QUOI ACHETER AU SUPERMARCHÉ ?

ÉVOLUTION DE LA DISTRIBUTION

Il faut bien reconnaître que le monde de la distribution a considérablement évolué depuis un siècle. Ainsi, nombre de magasins ont tout simplement disparu. Par exemple, vous aurez toutes les peines du monde à trouver de nos jours un marchand de couleurs (droguerie), un marchand de radio (TSF), un  marchand d’accessoires automobiles, une laiterie… et tant d’autres encore, tandis que certains se sont considérablement raréfiés, les épiceries par exemple, les pâtisseries (mais les boulangeries-pâtisseries se sont multipliées par contre), les poissonneries…

Progressivement les épiceries traditionnelles qui avaient disparues ont tendance à refaire surface sous forme de boutiques de producteurs, de magasins de produits régionaux, de vente de produits bio. Les marchés de quartier réapparaissent également ainsi que les AMAP qui se sont crées et s’implantent partout progressivement.

UNE IDÉE QU’ELLE AURAIT PU ÊTRE BONNE

Prendre un grand parking à la périphérie des villes (là où il y avait de la place), construire  autour des locaux pour réunir au même endroit tous les commerces, aurait pu être une bonne idée qu’auraient pu avoir les petits commerçants traditionnels et les municipalités.

La grande distribution s’est crée pour le faire et, au début, les consommateurs se sont rués dans ces cavernes d’Ali Baba où on pouvait tout trouver, bien pratiques, surtout quand on travaille toute la journée et qu’on dispose de peu de temps.

LE DÉBUT DU DÉRAPAGE

Certes, la rationalisation de la distribution a permis de réduire les frais (et d’augmenter les bénéfices) mais là est, en même temps, le début de la grande illusion à laquelle se sont laissés prendre les consommateurs. Car la course à la baisse des prix était ainsi lancée. Non pas que rechercher un prix plus bas soit une mauvaise chose en soi mais à cela, comme à tout, il y a une limite. En Russie, on dit : « Je n’ai pas les moyens d’acheter bon marché ».

Insensiblement, on est donc passé des économies d’échelle aux diminutions de qualité en passant par l’étranglement des producteurs, puis aux produits franchement mensongers à base de composants chimiques toxiques. Bon marché ? Oui mais empoisonnés !

Commençons notre tour d’horizon par les fruits et légumes. Oui, ils ont belle allure, surtout quand ils sont rendus brillants par la brumatisation à la mode américaine. Mais quand on regarde de près on s’aperçoit d’abord qu’ils viennent du diable vauvert, du Chili, d’Argentine ou du Kenya (bonjour les coûts de transport et la consommation de pétrole), ce qui implique également qu’ils ont été cueillis avant maturité. Et qu’en plus, ils ont été cultivés hors sol chaque fois que cela était possible (comme les tomates du sud de l’Espagne, sans aucun goût), qu’ils sont bourrés de produits chimiques dont l’ingestion régulière est dangereuse. Conclusion : à éviter à tout prix.

Passons aux protéines :

Le poisson d’abord : les mers sont dévastées et polluées, on commence à le savoir. Quant aux poissons d’élevage, on ne sait pas très bien ce qu’il ont mangé. Certainement des produits bon marché et d’une qualité douteuse. Le bio ? C’est simple, on n’en trouve pas !

La viande maintenant. Elle est issue 99 fois sur 100 de l’élevage intensif, c’est-à-dire de bêtes entassées dans un espace restreint et dans des conditions atroces, traitées d’une façon sadique.

Les œufs soi-disant bios ? Les producteurs ont appris à contourner la règlementation et ils n’ont pas grand chose de plus que les œufs industriels. Sauf le prix bien entendu.

Quant au lait, il faut simplement savoir qu’après l’âge de trois ou quatre ans, nous ne produisons plus d’enzyme lactase pour digérer le sucre lactose qu’il contient. D’où des troubles intestinaux de toutes sortes. Donc, oublions le lait.

Reste le fromage. Je ferai les mêmes réserves que pour tous les produits industriels : avant tout achat, il est indispensable de lire soigneusement les étiquettes, le guide des additifs à la main1. Et d’en manger en petite quantité ou même de le supprimer complètement.

