce qu’on attend pour développer pour de bon les énergies renouvelables dont le coût est incomparablement inférieur et la technologie accessibles même aux populations dépourvues de moyens.

Oui mais, diront ceux qui, particulièrement têtus, s’accrochent désespérément aux idées dépassées, mais nous allons manquer de surface cultivable. Ah bon ! mais nous en trouvons pourtant pour cultiver des plantes destinées aux agro carburants qui servent seulement à faire rouler des voitures de riches ainsi pour cultiver des céréales destinées à un élevage intensif aussi inutile que sadique2 (et je ne suis pas en train de vous dire qu’il ne faut plus manger de viande - quoi que ! - mais qu’il existe d’autres moyens).

Alors, vous êtes devenu accro au bio. Bravo mais les supermarchés aussi. Ils ont en effet découvert qu’on pouvait se faire beaucoup d’argent avec ça.

Il n’y a pas très longtemps dans celui qui est près de chez moi, je regardais quelle était la provenance des pommes qui étaient en rayon. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’elles provenaient d’Argentine et du Chili. Mais au magasin bio, ce n’était pas beaucoup mieux car elles venaient quand même d’Allemagne ! Or les pommes sont des fruits qu’on trouve dans toutes les régions de France et qu’on produit en grande quantité. D’où ma question  : pourquoi en faire venir de si loin ?

D’abord il existe des frais de transport élevés.

Ensuite, on a dépassé le pic de production du pétrole : ne serait-il pas plus sage de conserver ce qui nous reste de cette source d’énergie fossile pour des utilisations plus indispensables ?

Autre question : compte tenu des frais de transport élevés et des coûts de distribution qui ne sont pas minces non plus, combien reste-t-il au producteur ? Des queues de cerise sans doute !

Dernière question (à moins que ce ne soit la première !), combien de temps et de manipulations aura-t-il fallu entre la cueillette du fruit sur l’arbre et le moment où vous le porterez à votre bouche ? Cinq ou six jours au bas mot ! Juste le temps nécessaire pour que ce produit perde la grande majorité de ses précieux nutriments qui ne se résument pas à une analyse baclée. Or, pour notre santé, ces nutriments sont essentiels.

De tout cela, je tire une règle absolue : NE JAMAIS ACHETER UN LÉGUME OU UN FRUIT DANS UN SUPERMARCHÉ OU CHEZ UN COMMERÇANT TRADITIONNEL.

Il existe par contre des marchés de proximité ou des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne3) à côté de chez vous qui vous livreront à domicile ou que vous trouverez pas très loin et qui vous permettront de rencontrer les producteurs. Ceux-ci sont en majorité bio, même s’ils n’ont pas toujours le droit d’utiliser cette appellation qui leur coûte très cher et perd de son intérêt à cause de la proximité et de la possibilité de communiquer directement.

La conclusion est que le bio est un premier pas qu’il convient d’encourager mais qui a été malheureusement trop vite récupéré par la grande distribution et qu’il convient donc d’exiger aussi  une provenance locale.

Vous tenez à manger de bons produits, frais, au goût incomparable et qui vous procurent une bonne santé ? Alors, réclamez sans faillir du BIO ET du LOCAL !

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-Analyste

 

 

1http://www.gerbeaud.com/bio/agriculture-bio-nourrir-planete.php

2 REYMOND (William), Toxic, Paris, J’ai Lu, 2007.

3 http://www.reseau-amap.org/

 

 

Crédit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/photo_11135138_mother-and-daughter-shopping-at-the-market-together.html’>auremar / 123RF Banque d’images</a>