Tricher sur le poids

Les prix ne cessent jamais d’augmenter. Face au renchérissement du coût de la vie et à l’appauvrissement généralisé dû à la crise, les Français (les autres peuples également) taillent dans le vif des budgets. L’alimentation est le dernier poste qui semble incompressible ou, du moins, qu’on hésite à réduire. Dè lors, pour les acteurs du secteur agroalimentaire, se pose le problème de savoir comment augmenter ses prix et gagner davantage d’argent sans en avoir l’air. Surtout que, étant donné la conjoncture, on ne veut pas donner l’impression d’une augmentation des prix. La meilleurs solution semble alors de jouer sur le poids des produits, légalement quand cela est possible et, quand cela ne l’est pas, en trichant carrément au détriment du consommateur bien entendu. Revue de détail.

 

Première solution, la promotion sur le poids. Alléchant au premier abord, il apparaît très souvent, quand on fait les calculs, que la promotion coûte plus cher que la vente à l’unité.  Pourtant c’est ce qu’on appelle « l’incitation d’achat par le volume » qui représente environ 30% des ventes. Démonstration. Par exemple, vous avez l’habitude d’acheter un produit qui coûte 1,48 € et, en arrivant dans votre supermarché, vous voyez une promotion de trois produits à 4,85 €.  « Chouette », vous dites-vous, « par lot, c’est forcément moins cher » et vous en mettez un dans votre chariot. Sauf que, une fois rentré chez vous, vous prenez votre calculette. Trois produits à 1,48 €, ça fait 4,44 € et vous, vous avez payé 4,85€, soit 0,41  € de plus, soit encore 9,3 %. Si le distributeur vend un million de lots (ce qui dans les divers magasins de sa chaîne est tout à fait possible), il aura gagné 9,3% de 4,85 millions, soit encore près de 40.000 €. Et personne n’y verra que du feu.  Évidemment ces offres sont la cible  des associations de consommateurs et de la répression des fraudes mais cette dernière a parfois le dos tourné ! Une façon de ne pas se laisser prendre : ne pas regarder le prix de la promotion mais le prix du produit au kilo dans les deux cas (il est obligatoire de l’afficher).

 

Deuxième astuce : on conserve la même présentation du produit, la couleur et la forme de son emballage mais on diminue son poids global : il passe par exemple de 235 g à 221g. Difficile de calculer la différence de tête ! D’ailleurs, la plupart du temps on ne s’en aperçoit  même pas : il y a toujours le même nombre de biscuits dans le paquet mais ils pèsent chacun 18 g au lieu de 22 g et le diamètre de chacun a diminué. Le marchand, lui, sait qu’il a gagné 5 ou 10% de plus, voire davantage. Autre combine : changer le packaging et réduire la contenance du flacon de 50 ml en même temps. Le principe de base reste le même : « ni vu ni connu, je t’embrouille ».

 

On continue ! Jusqu’à présent, le riz, le fromage ou les céréales étaient vendus en Europe dans des emballages standard de 125, 250, 500, 1000, 2000 ou 5000 g. Mais depuis 2007, et sous prétexte de libéralisation du commerce, qui ne fait qu’ouvrir la porte aux voleurs, le parlement européen a libéralisé le poids de tous les aliments. Quand un produit est conditionné par 68 g (comme le sel par exemple) comment voulez-vous calculer le prix au kilo et comparer les prix ? Tout est donc fait pour embrouiller le consommateur. Mais, comme cette mesure permet de diminuer les prix apparents (en vendant des quantités de produit moindre), cela provoque un beau succès commercial. Sur le coup, le client regarde le prix et ne se demande pas si le produit est avantageux. Or, à comparer les prix au kilo des mini camembert et des mini saucissons (ente autres), on constate que ces derniers sont beaucoup plus chers (souvent jusqu’à 80 % de plus). Bien entendu (mais vous vous en doutiez), les fabricants on des listes d’explications … En général, ces produits coûteraient seulement 20 % plus cher à fabriquer. Le reste serait du fait de la distribution qui profiterait de l’aubaine.