Passons aux conserves et aux produits surgelés. Je ferai les mêmes remarques sur la qualité de base des produits et des additifs que pour les produits frais.

Pour les autres produits industriels, que ce soit des plats préparés, de la moutarde ou même du vinaigre balsamique : la plus grande vigilance est recommandée. Bien sûr, le guide des additifs vous sera indispensable une fois de plus mais les composants eux-même suffisent bien souvent pour vous faire reposer le produit sur l’étagère. Par exemple, si vous lisez : graisse hydrogénée, glutamate, huile de tournesol (ce n’est pas qu’elle soit mauvaise mais elle contient des oméga-6 dont nous avons déjà trop), aspartame (ou équivalents), sirop de glucose-fructose, oubliez tout de suite. Quant au sel et au sucre, surveillez attentivement les doses car les producteurs ont tendance à en mettre de trop et partout parce qu’ils sont flatteurs et qu’ils ne coûtent pas cher.

Quant aux lessives et aux divers produits d’entretien : on a oublié qu’avec quelques produits de base, pas chers, nos grand-mère faisaient des merveilles. De quoi s’agit-il ? Du vinaigre blanc, du savon de Marseille ou d’Alep, du savon noir, du bicarbonate de soude et de quelques autres…

Pour les vins, profitez de vos vacances et de vos voyages pour visiter les producteurs bios : des merveilles vous y attendent à des prix abordables.

Que reste-t-il ? Papeterie, hygiène, articles automobile, textile…: il faut voir au coup par coup.

SURCONSOMMATION

N’oubliez pas que la règle des supermarchés, quels qu’ils soient, est la suivante : un ilot de perte dans un océan de profits. Le but des gens de marketing des supermarchés est donc de vous faire consommer plus que vous ne le souhaitez. La réaction immédiate devrait être bien sûr de déserter les supermarchés (ou en tous cas de ne jamais y aller en ayant faim). Mais ce n’est pas toujours possible pour toutes sortes de raisons et il ne faut pas non plus diaboliser les supermarchés. La liste de courses ou le drive (c’est-çà-dire l’achat sur votre ordinateur) peuvent alors être des solutions qui vous évitent d’errer dans les rayons et d’acheter n’importe quoi.

Donc, la règle numéro 1 pour, à la fois, mieux se nourrir et faire des économies (oui, contrairement à ce qu’on croît, le supermarché, l’air de rien, revient cher) est d’aller au supermarché le moins souvent possible, voire pas du tout.

UNE TRISTE EXPÉRIENCE QUI VOUS ATTEND

J’ai eu personnellement l’occasion de faire aux USA, il y a plus de dix ans maintenant (attention, c’est pour bientôt en France) une bien triste expérience. Nous visitions, avec ma compagne, la côte Californienne, lorsqu’au milieu de l’après-midi, nous eûmes faim. Nous nous arrêtâmes au premier supermarché venu (de toutes façons, nous n’avions pas le choix car il n’y avait que ça) et, pour aller plus vite, nous parcourûmes les lieux en partant chacun de notre côté. Dix minutes plus tard, nous nous retrouvâmes aux caisses, près de la sortie, les mains vides. Oui, vous avez bien lu, nous n’avions franchement, malgré notre faim, rien trouvé qui ne soit pas infâme. Certes il y avait de beaux gâteaux (infects à manger : nous y avions déjà goûté), des fruits et légumes brillants (mais bourrés de produits toxiques), des biscuits (dont il valait mieux ne pas lire l’étiquette du produit), et tout était à l’avenant…

MAIS, QUE VA-T-ON DEVENIR ?

C’est la question qu’on se pose en voyant l’évolution des supermarchés. Rassurez-vous, le monde ne va pas s’écrouler pour autant ! D’ailleurs, il a existé pendant des milliers d’années sans supermarché.

Le mieux reste encore d’accepter le changement. Tout ce que je vais vous suggérer maintenant n’a rien d’un diktat mais, au contraire, doit se faire progressivement et être adapté à chaque personne. Il convient de le considérer plutôt comme une tendance, un point de départ de vos réflexions, une base de votre adaptation et non comme une vérité intangible à laquelle il faut souscrire au plus vite sous peine de commettre une grave erreur.

