Réductions

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UNE PRATIQUE VIEILLE COMME LE MONDE

Non, il ne s’agit pas des soldes même si la période s’y prête mais de manger moins. Une de mes lectrices m’ayant dit qu’il lui était difficile de réduire sa consommation, j’ai décidé d’aborder ce problème qu’on rencontre très fréquemment.

La réduction alimentaire a mauvaise presse parce qu’on pense aussitôt aux restrictions ainsi qu’aux privations de sinistre mémoire. Or il ne s’agit pas du tout de cela et, pour tout dire, cela n’a même rien à voir.

Le constat de départ est que, dans nos pays dits « modernes » on mange trop : tout le monde le sait, le dit et le répète. ;  Brillat-Savarin le disait déjà au début du XIXème siècle1. Je cite : « Une dernière cause d’obésité consiste dans l’excès du manger et du boire ». Or, depuis ce temps-là, cela n’a fait qu’empirer. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

En fait, il existe de nombreuses raisons, au point qu’on ne sait trop par laquelle commencer. Tant pis : je les énumère dans le désordre.

D’abord, les famines ont toujours existé : la révolution française, par exemple, succédait à trois années de famine. Depuis longtemps, le Paléolithique sans doute, on connaissait des périodes d’abondance (en général l’été et l’automne, saisons pendant lesquelles les légumes et les fruits parviennent à maturité. Pour s’en convaincre, il suffit de relire le récit d’Ishi, le dernier indien, qui vivait en Amérique au début du XXème siècle comme au Paléolithique2) qui alternaient avec des moments plus durs lorsque les réserves s’épuisaient (la fin de l’hiver et le printemps avant que la terre ne se réveille et offre de nouveau des fruits et des légumes). De plus, en ce temps-là, nous produisions alors moins et disposions également de moyens de conservation plus limités (quoique, durant l’époque glaciaire, il suffisait de creuser un trou dans le sol pour disposer d’un congélateur). Par dessus le marché deux guerres mondiales ont eu lieu dernièrement pendant lesquelles la nourriture s’est faite plus rare et était même devenue une préoccupation quotidienne pour tout le monde. Tout cela est resté gravé dans notre inconscient collectif et, que nous le voulions ou non, au plus profond de nous, demeure cette vieille peur de ne pas avoir suffisamment à manger, ce qui nous incite à trop bien nous servir quand l’occasion s’en présente.

 

DIMINUTION DES BESOINS

De plus, le monde change de plus en plus vite. Il n’y a pas si longtemps, l’homme dépensait un grand nombre de calories car aucune de ses activités vitales n’était mécanisée (ou très peu), pas plus que ses déplacements. Il n’était pas rare, par exemple pas plus tard que le début du siècle dernier, de voir des enfants parcourir plusieurs kilomètres à pied matin et soir pour aller à l’école et en revenir. Il existait également très peu de moyens de chauffage. Tout cela a bien changé en quelques siècles, et même en quelques années, c’est-à-dire en un temps ridiculement court à l’échelon de l’humanité, grâce à l’utilisation de sources d’énergie comme le charbon, le gaz, l’électricité, le pétrole… Aujourd’hui, assis toute la journée devant nos ordinateurs et dans des transports mécanisés, nous brûlons beaucoup moins de calories. Nous devrions donc en consommer une quantité très inférieure. Mais, emportés par notre inertie ainsi que par les recettes de nos grand-mères (si vous voulez avoir une idée de l’appétit de nos ancêtres, relisez Brillat Savarin – décidément très instructif !), nous n’avons pas suffisamment réduit notre alimentation pour l’adapter à nos dépenses énergétiques.

 

CONDITIONNÉS POUR TROP MANGER

Acceptons également de voir que tout nous pousse à trop manger. Tous les matins se lèvent des bataillons entiers de spécialistes du marketing dont le but, tout au long de la journée, sera d’imaginer de nouvelles méthodes pour nous faire, inconsciemment, consommer davantage. Vous ne me croyez pas ? Alors, lisez le passionnant ouvrage (plein d’humour) du Pr Brian Wansing3. En attendant, vous pensez certainement que vous êtes assez malin pour déjouer les pièges que le marketing vous a tendus. Le problème, c’est que les gens du marketing eux aussi sont rusés, que c’est leur métier et qu’ils consacrent toute leur semaine, onze mois par an, à ce but unique. Même des spécialistes avertis, comme le Pr Brian Wansing, avouent modestement, s’être laissés prendre. Réfléchissez donc et ne tentez pas là aussi la lutte du pot de terre contre le pot de fer : vous auriez perdu d’avance.

