Supermarché

Apparus dans les années 60, les supermarchés en France étaient pour nous au début des sortes de cavernes d’Ali Baba qui nous émerveillaient pour deux raisons essentielles :

1 – la deuxième guerre mondiale et les restrictions de nourriture n’étaient pas si loin que ça ;

2 – l’abondance des produits proposés, en libre service par dessus le marché, nous donnait l’impression que nous n’avions qu’à tendre la main pour satisfaire tous nos désirs. D’un seul coup, l’inenvisageable d’autrefois devenait soudain possible : nous devenions riches !

Progressivement, les supermarchés envahissaient le paysage, occupant la périphérie des villes, là où il y avait encore de la place pour leurs immenses parkings où il y avait toujours un emplacement pour se garer. Ainsi, la sortie au supermarché du samedi remplaça bien vite dans les rituels  urbains le cinéma du samedi soir (d’ailleurs pris par la télévision).

Incontestablement, ce nouveau mode de commerce (la grande distribution) présentait des avantages :

  • on trouvait tout au même endroit ;
  • on pouvait se garer facilement ;
  • les prix étaient plus bas que dans le commerce traditionnel ;

Cela permit à la grande distribution de se développer jusqu’à peser 15 % du PIB.

Oui mais…

Rapidement, les inconvénients commencèrent à apparaître et ils n’étaient pas minces. En voici quelques uns en vrac :

  • certes, les prix étaient attractifs mais les produits pêchaient souvent par leur piètre qualité. Et on cherchait en vain la vis dont on avait besoin pour réparer le placard de la cuisine alors qu’autrefois, chez le quincailler du coin de la rue, on la trouvait en moins de deux minutes ;
  • les petits magasins disparaissaient par dizaines de milliers transformant les centres-ville en déserts arides et sinistres ;
  • les fruits et légumes, venus souvent de l’autre bout du monde, étaient gonflés d’eau et avaient poussé hors sol à grand renforts de produits chimiques qui faisaient peur ;
  • les maraîchers de la région, étranglés par des pratiques commerciales de voyous, se retrouvaient au chômage les uns après les autres ;
  • les prix qui, dans un premier temps, semblaient avantageux, grimpaient subrepticement et  s’avéraient peu à peu et tous comptes faits, plus élevés que dans la petite distribution. Était ainsi justifié le mot d’ordre des supermarchés : « des îlots de perte dans un océan de profits » ;
  • les abords des villes ressemblaient peu à peu à d’immondes zones industrielles peuplées de hangars très laids ;
  • la puissance du merchandising en avait fait des lieux où on se laissait tenter de mille manière par des achats inutiles ;
  • etc.

Aujourd’hui, alors que nous montons dans notre voiture pour aller sacrifier au rituel, où en sommes-nous ?

Côté pratique, rien n’a changé sauf qu’il convient d’ajouter au prix de nos achats, le montant des coûts kilométriques aller et retour, ce qui relativise considérablement les économies réalisées (surtout au prix où est le carburant).

Les petites boutiques qui, dans un premier temps avaient disparu, ont refait surface avec des tarifs revus à la baisse car elles ont su mieux s’organiser pendant que la grande distribution, de son côté, augmentait ses prix. De plus, il est apparu bien pratique de trouver ce dont on a besoin à côté de chez soi sans être obligé de parcourir des kilomètres.

De nouvelles boutiques sont apparues, celles des petits producteurs qui se sont réunis pour commercialiser leur production selon un circuit court à des prix parfois moins élevés que la grande distribution. Quant aux magasins « bio », ils se sont multipliés, voyant l’augmentation de leur chiffre d’affaire dépasser parfois 10 % par an. De plus, les marchés de quartier, à côté de chez soi, ont repris de la vigueur : on peut y voir la tête des producteurs et parler avec eux.

Les rayons « bio », eux, ont finalement fait leur apparition dans les supermarchés. Mais ils fonctionnent, héla, sur le même principe que les autres rayons, faisant aussi peu appel aux producteurs locaux qu’auparavant. Récemment, j’ai failli me laisser tenter pas des pommes mais, avant de les mettre dans mon caddie, j’ai jeté un coup d’œil sur leur provenance. Les unes venaient d’Italie, les autres (tenez-vous bien),  d’Argentine. Je n’ai rien contre ces deux pays que j’aime bien mais je me suis posé la question : « Alors que nous n’avons plus de pétrole, que nous nous sommes débordés par la pollution, que nous subissons un chômage critique… est-ce vraiment raisonnable de dépenser autant d’argent en multipliant ainsi les transports inutiles ? On ne cultive plus de pommes en France ? »

Parlons du rayon boucherie. Les animaux élevés d’une manière intensive dans des conditions atroces, sont bourrés de céréales (dans le meilleur des cas, dans le pire on ne sait pas…), de produits chimiques et d’antibiotiques, contiennent trop de graisses (jusqu’à 24 % alors que le gibier n’en comporte que 4 %. Consommer des protéines animales a donc des sens différents selon les approvisionnements).

Quant au poissons (car les poissonneries deviennent rares) j’ai eu le malheur d’acheter des moules un lundi et j’ai dû en mettre la moitié dans la poubelles. Bien sûr, j’aurais mieux fait de réfléchir avant car pour se trouver sur l’étal le vendredi, elles avaient été pêchées au plus tard le jeudi et jusqu’au lundi, cela fait quatre jours. Or si les huîtres, elles, tiennent le choc pendant trois semaines, les moules ne survivent que trois jours au grand maximum. Ça m’apprendra !

Finalement et tous comptes faits, je me suis dit que le supermarché était très bien pour acheter des stylos bille, du papier pour mon imprimante, de l’alcool à brûles, une bouteille de vin bio et des bricoles comme ça. Ce qui est certain, c’est que je ne me procure là plus rien de ce que je mets dans ma bouche. Est-ce que je n’apprécie plus la vie moderne ? Si pourtant mais je ne suis pas obligé de tout accepter : après tout, je suis un client ! Ce n’est pas cela que voulait l’agroalimentaire ?

D’autant que des jeunes gens dynamiques viennent de monter une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) près de chez moi et qu’ils me livrent à domicile toutes les semaines un panier de légumes délicieux, frais cueillis et bios par dessus le marché : que demande le peuple ?

Pour les supermarchés, je m’y rends le moins souvent possible et à deux conditions :

  • avoir une liste précise des produits à acheter et la suivre à la lettre ;
  • avoir mangé avant pour être sûr de ne pas me laisser tenter par une tablette de chocolat qui est un concentré de graisses et de produits chimiques.

Et si j’éprouve le besoin d’aller me promener pour me dégourdir les jambes, j’ai la forêt tout près qui me tend les bras.

Je vous emmène ?