Globalement, vous pouvez essayer de réduire la quantité des aliments que vous ingérez car, tout le monde en a fait le constat, nous mangeons trop. De plus, tous les maillons de la chaîne alimentaire cherchent à vous faire consommer plus qu’il est nécessairece qui produit un encrassement et une fatigue de votre organisme. Mangez quand vous avez envie et non quand on vous le dit. Prendre ou pas un petit-déjeuner a le même sens que de manger ou pas avant d’aller se coucher. Si cela vous convient, vous pouvez même cesser de manger de temps en temps3, sauter un repas, jeûner un jour par semaine, plusieurs jours à chaque changement de saison ou davantagequand vous sentez que vous avez besoin de vous arrêter de manger.

Pour ce qui est de vos aliments :

  • d’abord en ce qui concerne les protéines animales : vous pouvez les diminuer, voire carrément les supprimer, sans inconvénient pour votre alimentation car rien ne justifie leur consommation pour le bien-être de votre organisme. De la viande deux fois par jour apparaît même de plus en plus comme une erreur grave, deux fois par semaine suffisent ;
  • le sucre ensuite. Il ne s’agit pas de le diaboliser mais d’appeler les choses par leur nom : c’est une drogue à laquelle nous sommes, hélas, tous accros et dont nous pouvons nous passer sans inconvénient. Le miel est sûrement meilleur que le sucre (notamment le sucre qui est raffiné et surtout celui qui est fait à base de sirop de glucose-fructose dont l’industrie fait un large usage). Reste que c’est le sucre qui fait grossir et non les graisses5 (regardez les Américains). Á savoir également : l’amidon contenu (entre autres) dans toutes les céréales (et les pommes de terre) se transforme en glucose au cours de la digestion et, si vous voulez perdre du poids, il faut les éviter pendant un certain temps ;
  • les fruits et légumes, nous l’avons vu, sont à éviter pour deux motifs : d’une part en raison des produits chimiques qu’on a utilisés pour leur culture, d’autre part en raison de leur provenance souvent fort lointaine. Vous aurez davantage intérêt à consommer des produits locaux, de saison, bios de préférence ;
  • conserves et surgelés : pour les conserves, je ferai les mêmes réserves que pour les fruits et légumes frais. Mais il faut reconnaître qu’il est bien pratique d’avoir quelques  boîtes en réserve dans le fond d’un placard pour improviser un repas. Quant aux produits surgelés, contrairement à ce qu’on croît, la surgélation en soi diminue assez peu la qualité des produits. Mais si vous surgelez des produits de basse qualité, cela n’a rien à voir avec la surgélation des tomates de votre jardin ;
  • les plats préparés et les produits spécialement conçus pour la nutrition moderne, j’en ai déjà parlé et la conclusion est qu’il faut tous les éviter à tout prix : Michael Pollan nous rappelle les règle de base et il a bien raison6 ;
  • en ce qui concerne les biscuits, le chocolat et autres sucreries du même genre, munissez-vous de votre guide des additifs, souvenez-vous que la farine contient de l’amidon qui va se transformer en glucose au cours de la digestion et, du coup, vous faire grossir ;
  • pour ce qui est du fromage, on trouve toujours un chèvre ou un brebis (voire une vache) disponible chez les petits producteurs des environs et, puisqu’il s’agit de satisfaire votre gourmandise, et non d’en faire une grande consommation, vous trouverez aisément une solution ;
  • le rayon bio maintenant qui est très trompeur. Il y a de l’argent à gagner et c’est pour cela que les supermarchés s’y sont mis et non pour l’amour des produits biologiques dont ils n’ont que faire. Donc, méfiance. On lira avec d’autant plus d’attention les étiquettes et on fera très attention à la saisonnalité des produits et à leur provenance. Certes les pommes sont bien bios mais elles viennent du Chili : laissez tomber !

NE PAS DIABOLISER LE SUPERMARCHÉ POUR AUTANT

Et ceci, pour deux raisons.