D’autre part, différentes équipes de chercheurs à travers le monde, ont eu la curiosité de se livrer à l’expérience suivante avec deux groupes d’animaux de laboratoire. L’un a été nourri à volonté, l’autre a été soumis à une réduction alimentaire. Le résultat a toujours été que les animaux qui mangeaient un peu moins que les autres vivaient aussi plus longtemps qu’eux (cela pouvant atteindre 20 %). Cela ne fait que rejoindre l’expérience des super centenaires de différentes régions du globe qui mangent très peu ainsi qu’on a pu l’observer. Dans certains pays, on s’efforce même de sortir de table lorsqu’on estime avoir rempli son estomac à 80 %.

 

UN BBQ D’ENFER !

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres encore, bien se nourrir était (et ceci est encore vrai dans certains pays émergents) un signe d’opulence. Un ventre rondouillard se trouvait jusqu’à pas très longtemps davantage associé à la réussite sociale et à la richesse qu’à un problème de santé, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui dans les pays riches comme les USA ou l’Europe de l’ouest. Et de moins en moins chez nous. Malgré tout, j’étais récemment été invité à un BBQ (BBQ = barbecue = de barbe en cul. Coutume qui consiste à embrocher : « de barbe en cul », des animaux pour les faire rôtir à la broche. Devenu depuis quelques années une occasion d’inviter des amis à déjeuner dans le jardin dès que l’été arrive, très populaire aux USA) où l’hôte s’affairait devant un monceau de victuailles dans lequel nous étions invités à nous servir largement. Il y avait là toutes sortes de charcuteries, des tonnes de saucisse diverses, des monceaux de viandes différentes à griller, des pommes de terre en papillote pour tout légume et, pour finir, un grand assortiment de gâteaux. Bien sûr, le vin coulait à flots. L’hôtesse nous pressait de consommer comme pour nous mettre au défit d’en avaler le plus possible.

Après un premier moment pendant lequel je me suis laissé entraîner par cette espèce de folie générale, je m’assis avec la sensation d’avoir été trop loin et je me mis à observer le brouhaha ambiant. En fait, une grillade, une assiette de salade et un verre de vin auraient été tout à fait suffisants pour agrémenter une rencontre amicale. Maintenant, je ne rêvais plus que d’être chez moi, de faire la sieste pour digérer plus facilement et de boire un thé à la menthe. Qu’est-ce nous cherchions à fuir en nous gavant de la sorte ? Que voulions-nous prouver ? Á quel rite barbare avions-nous cédé ?

La conclusion de tout cela (mais j’oublie certainement quelques unes des raisons) est qu’il est sage de réduire au plus vite la quantité d’aliments que nous ingérons. Ainsi que je l’ai dit plus haut, cela n’a rien à voir avec une restriction : il s’agit tout simplement d’un ajustement nécessaire pour notre santé.

 

TROP DE PROTÉINES

Un fait frappant est notre consommation de protéines animales qui a pris, au fil des ans, une importance considérable et complètement exagérée. D’une part la viande d’élevage actuelle est beaucoup top grasse (elle contient jusqu’à 30 % de graisse ce qui est très loin des protéine animales consommées au Paléolithique et qui provenaient de gibier contenant en moyenne 4 % de matière grasse, soit 16 % moins grasse que maintenant), d’autre part les méthodes d’élevage d’aujourd’hui ne respectent pas du tout les animaux et sont proprement immondes. Dois-je ajouter qu’elles contiennent pour la plupart un nombre inquiétant de substances toxiques, d’antibiotiques, hormones de croissance… Toujours est-il que nos besoins en protéines sont en général de 1 g par kilo de poids et par jour, ce qui donne 75 g pour un homme de moyen de 75 kg. Or, nous sommes en moyenne au triple de ce poids, ce qui est tout à fait excessif.

