Des ingrédients plus que douteux

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« Un peu de honte est bien vite passée » disait ma grand-mère qui s’était fait une douce philosophie de la vie. Alors, tant pis, il faut que je vous le confesse, je suis un horrible gourmand ! Tenez, hier par exemple, j’avais un rendez-vous du genre ennuyeux, de ceux qui vous gâchent la journée pour des détails administratifs. Après quoi, j’avais trois courses à faire au supermarché du coin. En passant devant le rayon pâtisserie de celui-ci, mon regard fût attiré par un superbe gâteau au chocolat qui me mit l’eau à la bouche. Mettant en œuvre l’excellent principe d’Oscar Wilde (« Je résiste à tout sauf à la tentation »), j’eus vite fait de m’emparer de l’objet de ma convoitise : bref, j’ai craqué ! Une fois rentré chez moi, j’accompagnais la consommation de l’objet de mon délit par une tasse de thé vert afin de me réconcilier tout à fait avec l’existence.

Pourquoi donc, dans un moment d’égarement et en pensant à moitié à autre chose, me suis-je mis à lire machinalement la composition de l’objet ? J’en ai pourtant été tellement stupéfait que je vous la livre telle que (fautes d’orthographes comprises) afin que vous saisissiez bien l’ampleur de mon émoi :

« CRAQUOTANT CHOCOLAT. Ingrédients : Crème de lait 27,3 %. chocolat noir 17,1 % (pate de cacao. sucre. beurre de cacao). sucre. eau. noisettes 5 %. œufs. chocolat au lait 4,8 % (sucre. beurre de cacao. lait en poudre. pate de cacao. emulsifiant : E322 (soja), blancs d’œufs, farine de ble, lait en poudre, amandes 1,8 %. huile vegetale non hydrogenee de pepins de raisins. cacao maigre en poudre. sirop de glucose de mais.  amidon modifie de pomme de terre. beurre de cacao. gelatine de porc. lait ecreme en poudre. beurre concentre. fecule de pomme de terre. gelifiants : E404  E450ii E339ii. malt d’orge. sel. stabilisants : E407 E412 E415. colorant : beta-carotene. »

Moi qui croyais que pour faire un gâteau au chocolat, il suffisait d’avoir du chocolat, du beurre, du lait, du sucre, des œufs et, éventuellement, de la farine, me voilà ahuri par semblable recette !

Je remarque immédiatement que j’ai échappé aux graisses hydrogénées (c’est déjà ça !)… mais pas au reste ! Qu’est-ce que le reste d’ailleurs ? Des produits industriels et chimiques qu’un vrai pâtissier ne devrait même pas connaître et encore moins utiliser ! Mais le préparateur industriel, lui , n’a pas ces sortes de scrupules !

Je vois aussi qu’on cite plusieurs fois les mêmes produits, le beurre de cacao par exemple : y en aurait-il de plusieurs sortes de composition pires les unes que les autres ?

Quant au sirop de glucose de maïs, cela coûte moins cher que le simple sucre de betterave, et à plus forte raison de canne, mais on sait que c’est en grande partie à cause de lui que la majorité des Étasuniens sont en surpoids.

Á ce propos, cela me rappelle une anecdote.

Je me trouvais aux USA et, jouant au touriste, j’en profitais pour visiter Las Vegas, le terrain de jeux de l’Amérique. Il faut reconnaître que, côté délire, c’est assez impressionnant et que cela vaut le détour, comme on dit dans les guides touristiques. J’étais donc un soir dans un restaurant où j’avais réussi tant bien que mal à me nourrir (les hôtels font tout pour attirer les clients dont ils aspirent ensuite le contenu de leurs porte-monnaie à l’aide de machines à sous omniprésentes. Les restaurants sont donc particulièrement attirants) et venait le moment du dessert. Celui-ci était servi sous forme de buffet croulant sous toutes sortes de gâteaux plus alléchants les uns que les autres. Gourmand comme je suis, ainsi que je l’ai dit plus haut, je me servais largement. Revenu à ma table, je salivais d’avance et plongeais ma cuiller dans mon assiette. Hélas, l’ayant portée à ma bouche, je déchantais. Certes, c’était appétissant mais… complètement immangeable. Au point que, après plusieurs tentatives, j’ai dû me résoudre à tout jeter à la poubelle et à prendre un café pour tenter de masquer le goût infect qui me collait au palais.