 

Cependant, afin de ne pas avoir recours aux mini produits qui sont dans le collimateur des associations de consommateurs, certain fabricants préfèrent modifier la composition de leurs produits.

 

Première réaction : utiliser des matière premières moins chères. Des sardines à l’huile de tournesol coûtent mois cher à la fabrication que les mêmes assaisonnées à l’huile d’olive. Hélas, la première ne contient que des omégas – 6 dont nous avons déjà de trop. Autre façon d’augmenter la rentabilité du produit : ajouter de l’air (cela favorise l’onctuosité des crèmes glacées) ou de l’eau. Pour cette dernière, on peut procéder soit au mouillage avant congélation, comme pour les coquilles Saint Jacques avant leur congélation et gagner ainsi 30 % de poids, soit au mouillage en cours de fabrication comme pour de nombreux autres produits (comme le jambon ou les plat préparés) dans lesquels on fixe l’eau en ajoutant des polyphosphates ou des agents de charge divers et variés. On peut ainsi gagner également jusqu’à 30 % du poids. On peut également utiliser du sel qu’on injecte dans les jambons ou qu’on mélange aux sauces (auxquelles on rajoute du sucre – sirop de glucose-fructose pas cher non plus – pour qu’elles ne paraissent pas trop salées).

 

Parfois aussi, tout simplement, le poids réel ne correspond pas à celui qui est annoncé sur le paquet : 165 g au lieu de 180 g. soir près de 10 %. Mais qui repèse ses produits achetés en rentrant du supermarché ? Ceci n’a l’air de rien mais on a constaté une différence de 10 g sur un paquet de saucisses et comme le fabricant en vend 70 millions de paquets par an, ceci pourrait bien représenter un gain de 3,5 millions d’euros : ah, les braves gens !

 

On croît éviter de tels problèmes en s’adressant uniquement aux petits commerçants en boutique ou sur les marchés.  Mais, eux aussi, ont mis au point leurs techniques de triche. Entrons chez le boucher et commandons une côtelette d’agneau. Certains d’entre eux commencent par vous découper la pièce, la peser puis à calculer son prix. Après quoi, seulement, ils la préparent, c’est-à-dire qu’ils enlèvent la graisse superflue qu’ils jettent. La côtelette perd ainsi environ un quart de son poids que vous payez quand même bien qu’il soit parti dans la poubelle. Si vous en faites l’observation au boucher, il vous répond que, quand vous achetez des oranges, vous achetez bien l’écorce avec. Ben voyons !

 

Passons sur le marché chez un marchand quelconque. Vous remarquez qu’avant toute pesée, le plateau de la balance accuse déjà 30 g. Si vous en faites l’observation au marchand, il vous répond parfois que c’est à cause du vent et qu’on ne peut rien contre le vent. C’est sans doute un mauvais tour du vent fripon comme disait Brassens.

 

Autre rouerie : les balances doivent être vérifiées tous les deux ans par le Contrôle des Fraudes. C’est une sorte de contrôle technique comme pour les voitures. Mais certains commerçants oublient de le faire et devinez dans quel sens l’aiguille dévie trop ? C’est interdit ? Oui, bien sûr surtout quand on se fait prendre ! Et si on ne se fait prendre qu’au bout de plusieurs mois, on a remboursé l’amende.

 

La conclusion est qu’il faut être très vigilant surtout avec les produits industriels ainsi que les commerçants qu’on ne connait pas et bien connaître tous ces pièges pour les éviter.

 

Une fois de plus, MANGER C’EST D’ABORD APPRENDRE À SE MÉFIER !

 

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-Analyste

 

Crédit photo :  <a href=’http://fr.123rf.com/ciroorabona’>ciroorabona / 123RF Banque d’images</a>