Trompeuses statistiques

ÇA CACHE L’ESSENTIEL

Tout le monde connaît la blague de potaches : « Les pieds dans le four et la tête dans le réfrigérateur, en moyenne, je suis bien ! ».

Bien sûr, c’est une plaisanterie car, par ailleurs, on connaît bien les mines d’informations que sont les statistiques. Encore faut-il savoir les interpréter correctement, ne pas leur faire dire n’importe quoi et les considérer pour ce qu’elles sont, ce qui n’est déjà pas si mal.

LA GROSSE ERREUR DE L’ESPÉRANCE DE VIE

Or, justement, en ce qui concerne l’espérance de vie, on accumule les erreurs d’interprétation depuis l’école maternelle. Je m’explique : on oublie généralement qu’il s’agit d’une statistiques et on oublie également de préciser à partir de quel âge on les fait.

Démonstration :

soit deux adultes de 40 ans qui ont eu deux enfants morts à la naissance, si on calcule l’espérance de vie (à la naissance) on obtient : 40 + 40 + 0 + 0 = 80

80 / 4 = 20

 

L’espérance de vie est donc de 20 ans. Ce qui ne signifie pas bien sûr (et c’est là que se trouve l’erreur d’interprétation) que toute personne qui naissait à l’époque n’avait comme perspective que de vivre uniquement que jusqu’à 20 ans !

Par contre en effet, si on considère l’espérance de vie à 20 ans, elle était de 40 + 40 = 80/2 = 40 ans, ce qui n’est pas du tout pareil !

 

AU MILIEU DU XVIIIème SIÉCLE, L’ESPÉRANCE DE VIE ÉTAIT DE 25 ANS…

… car la moitié des enfants mourait avant 10 ans. Elle s’est élevée à 30 ans à la fin du siècle pour monter à 37 ans en 1810. Elle continua à s’élever pendant le XIXème siècle jusqu’à 45 ans seulement (oui, seulement !) en 1900. Pendant les guerres napoléoniennes et pendant celle de 1870, elle était repassée en dessous de 30 ans (merci au petit caporal !).

Au cours du XXème siècle, l’ascension continue à l’exception des deux guerres mondiales qui ont massacré notre jeunesse. La mortalité infantile qui en est la cause en majorité, ne cesse de diminuer : 15 % en 1900, 5 % en 1950 et 0,33 % en 2012. Aujourd’hui, l’espérance de vie en France atteint 78,5 ans pour les hommes et 84,9 ans pour les femmes.

DURÉE DE LA VIE

Comme on le voit, la mortalité infantile a eue une énorme incidence. Donc, dire qu’au Paléolithique on ne vivait pas au-delà de vingt-cinq ans, est entièrement faux. Il ne faut pas confondre en effet l’espérance de vie à la naissance et l’espérance de vie à vingt ans, comme je l’ai expliqué plus haut, lorsqu’on a dépassé victorieusement la plupart des dangers affrontés dans l’enfance.

Il reste pourtant de nombreuses autres causes de mortalité :

  • les accidents : comme on ne pratiquait pas la chirurgie à l’époque, un accident était souvent fatal alors qu’aujourd’hui, les chirurgiens font des miracles ;
  • les maladies : on ignorait tout des sulfamides et des antibiotiques et, même si on disposait de nombreuses recettes pour se soigner, certaines maladies s’avéraient incurables ;
  • l’hygiène très approximative dans le passé, n’était pas du tout favorable à la longévité de la vie ;

- la vie en elle-même ne bénéficiait pas de toutes les facilités dont nous disposons aujourd’hui et il était normal que les organismes se fatiguent plus vite.

Il est, certes, difficile de connaître exactement jusqu’à quel âge des personnes pouvaient vivre autrefois mais on sait tout de même, avec une quasi certitude, que quelqu’un comme Hippocrate, voici environ deux mille cinq cent ans, est mort à l’âge de 85 ans.