 

RUSER

La question qui se pose dès lors est : « Comment y parvenir à réduire les quantités que nous mangeons sans souffrir du manque ? ». En fait, cette habitude de trop manger est tellement ancrée au fond de nous que je ne connais qu’un seul moyen : ruser avec notre inconscient qui est conditionné et décide pour nous, à notre insu. Pour gagner à ce jeu, il ne faut surtout pas y entrer en force car on ne dompte pas son inconscient avec un fouet : il convient au contraire de se montrer plus subtil que lui afin de ne pas éveiller sa méfiance en bouleversant les apparences.

 

1ère technique : manger de tout sans restrictions mais ne jamais se resservir. C’est cette manière qu’adopta Jacques Chirac qui s’était un peu trop laissé emporter par sa gourmandise lors des déjeuner officiels. Ce qui va dans le même sens, est de pas finir son assiette quand on n’a plus faim et, à plus forte raison, les plats. C’est ce qui, dans le monde, fait la réputation des Françaises qu’on imagine toutes minces, même si ce n’est tout à fait vrai ;

 

2ème technique : ne pas apporter le plat sur la table (ni la bouteille, la salière, la corbeille à pain…). C’est sûr : voir l’aliment donne envie de se servir et disposer de l’objet à portée de la main ne fait que tenter le diable (comme disait Oscar Wilde : « Je résiste à tout sauf à la tentation »). Remplir les assiettes et les verres à la cuisine (comme dans la plupart des restaurants), d’une part évite d’avoir le produit sous les yeux, et donc d’être tenté, d’autre part oblige à fournir un effort spécial si on souhaite se resservir. Et comme nous sommes tous partisans du moindre effort… Je souligne que ceci n’est pas le fruit de mon imagination mais correspond à un fait scientifiquement observé, donc largement éprouvé4 ;

 

3ème technique : elle est fondée sur l’observation que la mode, sans doute pour donner aux autres l’image de  sa propre opulence, nous pousse à acheter de grandes assiettes. Or, la même quantité dans une grande ou une petite assiette peut, selon les cas, laisser l’inconscient imaginer que l’assiette est remplie à ras bords ou qu’elle est à moitié vide. Si vous l’avez remarqué, les assiettes anciennes sont en général beaucoup plus petites que les modernes. Conclusion : remisons à la cave ou au grenier nos assiettes design et servons-nous dans celles de nos grand-mères ou dans des assiettes à dessert ;

 

4ème technique : fuir la cuisine. Au moins pendant un temps, histoire de nous déshabituer. La cuisine, en effet, est pleine de tentations et il est facile de s’y emparer de quelque chose à manger en dehors des repas. C’est aussi le but que poursuit l’industrie alimentaire : nous encourager à grignoter tout au long de la journée. Dans cet objectif sont conçus des emballages individuels spéciaux qui nous permettent d’emporter toujours avec nous, où que nous allions, quelque chose à grignoter. Or, on sait que cette pratique est très néfaste pour notre santé car elle conduit tout droit au surpoids. Dans le même ordre d’idée, évitons également la fréquentation (le temps que ce comportement devienne un réflexe) de tous les lieux dans lesquels nous pouvons être tentés de nous procurer facilement de la nourriture (supermarchés, pâtisseries…). Car cette pratique serait également très favorable non seulement à la compensation psychologique sur la « bouffe » mais ne laisserait aucun repos à l’organisme qui serait tout le temps en train de digérer5 ;

 

5ème technique : éviter tous les produits industriels, les plats préparés, les aliments raffinés et ceci pour plusieurs raisons. D’une manière générale, l’industrie alimentaire ayant pour but de nous faire consommer toujours davantage, on ne peut s’attendre de sa part qu’à ce qu’elle multiplie les pièges sur notre chemin pour que nous consommions davantage. Comme nous risquons de ne pas pouvoir les déceler tous, la meilleure façon de les déjouer consiste à ne pas y être confronté, c’est-à-dire à ne pas acheter ces produits. La deuxième raison, et cela est évident en ce qui concerne les céréales, c’est que l’industrie va raffiner ses produits à l’extrême, leur enlevant tous les micro-nutriments utiles pour notre santé et multipliant les calories vides qui effacent ou repoussent la sensation de satiété. La troisième raison, est que l’industrie remplace le plus souvent possible les éléments nutritifs des vrais aliments par des produits de synthèse moins chers dont on ne connaît pas les conséquences sur la santé à plus ou moins long terme. Á ce sujet, la lecture du livre de Michel Pollanest particulièrement instructive ;

