Restauration rapide

Hamburger

Je croyais naïvement que la restauration rapide n’était mauvaise que pour la santé. Mauvais ingrédients, mauvaise préparation, mauvaise habitude : la preuve en était faite depuis longtemps. D’ailleurs, Morgan Spurlock avec son film « Super Size Me » nous avait bien démontré à quel point la malbouffe était néfaste. Souhaitant enquêter sur les effets dufast food sur la santé, Spurlock s’est engagé à manger ses trois repas quotidiens chez McDonald’s, en prenant l’option « Maxi » à chaque fois qu’elle lui était proposée. Il avait ainsi grossi de 11 kilos en 30 jours ce qui est impressionnant. Vous avez compris ce qui vous attend en rentrant chez McDo et consorts.

Malheureusement, j’apprends que le problème est plus grave que ça, beaucoup plus grave car la vie des clients de restaurants Fast Food en dépend, la vôtre et celle des autres si, par exemple, pour faire plaisir à vos enfants ou à vos petit-enfants, vous mettez les pieds dans un de ces établissements. La simple lecture de l’enquête de Eric Schlosser 2devrait vous éclairer sur ce qui va certainement se produire en France ; pire, sur ce qui est déjà là. Eric Schlosser en effet nous informe que les hamburgers sont susceptibles de contenir une bactérie extrêmement dangereuse, l’E. coli 0157:H7. Déjà 37.000 Américains environ, seraient victimes chaque année d’intoxications alimentaires, 1.000 seraient hospitalisés et 25 en décèderaient. Il ne s’agit donc pas une exception car cela a concerné des milliers de tonnes de hamburgers et donné lieu à plusieurs procès retentissants.

Mais le phénomène Fast Food serait encore bien plus grave que cela et déborderait largement le cadre de l’alimentation car nous n’avons sans doute pas vraiment conscience de ses conséquences. Car en fait, ce que nous considérons trop souvent comme un procédé commercial à la mode, quelque peu anecdotique, a fait tache d’huile et s’est répandu, non seulement dans tout le domaine de l’alimentation, mais plus généralement dans la distribution toute entière. C’est une nouvelle forme de management qu’on pourrait résumer en « Triomphe de la cupidité » pour copier l’Américain, prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz 3. Le but est en effet d’amasser le plus d’argent possible en le moins de temps possible par tous les moyens. Et pour cela diminuer le coût de la main d’œuvre qui est un poste important du coût d’une exploitation. Employer, par exemple, des étudiants à temps partiel, avec des contrats à temps déterminé, ou des émigrants en situation irrégulière (comme ils ne sont pas en règle, on peut impunément les exploiter davantage), ne pas respecter le droit du travail et s’y opposer chaque fois que cela est possible sous des prétextes variés. Nous avons la chance en Europe d’être un peu mieux protégés par une réglementation plus stricte : pour combien de temps ?

Le résultat de tout cela est une baisse générale de la qualité des produits, de la qualification du personnel exploité à accomplir des tâches répétitives ne réclamant aucune compétence, la production de multiples déchets difficiles à recycler, l’addiction de produits chimiques aux aliments, l’usage abusif d’antibiotiques avec les répercussions qu’on connaît sur la santé humaine, des conditions d’élevage immondes, des chaines d’abattage ou de fabrication qui tournent trop vite pour éviter les accidents graves et une hygiène dont on ne respecte même plus les principes élémentaires, des épidémies et… des morts. Tout ceci est corroboré par l’enquête du journaliste Français William Raymond 4.

Il faut savoir que tout ceci a également des répercussions sur la situation mondiale déjà désastreuse.  Examinons-les les unes après les autres :

  • d’abord, manger trop de viande est mauvais pour la santé. La cuisson de produits par la friture est également préjudiciable. Ajoutons à cela l’amidon du pain et des pommes de terre qui se transforme en glucose et nous avons la recette pour le surpoids et l’obésité (60 % des Américains sont en surpoids), donc vers le diabète et autres maladies de civilisation ;
  • abattre des animaux et conditionner la viande consomme de l’énergie. Or, nous manquons d’énergie ;
  • ces animaux boivent (souvent énormément) et cela aggrave notre manque d’eau potable qui commence à être préoccupant ;
  • il faut nourrir ces animaux ce qui pose trois problèmes. D’abord, les surfaces agricoles consacrées aux cultures pour les animaux ne sont plus disponibles pour l’alimentation humaine. Ensuite, les deux cultures principales faites pour nourrir les animaux sont le soja et le maïs. Or le soja est une des plus mauvaises légumineuses, contrairement à la promotion dont elle est l’objet 5. Á part sa consommation sous forme fermenté et en petite quantité comme on le fait en Asie, il est formellement déconseillé de boire du lait de soja par exemple. Quant au maïs, sa culture demande énormément d’eau, ce qui aggrave encore notre problème, et il incite à la fabrication de sirop de glucose-fructose, unanimement reconnu comme étant une des cause du surpoids ;
  • le mode de management promu par les Fast Food encourage l’emploi précaire, la diminution des salaires (donc l’augmentation de l’inégalité sociale), l’abolition du droit du travail, la détérioration générale de l’emploi…

On trouverait encore de nombreux inconvénients aux restaurant Fast Food mais cette énumération est déjà suffisante pour nous faire prendre conscience du danger qu’ils représentent. Il ne s’agit donc pas d’un fait anecdotique mais d’un danger véritable dont on commence à prendre conscience de la gravité. Pour donner une idée de l’ampleur du désastre, MacDonald possède, à lui seul, 34.492 restaurant dans 116 pays du monde et sert, tous les jours, 62 millions de clients !

En fonction de tout cela, moi qui ne me rendais qu’exceptionnellement dans un restaurant Fast Food (du genre, une fois tous les cinq ans), j’ai décidé que, sous aucun prétexte, je n’y mettrai plus jamais les pieds de ma vieIl est beaucoup moins dangereux, et pour moi et pour la planète, de sauter un repas, ce qui permettra à mon système digestif de se reposer et à moi de gagner du temps !

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Super_Size_Me

SCHLOSSER (Eric), Fast Food Nation, Paris, Autrement, 2003.

STIGLITZ (Joseph), Le Triomphe de la Cupidité, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2010.

RAYMOND (William), Toxic, Paris, J’ai Lu, 2007.

MASSON (Robert), Les nouveaux dogmes en nutrition, Paris, Guy Tredaniel, 2013

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