La première est que le supermarché est devenu la forme de distribution moderne la plus répandue : même les petits villages de campagne connaissent les supérettes de chaînes de distribution. Tout cela est souvent très pratique, surtout quand on travaille toute la journée.

La deuxième raison m’est inspirée par une anecdote. Un jour à Davos, un journaliste interviewait le patron d’une grande enseigne de supermarchés. « Alors, lui dit-il, il paraît que vous avez renoncé à vendre des produits contenant des OGM ? ». « Parfaitement » a répondu le patron. « Et peut-on vous demander pourquoi ? » poursuivit le journaliste. « Oui, bien sûr répondit le patron. Nos clients n’en veulent pas ! ».

Ceci prouve simplement que l’objectif des supermarchés est de gagner de l’argent pas de vendre tel ou tel produit. C’est comme les restaurants fast food : le jour où les clients leur demanderont des salades, ils vendront des salades. Autrement dit, les consommateurs disposent d’un pouvoir qu’ils ne veulent pas voir : leur porte-monnaie.

La première question qu’il serait donc bon de vous poser est : quels sont les produits que vous désirez acheter au supermarché ?

ET LE PRIX ?

Oui, mais tout cela va me coûter cher, dites-vous ?

Détrompez-vous : au contraire, vous allez faire des économies. J’ai personnellement constaté une réduction de 30 % de mon budget nourriture. Changer en effet, ne signifie pas faire la même chose qu’avant en se privant mais faire différemment. D’abord, une règle fondamentale :tout changement doit se faire lentement et progressivement en fonction de ce que vous pouvez faire, vous, et non pas un hypothétique et théorique : « il faut ».

Globalement, vous allez réduire les quantités, par exemple en ne vous reservant pas, en ne mettant plus les plats sur la table, en utilisant des assiettes plus petites… Tout cela entraînera une première économie.

Vous pouvez ensuite réduire la viande (ce n’est pas très bon pour l’organisme, ça coûte cher, c’est bourré de produits toxiques, les animaux sont traités de façon immonde…). De la même manière, vous pourrez réduire les plats préparés ainsi que les produits industriels remplis d’additifs et de produits chimiques.

Quant aux légumes, vous préférez ceux de saison (meilleurs et moins chers) et les produits différents (les graines germées, par exemple, sont d’un coût très faible).

Rien qu’avec ça, cela va vous changer la vie. Puis, chemin faisant, vous trouverez d’autres recettes…

Cela,ça concernait les coûts directs. Il y a aussi les coûts indirecte comme les visites chez le médecin, les arrêts de travail, les médicaments, le surpoids etc.

AU BOUT DU COMPTE, J’ACHÈTE QUOI AU CAROUF ?

Je n’aime pas parler de ce que je n’ai pas d’abord expérimenté. Donc, j’achète quoi au supermarché ? Je vais tout vous dire :

  • de l’eau minérale très peu minéralisée (j’en ai déjà parlé) ;
  • une petite bière de temps en temps ;
  • des trombones ;
  • du papier pour mon imprimante ;
  • des chemises en carton ;
  • des crayons bille ;
  • de l’huile bio d’olive et de colza ;
  • du soja cuisine ;
  • de la lessive bio ;
  • du papier torchon ;
  • du liquide pour mon lave-glace ;
  • parfois du vin bio régional ;
  • des mouchoirs en papier ;
  • des cornichons, de la moutarde et des câpres ;
  • des sacs poubelle ;
  • du vinaigre blanc ;
  • du bicarbonate de soude ;
  • des ampoules et des piles ;
  • j’en oublie peut-être quelques uns mais le plus gros y est.

Finalement, je suis un bon client !

 

 

GOUGET (Corinne), Additifs alimentaires : danger, Escalquens, Éditions Chariot d’Or, 2015.

2 WANDSINK (Pr. Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thierry Souccar, 2009.

3 CLAVIÈE (Bernard), Et si on s’arrêtait un peu de manger… de temps en temps ?, Gironde sur Dropt, Nature et Partage, 2008.

BOUDREAU (Nicole), Jeûner pour la santé, Québec, Québecor, 2006.

5  TAUBES (Gary), FAT : Pourquoi, on grossit, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2012.

POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar, 2013.