 

6ème technique : le sirop de maïs glucose-fructose est maintenant connu pour faire grossir inéluctablement et les américains en savent quelque chose7. Mais ce qu’on sait moins et que quelques spécialistes ont récemment découvert, c’est qu’il pourrait aussi empêcher aux signaux de satiété d’être émis, ce qui conduirait à manger au-delà de nos propres limites, même quand nous n’avons plus faim. L’industrie se frotte les mains de tout ce qui nous pousse à consommer davantage mais, pour nous, c’est une raison supplémentaire de ne consommer de sirop de glucose-fructose sous aucun prétexte ;

 

7ème technique : je l’ai déjà dit mais je le répète afin que ce soit bien ancré en vous. Ces fameux signaux de satiété émis par le cerveau, demandent en fait vingt minutes pour devenir conscients. Manger à toute vitesse, avec un lance-pierre, est donc la garantie de manger trop à coup sûr. Tout au contraire, on conseille de manger lentement, des aliments de qualité et de créer pour cela un cadre agréable, comme le préconise le mouvement slow-food 8 ;

 

8ème technique : c’est celle adoptée par les femmes Japonaises qui veulent rester minces et souhaitent, à chaque printemps, effacer les excès de l’hiver. Sur les rayons des épiceries au Japon, on voit apparaître l’Agar-agar, une petite algue gélifiante naturelle (vendue chez nous en magasin bio) qui a un immense mérite, celui de ne contenir pratiquement aucune calorie. Les recettes pour l’accommoder abondent9 et il suffit de la préparer avec de la Stévia et du lait d’amandes pour obtenir un entremet sucré ou avec du bouillon bio et de l’eau pour avoir un en-cas salé. On peut ainsi avoir facilement quelque chose pour calmer un appétit débordant sans risquer de prendre des kilos. Car, vous l’avez compris, ol ne faut surtout pas souffrir de la faim. Lorsque elle se fait sentir, il nous appartient de mange un fruit, un légume, une algue, des graines germées ou de boire une tisane car on confond souvent la faim et la soif et on mange au lieu de boire.

 

SUCCÈS GARANTI

Ces quelques techniques sont faciles à mettre en œuvre et suffisent bien souvent à faire diminuer progressivement notre consommation (et à perdre nos kilos superflus) sans provoquer de grands changements, c’est-à-dire sans réveiller nos incitations inconscientes à trop manger. Bien sûr, elles ne deviendront opérationnelles qu’au fil du temps et je suis certain qu’il est inutile d’user de violence pour se les imposer. Au contraire. Prenons plutôt le temps de relire régulièrement ces lignes et de les intégrer tranquillement à notre vie.

 

Le bénéfice direct de cette pratique est que nos digestions seront plus faciles et plus légères : nous nous sentirons pleins d’énergie. Après y avoir goûté pendant une période d’essai d’une ou deux semaines, nous nous sentirons tellement bien que nous ne voudrons plus rien d’autre !

 

Allez, ça vaut la peine d’essayer !

 

 

 

1 -  BRILLAT-SAVARIN (Jean-Anthelme), Physiologie du goût, gratuit sur Kindle.

2 – KROEBER (Théodora), Ishi, Paris, Plon, 1968.

3 -  WANSING (Pr Brian), Conditionnés pour trop manger, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2009.

4 – WANSING (Pr Brian), Conditionnés pour trop manger, op. cit.

5 -  CLAVIÈRE (Bernard), Et si, on s’arrêtait un peu de manger… de temps en temps, Gironde sur Dropt, Nature & Partage, 2008.

6 -  POLLAN (Michael), Manifeste pour réhabiliter les vrais aliments, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2013.

7 – TAUBES (Gary), Fat : pourquoi on grossit, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2012.

8 - http://www.slowfood.fr/

9 – CLEA, Agar agar : Secret minceur des Japonaises, Sète, La Plage, 2007.

 

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