Á quoi bon donc écrire des pages et des pages quant à la nocivité des composants de ces gâteaux car, d’une part cela a déjà été fait et, d’autre part le problème n’est pas là. Alors, où est-il donc vous dites-vous ?

C’est très simple : compte tenu de la politique actuelle, les industriels utilisent de plus en plus d’ingrédients les moins chers possibles, sans se soucier le moins du monde  des répercussions que ceux-ci peuvent avoir sur la santé des consommateurs (et surtout sans contrôle). Ils cherchent donc à créer une illusion qui joue le rôle de miroir aux alouettes auquel succombent les clients (comme vous voyez, cela vient de m’arriver car l’homme, bien que largement averti, est un être autant affectif que logique). Il ne sert par conséquent à rien de savoir qu’un produit soit plus ou moins bon qu’un autre pour la santé car ils sont, en fait, tous délétères et il est urgent de n’en consommer aucun : quand donc les élus, en tant que représentants des consommateurs que nous sommes, joueront-il pleinement leur rôle ? En attendant, vouloir transiger ou pactiser avec le Diable, c’est mettre à coup sûr un doigt dans un engrenage détestable duquel nous n’avons aucune chance de sortir vainqueurs. Les spécialistes du marketing des entreprises de l’agro-alimenaire sont tellement nombreux et travaillent à notre perte en permanence que la lutte est totalement inégale. C’est ce d’ailleurs ce que nous explique Michael Pollan dans son livre (1).

J’en suis donc venu à adopter une règle qui tient compte de deux éléments fondamentaux. Mon caractère d’abord car je suis davantage gourmand que prudent (sinon, j’aurais lu la composition du gâteau avant toute chose et ne l’aurais certainement pas acheté. D’où vous pouvez, une fois de plus, déduire la puissance de mon inconscient !), le principe de précaution ensuite qui m’amène à prendre des mesures draconiennes . Voici la dernière :

NE JAMAIS ACHETER OÙ QUE CE SOIT UN PRODUIT QU’ON ENVISAGE PAR LA SUITE DE PORTER Á SA BOUCHE SANS CONNAÎTRE AU PRÉALABLE SA COMPOSITION EXACTE AINSI QUE SA PROVENANCE

Le label « bio » n’est pas toujours lui non plus en effet une garantie. Dans un de ces magasins consacré exclusivement à ces produits, j’y ai trouvé récemment (entre autres) des pommes qui venaient d’Allemagne. Elles avaient été cueillies je ne sais quand (très certainement il y avait plus d’une semaine ) et avaient donc perdu la majorité de leurs éléments vivants et utiles dans le transport et la manutention. Mon fournisseur habituel, lui, s’approvisionne à 30 km d’ici car les pommes poussent partout en France.

 

Il existe en fait beaucoup moins de risques chez un commerçant qu’on connait et chez qui on achète régulièrement des aliments bios ET produits localement.

 

En conclusion, j’aurais très bien pu tout aussi bien me faire plaisir hier avec une pomme ou un kiwi (cultivé en France et contenant davantage de vitamine C que l’orange). Ou même me confectionner une mousse au chocolat avec des vraies fèves de cacao et des œufs bios.

 

On peut être gourmand mais on n’est pas obligé d’avaler des poisons !

 

 

Jean-Michel DESMARAIS

Nutri-analyste

 

 

 

1 - POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

 

 

 

 

Credit photo : <a href=’http://fr.123rf.com/profile_cogipix’>cogipix / 123RF Banque d’images</a>

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