Ce n’est donc pas en raison d’une faible espérance de vie à la naissance qu’on ne peut pas vivre vieux !

 

SEMMELWEIS

Toujours est-il que, si on élimine des causes de mortalité évidentes (comme la guerre par exemple…), l’une d’entre elles apparaît comme plus importante que les autres : il s’agit de la mortalité périnatale.

Á ce propos, il convient de raconter l’histoire de la découverte de l’hygiène par le Dr Philippe-Ignace Semmelweis1.

Ce médecin, Hongrois d’origine, fut nommé à l’Hospice général de Vienne, dans une des  deux maternités, en 1846. Là, comme ailleurs, les femmes mouraient par centaines au cours de leur accouchement (le pourcentage montait parfois jusqu’à 96 % mais était couramment de 30 % !) à tel point que le bruit courrait qu’il était moins dangereux d’accoucher dans la rue qu’à l’hôpital !

Semmelweis, révolté par cela, eut le trait de génie d’en découvrir la cause. Elle était simple mais personne ne voulait la voir : les étudiants en médecine passaient directement de la salle de dissection à la maternité pour pratiquer des examens sur les parturientes. Semmelweis les obligeât tout simplement à se laver les mains soigneusement entre les deux. Immédiatement, la mortalité diminua et atteint celle des meilleures maternités du monde d’aujourd’hui. CQFD.

Malheureusement, d’une part Semmelweis était assez maladroit pour faire appliquer les mesures qu’il préconisait, d’autre part les médecins ne voulurent pas reconnaître leur responsabilité dans cette affaire. La prophylaxie mit donc un certain temps pour s’imposer comme une nécessité absolue. La simple hygiène qui nous parait aujourd’hui évidante fit, par la suite, énormément pour augmenter l’espérance de vie.

 

ET PASTEUR ?

Alors, on brandit Pasteur et sa vaccination. Malheureusement, d’une part Pasteur sur son lit de mort reconnut qu’il s’était trompé et déclarât : « Le microbe n’est rien, le terrain est tout » et d’autre part de plus en plus de médecins sont tout à fait opposés à la vaccination2. Il semble, selon eux, que l’hygiène a plus fait pour la disparition des maladies que la vaccination, laquelle (et c’est un comble !) aurait même provoqué des maladies plutôt que de les faire disparaître.

Tout-à-l’égout contre vaccination !

Bien sûr, et vous croyez ce que vous voulez mais moi, pour avoir étudié le sujet avec soin depuis une quinzaine d’années, je ne me fais plus vacciner contre quoi que ce soit.

 

QUEL RAPPORT AVEC LA NUTRITION ?

Il est très simple : sans s’être concertés, dans plusieurs endroits du monde, des chercheurs sont parvenus à la conclusion que le mode d’alimentation adopté au Paléolithique était l’un des meilleurs qui soit (si ce n’est le meilleur !). Bonne nouvelle à tous points de vue : il garantit une santé optimum, il permet de perdre facilement des kilos quand c’est nécessaire, il est écologique, il est bon marché… Seul inconvénient : on croit qu’au Paléolithique on mourrait jeune. D’une part, si l’espérance de vie à la naissance était faible, on sait pourquoi (voir plus haut) mais on vivait aussi vieux qu’au XVIIème siècle. D’autre part avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui (chirurgie, antibiotiques, hygiène…), ceci n’est plus vrai du tout.

Que faut-il faire ? C’est ce que je m’emploie à expliquer sur ce blog.

En attendant, n’oubliez pas de vous laver les mains !

 

 

1 - DESTOUCHES (Dr Louis-Ferdinand, alias Louis-ferdinand CÉLINE), SEMMELWEIS, Paris, Gallimard, 1977.

2 - ANCELET (Dr Eric), En finir avec Pasteur, Grand Duché du Luxembourg, Marco Pietteur, 2005.

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_subbotina’>subbotina / 123RF Banque d’images</a>